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C. Role. Mars 2011
CANTATE BWV 123
LIEBSTER IMMANUEL, HERZOG DER FROMMEN
  Bien aimé Emmanuel, prince de ceux qui vivent dans la foi…
EPIPHANIAS

Cantate pour la fête de l’Épiphanie
Leipzig, 6 janvier 1725
AVERTISSEMENT

  Cette notice dédiée à une cantate de Bach tend à rassembler des textes (essentiellement de langue française), des notes, voire des critiques discographiques parfois peu accessibles (2011). Le but est de donner à lire un ensemble cohérent d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes francophones un panorama espéré « élargi » de cette partie de l’œuvre vocale de Bach. Outre les quelques « interventions « CR » signalées par des crochets [...] le rédacteur précise qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté le nom des auteurs sélectionnés dans la bibliographie. A cet effet il a indiqué clairement, entre guillemets «…» toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux. Rendons à César...


ABRÉVIATIONS
(A) = la majeur
(B) = si bémol majeur
BB / SPK = Bach Bibliothek / Staatsbibliothek Preussicher Kulturbesitz
B.c. = Basse continue ou continuo
BCW = Bach Cantatas Website
BD = Bach-Dokumente (4 volumes, 1975)
BGA = Bach-Gesellschaft Ausgabe = Société Bach (Leipzig, 1851-1899). J. S. Bach Werke. Gesamtausgabe (édition d’ensemble) der Bachgesellschaft
BJ = Bach-Jahrbuch
(C) = ut majeur. (c) = ut mineur
D = Deutschland
(D) = Ré majeur – (d) = ré mineur
(E) = (mi – (Es) = mi bémol majeur
EKG = Evangelisches Kirchen-Gesangbuch.
(F) = fa
(G) = Sol majeur. (g) = sol mineur
GB = Grande Bretagne / Angleterre
(H) = si
NBA = Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de Bach à partir des années 1954-1955)
NBG = Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach (fondée en 1900)
Ost = Original Stimmen
P = Partition = Partitur
PBJ = Petite Bible de Jérusalem
PKB = Preußicher Kulturbesitz, Staatsbibliothek, Berlin
St. = Parties séparées = Stimmen

La première lettre -en gras- d’un mot du texte de la cantate indique la majuscule de la langue allemande. Dans le corps de ce même texte allemand, le mot ou groupe de mots mis en italiques désignent un affect particulier ou un « accident remarquable.


DATATION BWV 123

Leipzig, 6 janvier 1725.
DÜRR. Chronologie. 1724 : BWV 91 (25 décembre) – BWV 232 (Sanctus. 25 décembre) - BWV 121 (26 décembre) – BWV 133 (27 décembre) – BWV 122 (31 décembre).
1725 : BWV 41 (1er janvier) - *BWV 123 (6 janvier) – BWV 124 (7 janvier) – BWV 3 (14 janvier).
HERZ : 6 janvier 1725. Ancienne datation (Spitta) : 1735-1744.
HIRSCH : Classement CN 108 (Die chronologisch Nummer = numérotation chronologique). Cantate-choral. II. Jahrgang ou « Année II. Deuxième cycle des cantates de Leipzig dans la période allant du 11 juin 1724 au 27 mai 1725.
PIRRO : Les cantates après 1727.
SCHMIEDER - SCHWEITZER : Leipzig, Les cantates après 1734 et 1735 et 1744.
SPITTA [Johann Sebastian Bach, volume III, Volume 3, pages 285/286] : «…The « Half Moon Watermark » (filigrane représentant une demie lune) sur la première moitié de la feuille (l’autre demeurant en blanc) est caractéristique d’un grand nombre de cantates de la dernière partie des oeuvres de Bach”.
Suit une série de 31 cantates dont la cantate BWV 123 (en 22e position).



SOURCES BWV 123

PARTITION AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR
Problème ? (2011) : Partition considérée comme perdue durant la seconde guerre mondiale. Toutefois dans son ouvrage « Handbuch der Kantaten (Breitkopf & Härtel Leipzig 1947, Werner Neumann donne l’ancienne référence P 875 N.
Un fac-similé de cette partition serait à l’Université Jagiellonski. Biblioteka Jagiellonska, Krakow (Cracovie). 
BGA (XXVIe année). Alfred Dörffel (1878). La partition originale ainsi que les voix séparées originales sont en possession de M. le chanteur Joseph Hauser à Carlsruhe. Précédemment les voix originales étaient à l‘École Saint-Thomas. Des parties séparées [d‘autres ?] isolées aussi en possession de M. Hauser.
Inscription au début de la cantate : „J.J. Festo Epiphan: Christi. Liebster Immanuel, Hertzog [sic] der Frommen“ Sur une autre feuille, cette fois de la main de Bach : „Festo Epiphanias | Liebster Immanuel, Herzog d [sic] Frommen. | à | 4 Voci | 2 Traversieri | 2 Hautb; d‘Amour | 2 Violini | Viola | e | Continuo | di J: S: Bach
BASSO [Jean-Sébastien Bach, pages 374 à 376] : « La partition originale BWV 123… autrefois conservée à Berlin (BB P 875) a été perdue au cours de la seconde guerre mondiale, et l’on ne dispose plus aujourd’hui que des parties séparées de la Thomasschule…» 
BRAATZ [BCW. Discussions. 2 janvier 2007]. « Grâce à l’édition (26e année) préparée par Alfred Dörffel (1878), pour le compte de la BGA, on a les renseignements suivants : Titre de la main de Bach Festo Epiphan : Christi, Liebster Immanuel, Herzog der Frommen | à | 4 Voci | 2 Travierseri | 2 Haut d’Amour | 2 Violini | Viola | e | Continuo |di | JS: Bach. 4 feuillets numérotées 2 à 4 avec la notation s’achevant en bas de page 7 et la page 8 en blanc….


PARTIES SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN
St Thom L. Thomasschule zZ Bach-Archiv Leipzig.
Les parties séparées originales ayant appartenu à Anna Magdalena Bach ont été remises par ses soins à la Thomasschule et sont de nos jours conservées aux Bach-Archiv Leipzig
BGA. 12 parties + continuo en la majeur.
BRAATZ [BCW - Discussions, le 2 janvier 2007]. Ici l’auteur s’est livré à une étude très complète portant sur les sources et l’élaboration entre le 1er et le 5 janvier 1725 des différentes parties séparées et l’intervention des différents copistes.
BRAATZ [BCW. Provenance, 7 janvier 2002] : « trois doublets sont actuellement à la Staatsbibliothek Preußicher Kulturbesitz, Berlin.
«…Bach a personnellement rédigé dans toutes les parties les doublets du choral et est intervenu, corrections et annotations dans les seiez parties conservées ».
HERZ : Les copistes repérés seraient : Le principal copiste est Johann Andreas Kuhnau, né en 1703 – mort ? (neveux ou petit-fils du cantor Johann Kuhnau), à Leipzig à partir du 7 février 1723 et Christian Gottlob Meissner (18 décembre 1707 – 16 novembre 1760). Copiste de Bach, à Leipzig de 1723 à 1729. Trois autres copistes anonymes + Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784) dans le Violino primo et le continuo.
NEUMANN, Werner dans son ouvrage« Handbuch der Kantaten » donne comme pour la partition autographe l’ancienne référence (St 395) T (pour Tübingen) puis Berlin Dahlem [était-ce pour protéger ces parties de la destruction durant la deuxième guerre mondiale ?]
SCHMIEDER : 13 feuilles et 24 pages de musique; les voix séparées des Violons. I, II, et le continuo sont partiellement autographes.

COPIE XVIIIe siècle.
BRAATZ [BCW – Discussions, le 2 janvier 2007]. il y a aussi un jeu des parties séparées copiées après la mort de Bach par Johann Georg Nacke (1718-1804) avec l’aide de son élève Christian Friedrich Penzel (1737-1801). Nacke avait eu accès à trois parties originales (doublets) et à la partition autographe. Le filigrane de ce nouveau jeu de parties correspond à l’année 1759. Ces nouvelles parties montrent différents changements nécessités pour une exécution à une date ultérieure. Il y a encore un trombone en ré majeur qui ne fait pas partie de la partition originale.
HOFFMAN [BCW – Discussions, 26 octobre 2009] donne la référence : Nacke – Penzel 1759. SPK St 359.

ÉDITIONS
SOCIÉTÉ BACH = BACH-GESELLSCHAFT
BGA. XXVI (26e année). Page 43 à 60. Préface d’Alfred Dörffel (1878). Cantates BWV 121 à 130.

NOUVELLE ÉDITION BACH = NEUE BACH AUSGABE (NBA)
KANTATEN SERIE I/ BAND 5. KANTATEN ZUM EPIPHANIASFEST BIS ZUM 2 SONNTAG NACH EPIPHANIAS
Bärenreiter Verlag BA 5043. 1975. La BWV 123 n’est pas précisée sur le Net. 5 fac-similés. 1975
Bl. 1 der autographen Partitur. Preußicher Staatsbibliothek, Berlin/West. Mus. ms. Bach St 70.
BWV 123. Pages 49 à 87.
Avec les cantates BWV 65, 154, 124, 32, 155, 3 et 13.
Kritischer Bericht (commentaire). BA 5043 41. Marianne Helms. KB 1976.
[La partition de la NBA se trouve dans l’enregistrement Teldec / Harnoncourt, volume 30. 1982].

AUTRES ÉDITIONS
BÄRENREITER classics. | Bach | Bärenreiter Urtext.
Sämtliche Kantaten 2. Bärenreiter TP 1282. 2007. Pagination 1 à 648. Serie I. Band 5. Kantaten Zum Epiphaniasfest an zum 2 Sonntag nach Epiphanias.
Herausgegeben : Marianne Helms. 2007. = NBA I/5.
BWV 123. Pages 47 à 88. Bärenreiter-Verlag. Kassel. 1975.
BCW. Partition BGA + Réduction chant et piano.
BREITKOPF & HÄRTEL. Partition = PB 2973. Réduction chant et piano (Todt) =n EB 7122. Partition du chœur (Chorstimmen) = ChB 1864. Copies, orchestre : voix, orgue et clavier par Max Seiffert.
2011. Partition = PB 4623. Réduction chant et piano (24 pages) = EB 7122. Partition du chœur (8 pages) = ChB 4623.
CARUS. Stuttgarter Bach-Ausgaben. Partition (64 pages) = Carus Cv 31.123/00.
Pas d’autres partitions disponibles (février 2011)
EULENBURG. N° 1026. Avec une introduction d’Arnold Schering. Novembre 1931.
KALMUS STUDY SCORES. N° 839. Volume XXXV. New York. 1968. Avec les cantates BWV 121 à 125.


TEXTE BWV 123

Cantique en six strophes (de six ou sept vers chacune) Liebster Immanuel, Herzog der Frommen » (édité à Leipzig en 1679) de Ahasverus Fritsch (16 déc. 1629 † 26 avril 1701). Les strophes 1 et 6 sont utilisées intégralement dans les mouvements correspondants 1 et 6, les autres strophes apparemment paraphrasées du même cantiques sont d’un auteur inconnu.
La mélodie (parue à Darmstadt en 1698) est généralement attribuée au compositeur Johann Rudolf Ahle (1625-1673) quoique, dans sa présentation, Francis Browne [BCW, décembre 2006] avance qu’elle est d’un « anonyme » en 1698. Elle se retrouve dans le classique « Gotha Hymnal (1715) que Bach a pu connaître.
Renvoi au recueil « Schemelli », le choral BWV 485, vers 1736, avec la première strophe du cantique.
2-5]. Poète inconnu. Gerhard Herz avance le nom de J.-S. Bach.
6]. Ahasverus Fritsch.

BOMBA : «…L'incipit reprend celui du lied de Ahasverus Fritsch (1679) conservé mot pour mot strophe 1 et 6 et remanié par un auteur inconnu pour les strophes et mouvements 2 à 5 ».
BOYER : «…Les strophes de sept vers chacune restent inchangées dans les numéros extrêmes (1 et 6).
MACIA [Tout Bach, pages 190/191] : «…de sensibilité piétiste, le texte salue en Jésus le prince des croyants…» 
NYS, Carl de : «…Le livret est constitué par un des cantiques très en faveur au XVIIIe siècle que l’on trouve dans le recueil publié en 1670 par Ahasverus Fritsch « Himmel-Lust und Welt unlust » (plaisir du ciel et déplaisir du monde) ; il est possible, mais non certain, que Fritsch en a écrit les paroles. Une tradition ancienne veut que la mélodie soit de Rudolf Alhe, le maître de Mülhlausen. De toute façon le livret de la cantate n’a conservé que la première et dernière strophe du cantique original, devenues le premier chœur et le choral final, les autres ont été transformés, peut-être par Picander, en deux récitatifs et deux arias. Le librettiste a cherché à adapter le texte à la fête du jour, mais dans la perspective qui était celle de la théologie du temps : l’adoration des Mages présage de l’« exaltation » du Christ, sa mort sur la croix et donc l’instauration de sa royauté universelles. Le mot « Herzog » (duc, ou étymologiquement : le chef qui marche devant) a su créer certaines associations particulièrement efficaces dans l’esprit du librettiste comme dans celui du musicien ».


PÉRICOPE BWV 123

Épiphanie 1725.
« Épiphanie signifie « manifestation ; apparition ; révélation. A son origine, cette fête avait à peu près le même objet que celle de Noël : elle célébrait l’avènement et l’apparition de l’Homme-Dieu. Mais, Noël ayant été spécialement consacré à la Nativité du Seigneur, à son apparition dans l’humilité de la nature humaine, l’Épiphanie devint la commémoration des trois grandes « théophanies » ou manifestation de la divinité du Christ ; l’adoration des Mages, le baptême dans le Jourdain et le miracle aux noces de Cana. La liturgie de la fête retient avant tout la venue et l’adoration des Mages, où elle voit la vocation au salut de l’humanité entière…»

Épître : Isaïe 60, 1 à 6 [PBJ. 1176]. L’éclatante résurrection de Jérusalem : « Lève-toi, resplendis, Jérusalem, car ta lumière est apparue et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi…»
Évangile : Matthieu 2, 1 à 12 [PBJ. 1456]. La visite des Mages : « ils se prosternèrent [devant Jésus], ils l’adorèrent ; puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent des présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe…»
Voir le psaume 72, 10 et 11 [PBJ. 867] : « Les rois de Tharsis et des îles rendront tribut. | Les rois de Saba et de Seba feront offrande ; tous les rois se prosterneront devant lui, tous les païens le serviront…»
EKG. Epiphaniasfest. Fête de l’Épiphanie
Introït : Ire Épître de saint Jean, 2, 8 [PBJ. 1790] : «…puisque les ténèbres s’en vont et que la véritable lumière brille déjà…»
Psaume 72 [PBJ. 867] : Le roi promis… Les rois de Saba et de Seba feront offrande ; tous les rois se prosterneront devant lui, tous les païens le serviront…»
Cantique EKG 48 « Wie schön leuchtet der Morgenstern…»
Épître : Isaïe 60, 1 à 6 [PBJ. 1176].
Évangile : Matthieu 2, 1 à 12 [PBJ. 1456].
Même occurrence avec la cantate BWV 65 du 6 janvier 1724 et la sixième cantate de l’Oratorio de Noël BWV 248, le 6 janvier 1735.


GÉNÉRALITÉS BWV 123

NYS, Carl de : «…Ce soir [6 septembre 1969] nous découvrons des merveilles, quatre cantates pratiquement inconnues dont trois n’ont jamais été enregistrées. La moindre n’est pas celle-ci [BWV 123] interprétée pour la première fois à Saint-Thomas de Leipzig le 6 janvier 1725. Nous en avons la partition autographe et les parties écrites par Bach lui-même, son fils aîné Wilhelm Friedmann et quelques uns de ses meilleurs élèves - rare aubaine ».


DISTRIBUTION BWV 123

NEUMANN : Alt, Tenor, Baß. – Chor. Querflöte I, II, Oboe d’amore I, II ; Streicher, B.c.
SCHMIEDER. Soli : A, T, B. Chor : S, A, T, B. Instrumente : Flauto trav. I, II; Oboe d‘amore I, II; Viol. I, II; Vla.; Continuo.


APERÇU BWV 123

1] CHORALCHORSATZ. BWV 123/1
LIEBSTER IMMANUEL, HERZOG DER FROMMEN, / DU, MEINER SEELE HEIL, KOMM, KOMM NUR BALD ! ||| DU HAST MIR, HÖCHSTER SCHATZ, MEIN HERZ GENOMMEN, / SO GANZ VOR LIEBE BRENNT UND NACH DIE WALLT. ||| (Abgesang) NICHTS KANN AUF ERDEN / MIR LIEBERS WERDEN, / ALS WENN ICH MEINEN JESUM STETS BEHALT.

Bien aimé Emmanuel, prince de ceux qui vivent dans la foi, / O toi, salut de mon âme, viens, ne tarde pas ! / Trésor suprême, tu m’as pris mon cœur / qui brûle tout entier d’amour et aspire ardemment à toi./ Rien ne saurait sur cette terre / m’être plus cher / que de conserver à jamais mon Jésus.

Première strophe du cantique Ahasverus Fritsch. 1679.
Mélodie (dans EKG 127 et 349) de Johann-Rudolph Ahle (1662-1708). Mouvement sur un rythme de berceuse à 9/8 avec instruments pastoraux. La mélodie du choral est constamment présente même dans les passages instrumentaux.


Si mineur (h), 143 mesures, 9/8
BGA. XXVI. Pages 43 à 53 | Festo Epiphanias | Flauto traverso I. | Flauto traverso II. | Oboe d’amore I. | Oboe d’amore II. | Violino I. | Violino II. | Viola. | Soprano. | Alto. | Tenore. | Basso. | Continuo. Dal segno. Reprise introduction instrumentale mesures 2 à 21.
NEUMANN. Ritournelles instrumentales et partie vocale encastrée avec passages homophone. Le thème du choral aux parties instrumentales.


BASSO [Jean-Sébastien Bach, page 274] : « Rythme de danse … pastorale (9/8) [certains auteurs parlent de « Gigue]…. La mélodie [du choral] (dans l’inhabituelle proportion de 3/2, hemiolia) conditionne la structure formelle de la première page, extrêmement souple et tendre… Le quatrain est formé de deux distiques, dont chacun comporte une introduction instrumentale de vingt mesures (mesures 1-20 et 46-65) et une double réalisation vocale en style homophone (mesures 21 à 45 et 66 à 90), fr longueur identique, avec interventions instrumentales « intérieures », et un pont (mesures 91-95). Le tercet occupe les mesures 96 à 122, et est suivi de la reprise de l’introduction (mesures 123 à 142)…
BOMBA : «…Le cantus firmus du lied de Ahasverus Fritsch domine le chœur d’ouverture : les répétitions de sons marquant le début offrent à la phrase instrumentale un motif aisément identifiable. Le rythme en 9/8 attribue au morceau un caractère berçant, tout en n’étant pas exagérément solennel. Bach ayant renoncé à la voix du continuo et faisant concerter les cordes à l’unisson avec les instruments à vents gratifie la pièce d’un charme total particulier. Le chœur s’infiltre vers après vers et met l’accent sur des mots comme « komm nur bald – ne tarde pas » ou « behaltconserver » en faisant répéter des sons ou en introduisant de longues notes tenues ».
BOYER [ Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach. pages 246/247] : «…Élaboration de choral sur mélodie (MdC) 066. Choral incrusté dans une ritournelle instrumentale »
[Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 242/243.] : «…une seule cantate de Bach utilise cette mélodie de choral…Élaboration de choral sur MdC 066 de type II, incrusté dans une ritournelle d'orchestre. …Morceau d'envergure qui, à lui seul occupe les deux cinquièmes de la cantate. Dans une ritournelle orchestrale constituée de deux flûtes traversières, deux hautbois d'amour, des cordes et de la b.c, le choral est incrusté par verset. Le cantus firmus de présente en imitations aux ténors et aux soprani, le contrepoint des alti et des basses donnent à ce morceau une allure de motet inséré dans un très beau contexte orchestral. Présence d'une sixte napolitaine, comme dans le n° 6, à la 8e mesure…»
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, pages 291 à 295] : «…Le cantique est chanté sur une mélodie de Johann Rudolf Ahle, mélodie qui va jouer un grand rôle, puisque sa première période féconde tout le développement du morceau… Exposée d’abord aux deux hautbois d’amour doublés dans le grave par la basse continue, elle passe aux deux flûtes traversières, sur le commentaire en croches des cordes, puis ce sont les cordes qui s’en empare avant que n’entrent les voix pour exposer le choral, tous ces mouvements dans une abondance de tierces et de sixtes parallèles empreintes d’une grande douceur… le choral de Fritsch observe la structure de la Barform, cette très ancienne forme Bar AAB, sur laquelle s’appuient de nombreux chorals, la première section (appelé Stoll) étant répétée à l’identique avant la deuxième (nommé abgesang) ».
FINSCHER : «…La teinte de tendre « poésie courtoise consacrée à Jésus » qui caractérise le texte baroque du cantique, a, dans la composition, surtout exercé un effet dans le chœur d’entrée, où c’est moins le « Herzog der Frommen » que le « Liebster Immanuel » qui est célébré ; ce n’est pas fortuitement que cette première phrase du choral sert, dans un procédé constant de répétition et de séquence, de motif de ritournelle de l’orchestre, marqué par les timbres des flûtes et des hautbois ainsi que par un rythme tout proche de celui de la gigue, et ce n’est pas fortuitement non plus que le chœur atteint à son point culminant d’intensité dans les fervents appels « komm nur bald » à la fin du premier « Stollen » (première strophe répétée de la Barform) ».
GARDINER : «…Les interjections du chœur constituent une sorte de proto-chant d’amour romantique…» 
HOFMANN : « …Au point de vue formel, le chœur initial suit la forme typique du cycle des cantates-chorals : la mélodie de l’hymne est exprimée en cantus firmus au soprano et expose les vers un à un, accompagnée par les voix plus basses dans un traitement particulièrement polyphonique alors que l’orchestre encadre, structure et accompagne… En accord avec le contenu du texte, la musique de Bach est toute de tendresse et de suavité.. Ce climat est obtenu notamment par la mélodie de l’hymne qui, dans sa version originale (comme plus tard dans le mouvement final [6] est à trois temps) Dans le mouvement initial, elle apparaît en 9/8 et gagne ainsi une légèreté et un charme certain… l’auditeur qui a en tête le début de la partie vocale a l’impression que les instruments chantent aussi constamment les mots de « Liebster Immanuel ».
LABIE : «…Contrairement à son habituelle fidélité, Bach a dénaturé le texte sur lequel il travaillait. ? Revenant à plusieurs reprises sur les premiers mots du poème, « Liebster Immanuel », qu’il utilise comme un véritable leitmotiv, il a en quelque sorte substitué au puissant souverain des croyants auquel s’adressait le texte de Fritsch le petit enfant rayonnant de la crèche de Bethléem ».
LEMAÎTRE : « Un rythme de berceuse en 9/8, marque le premier chœur dans lequel s’infiltre, à toutes les parties, la mélodie du choral… »
MACIA [Tout Bach, pages 190/191] : «…le mouvement d’entrée… est assez habituel dans ce type de Kirchenmusik, avec le cantus firmus en valeurs longues aux sopranos, un soutien des autres voix chorales en imitation partiellement polyphonique, alors que l’orchestre… crée un fond animé d’une douceur et d’une suavité propres à l’atmosphère de l’Épiphanie qu’entretient aussi le rythme à 9/8. La mélodie du choral est omniprésente tout au long de ce morceau berceur qui connaît une apogée d’intensité sur les mots « komm nur baldviens, ne tarde pas ».
MINCHAM [BCW] : «…Parce que la mesure à 9/8 est formée de trois croches par mesure, il peut y avoir comme un écho de la Sainte Trinité…»
NYS, Carl de : «…Le premier chœur est entièrement basé, dans les voix comme dans l’orchestre (deux flûtes traversières, deux hautbois d’amour et les cordes habituelles) sur les six notes formant le début de la mélodie du choral. Schweitzer y avait vu une foule nombreuse rassemblée autour du Christ ; elle lui prodigue des caresses, lui saisit les mains, baise le bas de robe afin qu’il ne s’en aille point. Nous sommes frappés davantage par le caractère de marche solennelle processionnel de cette page, évoquant à la fois le long cheminement des mages et la marche à travers le monde de l’épiphanie, c'est-à-dire la révélation du Seigneur à tous les peuples de l’univers…»
PIRRO [L'esthétique de Jean-Sébastien Bach - Les mélodies simultanées, pages 142/143] : « Le chœur intervient… par des motifs paisibles et par des harmonies douces… pour ajouter une sorte de charme sensible aux paroles de tendresse. Ainsi, au début de la cantate BWV 123… l’alto et le ténor annoncent la mélodie du cantique par les premières notes du thème, qu’ils entonnent à la sixte, et poursuivent pendant deux mesures, sans se désunir. L’extrême simplicité du procédé, produit dans cette circonstance, un effet particulièrement délicieux. Ils semblent que ces deux voix isolées préludent au chœur sur le ton d’une chanson populaire, naïve et sentimentale. Par une heureuse coïncidence, leur accord se renouvelle, au commencement du second verset, sur un aveu empreint d’amoureuse familiarité : « Tu m’as, suprême trésor, ravi mon cœur ». Tout le, premier chœur est pénétré de la suavité qu(‘y déverse, dès le seuil, la grâce harmonieuse de ces invocations. A la vérité, l’orchestre, le premier , les a présentées. Mais leur physionomie ne s’est entièrement révélée qu’au moment où les paroles en ont précisé le sens. Dans l’exorde instrumental, le motif aimable déjà n’avait, que cet attrait de sonorité caressante qui, à l’ordinaire, paraît bientôt fade. Ex pliqué par les voix, il devient captivant, et peut reparaître indéfiniment dans l’accompagnement, sans causer de satiété, comme une figure amie dont la beauté souriante ne lasse jamais, mieux connue et plus chère à chaque regard ». [+ Exemple musical sur les mots « Liebster Immanuel », BG. XXVI, p. 44].
ROMIJN : « Le premiers vers du texte, confié au chœur annonce cette apparition [l’équivalent du mot grec Épiphanie »] « Liebster Immanuelkomm nur bald – viens, ne tarde pas »…. Une introduction instrumentale de vingt mesures, après quoi les sopranos énoncent le thème choral qui sert de base musical à l’ouvrage…»
SCHWEITZER [J.S. Bach | le Musicien-poète, page 221] : «… une de celles que l’on ne peut oublier ; tant les harmonies en sont simples et leur charme indéfinissable… »
SCHWEITZER [J. S. Bach, tome 2, page 359] : « Cette cantate est l’une des plus rares expressions du mysticisme de Bach… le premier chœur nous rappelle précisément celui de la cantate Du Hirte Israel (BWV 104). « Liebster Immanuel » proclame l’orchestre, tous les instruments répétant continuellement le thème mélodique d’introduction [+ Exemple musical]. Il suggère le peuple implorant le Seigneur…Le texte en est vraiment superbe…»
[page 420] ; « Quand l’auditeur a commencé à se familiariser avec l’orchestre des cantates de Bach, il y prend un plaisir sans mélange. L’échange des sonorités bois - vents » et cordes lui devient si agréable qu’il ne peut plus s’en passer. Un superbe exemple d’orchestration est celui de la cantate BWV 123, avec son chœur d’introduction [1] accompagné par deux flûtes, deux hautbois d’amour et les cordes… »
WHITTAKER [volume II, page 309] : « Thème du motif vocal et instrumental apparaissant à neuf reprises, au violon I… la mélodie, dérivé, sur une métrique de danse n’apparaît dans aucune autre cantate. C’est quelque chose de tout à fait inhabituel que Bach traite en onze sections…»
WOLFF : « …les bois s’expriment à merveille, dès l’introduction en conférant non seulement un caractère de pastorale en 9/8 mais en y introduisant également, à tour de rôle, la mélodie du choral…»


[Structures : Ritournelle instrumental (prélude) (mesures 1 à 21) – A. Choral. Stoll 1. Entrée des voix (Liebster Immanuel, Herzog…) aux mesure 22 et 24, entrée des voix par deux A. T. puis S. B. Ritournelle – A. Choral. Stoll 2 (Du hast mir, höchster Schatz…» - Interlude – B. Abgesang (Nichts kann auf Erden…) Postlude.



2] REZITATIV ALT. BWV 123/2
DIE HIMMELSSÜSSIGKEIT, DER AUSERWÄHLTEN LUST / ERFÜLLT AUF ERDEN SCHON MEIN HERZ UND BRUST, / WENN ICH DEN JESUSNAMEN NENNE / UND SEIN VERBORGNES MANNA KENNE : / GLEICHWIE DER TAU EIN DÜRRES LAND ERQUICKT, / SO IST MEIN HERZ / AUCH BEI GEFAHR UND SCHMERZ / IN FREUDIGKEIT DURCH JESU KRAFT ENTZÜCKT.

La félicité céleste, la joie des élus / remplissent déjà mon cœur et ma poitrine sur cette terre / si je nomme le nom de Jésus / et connais les dons qui nous viendront de sa manne secrète : / De même que la rosée rafraîchit une contrée aride, / mon cœur est aussi, / dans le danger et la douleur, / Transporté de ravissement grâce au pouvoir de Jésus.

Poète inconnu paraphrasant le cantique de Ahasverus Fritsch.

Fa dièse (fis) - La majeur (A), 10 mesures, C
BGA. XXVI. Page 53 | RECITATIV | Alto. | Continuo.
NEUMANN. Rezitativ secco.


3] ARIE TENOR. BWV 123/3
AUCH DIE HARTE KREUZESREISE / UND DER TRÄNEN BITTRE SPEISE / SCHREKT MICH NICHT. | WENN DIE UNGEWITTER TOBEN, / SENDET JESUS MIR VON OBEN / HEIL UND LICHT.

Et ni le dur chemin de croix / ni l’amère nourriture des larmes / ne m’effraient non plus. / Lorsque les tempêtes font rage, / Jésus fait descendre vers moi / salut et lumière.

Poète inconnu paraphrasant le cantique de Ahasverus Fritsch. 1679.
DÜRR : Renvoi à Isaïe 60, 1 à 6 [PBJ. 1176] : L’éclatante résurrection de Jérusalem : « Debout, Rayonne, car voici ta lumière et sur toi se lève la gloire de Yahvé tandis que les ténèbres s’étendent sur la terre et l’obscurité sur le peuple… les nations marchent vers ta lumière et les rois vers ta clarté naissante. »[la suite de ce passage, avec le [verset 6] « des multitudes de chameaux… tous ceux de Saba viendront, apportant de l’or et de l’encens » renvoie aux textes de l’Épiphanie. On en retrouve l’approche dans Apocalypse 21, 24 [PBJ 1816] : « Les nations marcheront à sa lumière…» 

Fa dièse mineur (fis) 56 mesures, C
BGA. XXVI. Pages 54 à 56 | ARIE. | Lento. | Oboe d‘amore I. | Oboe d‘amore II. | Tenore. | Continuo. Da capo.
NEUMANN. Forme de trio instrumental avec les deux hautbois et le continuo. Da capo. Nuances indiquées : Un poco allegro / Lento, allegro, lento, adagio“.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, page 375] : «… le rôle des bois est bien souligné… encore que ce soient les parties vocales qui exigent le plus de dons acrobatiques, comme par exemple dans cette incroyable galopade du ténor sur le mot « toben – se déchaîner ». [+ Exemple musical pris aux mesures 23 à 27 avec un « trait spectaculaire effectivement de pas moins de 97 notes !]
BOMBA : «…air de ténor au caractère un peu volumineux, aux accents en appoggiatures, les séquences se croisant en demi-ton sans aucun doute inspirés par le texte qui parle de « harte Kreuszesreisedur voyage de la croix » et de « bittre Speise – nourriture amère ». Bach utilise avec insistance les tempêtes « ungewitter » en forçant le mouvement et de l’envoi du salut par les hautbois en menant les voix en conséquence ».
BOYER [ Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach. pages 246/247] : «…acrobatique aria de ténor et son déchaînement virulent pour illustrer « les tempêtes »… »
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, pages 291 à 295] : «…le point culminant de la cantate, un air très contrasté et très intense sur le plan expressif … tonalité assez rare de fa dièse mineur plaçant d’emblée l’air sous un jour sombre… La première section est marqué Lento. En imitations, les deux hautbois d’amour, suivis par le ténor, tressent une guirlande labourée de chromatismes et d’intervalles disjoints, d’une grande désolation… La section médiane de l’aria marquée un poco allegro, présente une vigoureuse antithèse avec ce qui précède, d’abord la violence d’un orage aussi prompt qu’inattendu, puis la sérénité dans la lumière et dans la paix. Cet orage qui se déchaîne suscite la vocalise d’une aria di tempesta, d’une folle virtuosité en triples croches, sur trois mesures, qui vient se briser tout net sur un silence. Une nouveau lente, voici alors paraître en motifs descendants la lumière qui vient d’en haut ».
FINSCHER : «…L’air de ténor… est développé à partir de l’image de la « harte Kreuzesreise - le dur chemin de la Croix » et se présente comme un complexe quatuor… rempli de rudesses mélodiques et harmoniques. Son intensité augmente encore dans la section médiane, qui est construite comme contraste en elle-même : à la vigoureuse description des « tobenden Ungewitter », des tempêtes faisant rage, succède en une brusque opposition la vision du salut et de la lumière « Heil und Licht », le tout s’exprimant en ut dièse mineur… »
GARDINER : «…air de ténor… décrivant le « difficile périple de la Croix » à la démarche lourde et d’un pathos presque insoutenable contrebalançant les mots « Cela ne m’effraie pas – Schrekt mich nicht ». Quatre mesures sur un tempo plus rapide pour évoquer « quand la tempête fait rage » se dissolvent en un paisible retour au tempo lent…»
HIRSCH [Die Zahl im Kantatenwerk Johann Sebastian Bachs, page 38] : Permanence symbolique du nombre „11“ (les disciples du Christ fidèles dans la foi…)… Il apparaît ici dans le thème repris onze fois dans la partie A et le da capo, ainsi que dans les onze mesures du récitatif n° 5.
[page 72 ] : Long mélisme de 90 notes , au ténor, sur le mot « ungewitter
HOFMANN : « …Dans l’air le ténor est accompagné par des hautbois d’amour dans une texture imitative dense. La mélodie expressive est également reprise par les autres voix aux mots de « harten Kreuzesreise » qui évoque le douloureux chemin terrestre des chrétiens à la suite de Jésus. La partie centrale dramatique de l’air évoque les horreurs qui menacent sur ce chemin terrestre. Subitement, le climat change et la voix méandre dans une colorature « déchaînée » « toben », puis, tout aussi subitement, le calme revient et l’expression de crainte se dissipe suite à l’assurance exprimée par le texte « sendet Jesus mir von oben Heil und Licht »
LABIE : «… Dans l’aria de ténor, les notes viennent volontairement contredire les mots. Alors que le poème proclame qu’il n’est pas effrayé par la perspective du « dur chemin de la croix », le musicien a transformé cette déclaration en appel au secours par les hésitations d’une ligne mélodique qui serpente et par la répétition presque enfantine des « schreckt mich nicht »  
LEMAÎTRE : «…Bach ne manque pas d’opposer les deux propositions : Le verbe « toben - se déchaîner » déclenche une longue vocalise énergique dans un tempo allegro tandis que « Heil und Licht - Salut et lumière » font apparaître un tempo adagio…»
MACIA [Tout Bach, pages 190/191] : «…une aria tourmentée en fa dièse mineur avec le soutien des deux hautbois d’amour… le poème invite à cette musique amère aux fortes dissonances et aux mélismes dramatiques, qui ne s’effacent que brièvement pour laisser la place à une vive agitation, tout aussi terrifiante, dans la partie centrale, sur les mots « Lorsque les tempêtes font rage », dotés d’impressionnantes coloratures avant que le calme ne revienne au gré d’une modulation très expressive (ut dièse mineur) sur les mots « Heil und Licht – salut et lumière ».
MARCHAND [Bach ou la Passion selon Jean-Sébastien (de Luther au nombre d’or), page 332 ] : Mouvement dont les proportions correspond exactement au nombre d’or suivant la division du nombre de mesures par 1,618….
NYS, Carl de : «…On remarque le thème chromatique en fa dièse mineur exposé par les hautbois: c’est que le texte parle du « dur bois de la croix » ; l’impression est accentuée encore lorsque la voix vient s’y ajouter dans le triton fa dièse, si dièse ».
PIRRO [L'esthétique de Jean-Sébastien Bach - Le commentaire de l’accompagnement instrumental, pages 187/188] : « L’accompagnement instrumental décrit aussi, avec une véhémence plus soutenue cet excès d’énergie que traduisent déjà les motifs longuement épanouis du chant. La rude agitation, l’acharnement de la lutte, le fracas des batailles retentissent alors dans l’orchestre emporté. C’est un débordement de motifs envahissants, de gammes tumultueuses, une musique de chevauchée, qui se déploie dans un cliquetis furieux… une même audace prompte caractérise l’accompagnement de l’air de basse dans la cantate n° 62. Les paroles en sont : « Combats, sois vainqueur, héros puissant…». Renvois aux cantates BWV 62/4 (BG. XVI, page 45), BWV 127 (BG. XXVI, page 155) et BWV 153 (BG. XXXII, page 47).
 …les rythmes de tempête font rage, quand Bach veut faire passer dans son orchestre les grondements que le texte laisse imaginer. Il en est ainsi dans l’air de basse de la cantate BWV 123, à ces mots : « Si les orages se déchaînent. Un court motif, d’une brusquerie lourde y est répétée plusieurs fois par le continuo et par les hautbois [+ Exemple musical, BG. XXVI, p. 55].
[L’orchestration, page 235] : «Les hautbois : dans l’air de ténor, ils étendent une pourpre sombre autour de la mélodie qui annonce le »rude chemin de la croix et l’amer breuvage des larmes ». [Renvoi à BG. XXVI, p. 54] ». 
ROMIJN : «…on remarque surtout la lente aria du ténor dans laquelle la voix chantée s’enroule par touches chromatiques dans les deux lignes mélodiques des deux hautbois d’amour…»
SCHWEITZER [J. S. Bach, tome 2, page 359] : «…après le chœur, le ténor chante « le dur chemin de croix », accompagnés par les deux hautbois d’amour aux lamentations expressives…»
WOLFF : « …carrure dramatique… Ce mouvement de quatuor avec deux hautbois d’amour recourt à des motifs et à des changements de temps faisant directement référence au texte : « le dur chemin de croix » souligné par une mélodie aux chromatismes pittoresques, les « tempêtes qui font rage » par des passaggi déchaînés.


[Le motif, dans les cantates, de la tempête et de l’orage, est un « classique » qui connaît de nombreuses illustrations ; voir par exemple les cantate BWV 14/3, BWV 21/5, BWV 46/3 et 5, BWV 125/3, BWV 153/6, BWV 178/3].


4] REZITATIV BAß. BWV 123/4
KEIN HÖLLENFEIND KANN MICH VERSCHLINGEN, / DAS SCHREIENDE GEWISSEN SCHWEIGT. / WAS SOLLTE MICH DER FEINDE ZAHL UMRINGEN ? / DER TOD HAT SELBSTEN KEINE MACHT, / MIR ABER IST DER SIEG SCHON ZUGEDACHT, / WEIL SICH MEIN HELFER MIR, MEIN JESUS, ZEIGT.

Nul ennemi infernal ne peut m’engloutir, / la conscience en paix et sans remord se tait. / A quoi bon la multitude des ennemis m’encerclerait-elle ? / La mort elle-même n’a pas de pouvoir, / mais à moi la victoire est déjà destinée/ puisque mon Sauveur, mon Jésus, m’apparaît.

Poète inconnu paraphrasant le cantique de Ahasverus Fritsch. 1679. Une fois encore, les mots « , mon Jésus, m’apparaît » sont associés naturellement à la fête de l’Épiphanie

La majeur (A) - Ré majeur (D), 10 mesures, C
BGA. XXVI. Page 56 | RECITATIV. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Rezitativ secco



5] ARIE BAß. BWV 123/5
LAß, O WELT, MICH AUS VERACHTUNG / IN BETRÜBTER EINSAMKEIT ! | JESUS, DER INS FLEISCH GEKOMMEN / UND MEIN OPFER ANGENOMMEN, / BLEIBET BEI MIR ALLEZEIT.

O monde, laisse-moi, par mépris, / dans une solitude désolée ! / Jésus, qui s’est incarné / et qui a accepté mon sacrifice / reste en tout temps auprès de moi.

Poète inconnu paraphrasant le cantique de Ahasverus Fritsch. 1679.

Ré majeur (D), 111 mesures, C
BGA. XXVI. Pages 57 à 60 | ARIE | Flauto traverso. | solo. | Basso. | Continuo (staccato). Nuance adagio mesure 31. Da capo (reprise des mesures 1 à 47).
NEUMANN. Forme trio : flûte (Traverso / Querflöte), Baß. B. c. da capo.

BOMBA : «… air très expressif… il a la forme d’un dialogue affirmatif mené entre la flûte soliste et le chanteur. L’idée centrale de cette intimité ainsi que des fermatas prolongés et des gestes méditatifs de la mélodie semble être la solitude attristée « Betrübte Einsamkeit – solitude désolée » dans laquelle le croyant veut se retirer en dépit du miracle de l’incarnation du Christ ; la liaison du texte avec l’Évangile du jour (Matthieu 2, 1 à 22) est étonnamment faible…»
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, pages 291 à 295] : «…climat de sérénité, où de longues tenues marquent le mot Einsamkeit – solitude » et des chromatismes, celui de « betrübtes – affligé ».
FINSCHER : «…air de basse qui semble davantage empreint de la teneur du texte de la partie intermédiaire « Jesus bleibet bei mir allezeit »… que de la solitude affligée dont il est question dans la section principale et qui ne produit que de passagers assombrissements harmoniques ». 
GARDINER : «…l’un des airs assurément les plus désolés que Bach ait jamais écrits. « Laß, o Welt mich aus Verachtung »… la ligne vocale fragile et lugubre à force de solitude est contrebalancé par la flûte accompagnant le chanteur, tel un ange gardien consolateur…Même la section B (Que Jésus s’est fait chair… » n’offre qu’un répit temporaire, de part le retour, da capo, de la section A et de sa texture oppressante…»
HIRSCH [Interprétation symbolique des chiffres dans les cantates de Bach. La Revue musicale, pages 47/48] : «…Dans la tradition, le chiffre 11 représente l’excès et le refus de la loi qui est symbolisée par le chiffre 10. Chez Bach pourtant, il semble être choisi comme symboles des disciples fidèles au Christ… un nombre surprenant de compositions dans les cantates à 111 mesures (les BWV 67/5 ; 123/5 ; 205/1, 137/3, 57/5, 190/7...
HOFMANN : « …Le solo agité de flûte peut s’expliquer par le lien entre l’éclat et le reflet de la sphère terrestre. Bach souligne le mot « Verachtungmépris » dans la partie vocale par un intervalle de septième puissamment évocateur. Des assombrissements harmoniques viennent caractériser le « betrübter Einsamkeitsombre solitude » et, ici et là ces mots, les instruments s’interrompent et laissent la voix « en solitaire ».
LABIE : « l’aria de basse se termine sur les mots « bleibet bei mir allezeit » autour desquels la flûte voltige comme un oiseau de bonheur ».
MACIA [Tout Bach, pages 190/191] : «…aria plus sereine en ré majeur avec les arabesques lumineuses de la flûte traversière solo dotée d’une partie très virtuose et très expressive. Néanmoins l’aria s’assombrit harmoniquement à l’évocation de la solitude affligée de l’homme en quête de Jésus ».
NYS, Carl de : «…au contraire [de 3], impose la sérénité calme, pastorale de la flûte traversière ; en effet le texte affirme que le non pasteur, le Christ venu dans notre chair, demeure auprès de nous et ne nous abandonne jamais dans les détresses du monde ».
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien Bach - La direction des motifs, page 33/34] : «…Les sentiments qui dépriment ou qui abaisse, les mots qui désignent l’abjection, le mépris, la faiblesse, la fatigue, sont rendus de même par un affaissement de la ligne mélodique… ainsi, nous trouvons dans différentes cantates les motifs suivants joints à des mots qui expriment l’idée du mépris » [+ exemple musical sur les mots « Lass, o Welt, mich aus verachtung » BG. XXVI, page 57] ». Renvois à BWV 138 (page 204) et BWV 55 (XVI, page 158).
Il [Bach] joint constamment des sons prolongés aux paroles qui éveillent des idées de continuité, de persistance… BWV 123 [BG. XXVI, page 59, sur « bleibet »].
[Le commentaire de l’accompagnement musical, page 156] : « Parfois… ce n’est pas le chant de la basse d’accompagnement, mais son silence, qui devient significatif… Il traduit l’idée de solitude, dans l’air de basse de la cantate BWV 123. [Renvoi à BG. XXVI, p. 58].
[Une septième diminuée sur le mot « Verachtung – mépris »].


6] CHORAL. BWV 123/6
DRUM FAHRT NUR IMMER HIN, IHR EITELKEITEN, / DU JESU, DU BIST MEIN, UND ICH BIN DEIN ; | ICH WILL MICH VON DER WELT ZU DIR BEREITEN ; / DU SOLLST IN MEINEM HERZ UND MUNDE SEIN. || Abgesang : MEIN GANZES LEBEN / SEI DIR ERGEBEN, / BIS MAN MICH EINSTEN LEGT INS GRAB HINEIN. ||| Reprise piano : MEIN GANZES LEBEN / SEI DIR ERGEBEN, / BIS MAN MICH EINSTEN LEGT INS GRAB HINEIN.

Passez donc votre cours, vanités, / Toi, Jésus, tu es mien et je suis tien ; / Je veux, en m’écartant du monde, me préparer à toi ; / Il faut que tu sois dans mon cœur et dans ma bouche. / Que ma vie entière / te soit vouée / jusqu’à ce qui, un jour, on me dépose au tombeau.

Sixième et dernière strophes du cantique (1679) « Liebster Immanuel…» de Ahasverus Fritsch. Mélodie d’un anonyme (1698).

Si mineur (h), 32 mesures (16 + 8 + 8 mesures, la reprise). 3/2
BGA. XXVI. Page 60 | CHORAL. | Soprano. / Flauto traverso I. II in 8va. / Oboe d’amore I. II., Violino I. col soprano. | Alto. / Violino II. coll’ Alto. | Tenore. / Viola col Tenore. | Basso. | Continuo. La seconda Volta piano.
NEUMANN. Simple choral harmonisé avec l’ensemble des instrument (colla parte).

BOMBA : «…Le fait que Bach fait répéter les vers finaux du choral en piano et élucide (élude) un retournement en tonalité majeure, ne résulte pas de cette attitude mais s'impose tout simplement. Il s'agit là du tombeau, de la station du passage future en route vers le salut éternel ».
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach. Pages 246/247] : «…Choral harmonisé sur mélodie de choral (MdC) 066 ».
[Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 242/243.]: «…Choral harmonisé de type I avec doublure colla parte : Sopran. : 2 fl. trav. 2 hb. d'amour, vl 1. Alt : vl 2. Tenor : alto. Bass : b.c. … La mélodie joue sur une descente d'octave dans son incipit et comporte une sixte napolitaine dans sa 8e mesure, sixte courante chez les Italiens et chez Haendel mais que Bach a rarement employée ou même carrément ignorée…»
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, pages 291 à 295] : «…simple harmonisation du choral. Mais au lieu de la coupe de la Barform (AAB), Bach fait répéter la section B sur les mêmes paroles (AABB) dans la nuance piano pour conclure tout en douceur. Le second vers de cette strophe est imité du « Cantique des cantiques 2, 16 [PBJ. 995] : « Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui ». Dans la cantate : « Du Jesu, du bist mein, und ich bin dein ».

DÜRR : « Cette manière de conclure « piano » n’est pas si fréquente chez Bach, d’après notre expérience, mais on peut la retrouver dans les premières cantates, telles les BWV 106 et 71 mais aussi dans la BWV 68 de 1725 ».
FINSCHER : «…D'une extrême simplicité, le choral conclusif répète - contrairement à la forme originale de la strophe - le verset final exécuté piano, avec une douceur qui rend de manière émouvante le sens des paroles «bis man mich einstens legt in's Grab hinein» - jusqu'à ce qu'on me mette un jour au tombeau ».
GARDINER : «…le choral terminal sur un rythme ternaire chevauchant les barres de mesure, est l’un des rares pour lequel Bach ait spécifié une conclusion piano…»
HOFMANN : « …La strophe finale, simple, renforcit encore une fois le refus du monde et de sa vanité et renouvelle la profession de foi en Jésus. A la péroraison « Mein ganzes Leben » Bach fait entendre une particularité en reprenant l’hymne mais dans la nuance piano, une traduction musicale de l’image du détachement du monde et de l’éloignement du chemin terrestre, stimulé par le vers final « bis man mich einsten legt in Grab hinein ».
LABIE [Le visage du Christ dans la musique baroque, page 197] : « Le choral final fait écho au Cantique des cantiques où il trouve la déclaration essentielle de l’union mystique que le musicien a placé au cœur de ce duo d’amour spirituel : « Toi Jésus, tu es mien et je suis tien », avant de décrire un mode de participation qui évoque irrésistiblement la matérialité de la communion eucharistique : « il faut que tu sois dans mon cœur et dans ma bouche. Que ma vie entière te soit vouée ».
MACIA [Tout Bach, pages 190/191] : «…le choral simplement harmonisé, retrouve le si mineur du chœur d’entrée. Une nuance piano intervient à la péroraison lorsqu’il est fait allusion au jour où « on déposera mon corps dans le tombeau ». Le nuance expressif de Bach est sans cesse sollicité, jusque dans les moindres détails ».
NYS, Carl de : «…L’admirable choral final, dans lequel Bach révèle les raffinements de ses associations de timbre, conclut la cantate par une page vraiment monumentale ».
WHITTAKER [page 428] : « Le choral final où les vents, et le violon I doublent le soprano, est strictement harmonisé … sur une mesure inhabituelle à 3/2, un tempo particulièrement lent. Les trois dernières lignes [du choral] sont répétées, la seconda volta piano, une manière aussi tout à fait exceptionnelle ».
WOLFF : « …Dans le choral final, Bach explore des voies peu conventionnelles en répétant piano le dernier verset de la dernière strophe, celui qui dit « qu’on me dépose au tombeau ».



BIBLIOGRAPHIE BWV 123

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ORON, Aryeh : Mélodie du choral (avec Thomas Braatz, mai 2006)) : Mélodie du choral Liebster Immanuel, Herzog der Frommen
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BOMBA, Andreas : Notice de l’enregistrement Hänssler / Rilling / edition bachakademie, volume 39. 2000
BOYER, Henri : Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach. L’Harmattan 2002. Pages 246/247
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Breitkopf n° 10 : 371 Vierstimmige Choragesänge. C. Ph. E. Bach – KJ. Ph. Kirnberger (sans date). N° 194
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DUFOURCQ, Norbert : Jean-Sébastien Bach / Génie allemand ? Génie latin ? La Colombe 1947. Page 241. Discographie vers 1947
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Dans les références bibliques, apparaît sous l’abréviation « PBJ. ».
PIRRO, André : J.-S. Bach. Alcan, Paris. 5e édition. 1919. Page 179
PIRRO, André : L'esthétique de Jean-Sébastien Bach. Fischbacher 1907. Minkoff Reprint Genève 1973. Pages 34, 89, 112, 142, 156,, 188 et 235
PITROU, Robert : Jean-Sébastien Bach. Editions Albin Michel. 1955. Page 247
RICHTER, Bernhard Friedrich : W. Neumann. Literaturverzeichnis 44] Über die Schicksale der der Thomasschule zu Leipzig angehörenden Kantaten Joh. Seb. Bachs. In BJ 1906, pages 43 à 73
ROMIJN, Clemens : Notice (sur CD, III/14, page 58) de l’enregistrement de Pieter Jan Leusink. 2006
SCHERING, Arnold : Préface de la partition de poche Eulenburg, n° 1036. Novembre 1931.
: W. Neumann : Literaturverzeichnis. 56] Über Kantaten Johann Sebastian Bachs (Geleiwort von Friedrich Blume / introduction de Friedrich Blume). Leipzig 1942. 2 und 3 Aufl. Ebd. 1950 (Nouvelle édition)
SCHMIEDER, Wolfgang : Thematisch-Systematiches Verzeichnis der Werke Joh. Seb. Bachs (BWV). Breitkopf & Härtel 1950-1973-1998. Édition 1973, pages 165/166
Literatur : Spitta - Schweitzer -Wolfrum, Philipp (1910)  - Pirro - Parry - Wustmann - Wolff - Terry – Neumann.
BJ 1906, 1914, 191, 1932, 1934, 1935.
SCHWEITZER, Albert : J.- S. Bach "Le musicien-poète". Foestich 1967, 8e édition. Édition française de 1905. Pages 204, 205
J. S. Bach. Édition allemande complète, en deux volumes. 1911.
Édition américaine (traduction de E. Neumann). Dover Publications, inc. New York. 1911-1966.
Volume 2, pages 143, 358/359, 420, 428, 461 et 463 (note)
SPITTA, Philipp : Johann Sebastian Bach. Sous-titré : « His work and influence on the Music of Germany 1685-1750 ». Novello & Cy 1889 - Dover 1951-1952. Volume II, page 687 - Volume III, page286
VIGNAL, Marc : Les Fils de Bach. Les chemins de la musique. Fayard. 1997. (l’héritage de Bach)
WHITTAKER, W. Gillies : The Cantatas of Johann Sebastian Bach. Sacred & Secular Oxford U.P. 1959-1985
Volume II, pages 309, 428 à 434 et 435
WOLFF, Christoph : Notice de l’enregistrement de Ton Koopman, volume 14. 2001
WUSTMANN, Rudolf : J.S. Bachs geistliche und weltliche Kantatentexte. Breitkopf & Härtel, 1913-1967. Pages 53/54
ZWANG, Philippe et Gérard : Guide pratique des cantates de Bach. R. Laffont 1982. ZK 106, page 184
Réédition révisée et augmentée. L’Harmattan 2005



DISCOGRAPHIE BWV 123

BACH CANTATAS WEBSITE : Discographie établie par Aryeh Oron. Elle est ici proposée sous une forme sensiblement allégée avec, parfois, quelques précisions relatives aux références et aux dates. Les numéros 1] et suivants indiquent l’ordre chronologique de parution des enregistrements. 8 références (décembre 2001- décembre 2010) + 3 mouvements individuels (décembre 2001 - juillet 2006).
Exemples musicaux : Aryeh Oron (avril 2003 – janvier 2005).

4] GARDINER (volume 18). The Monteverdi Choir. The English Baroque Soloists. Alto : Sally Bruce-Payne. Ténor : James Gilchrist. Basse : Peter Harvey. Bach Cantata Pilgrimage. Église Saint-Nicolas, Leipzig (D). 6 janvier 2000
CD SDG 174. 2010. Distribution en France, novembre 2010. Durée : 23’22.
Avec la cantate BWV 65. Il s’agit de la dernière livraison des enregistrement des cantates par J. E. Gardiner
2] HARNONCOURT (volume 30). Tölzer Knabenchor. Concentus Musicus Wien. Alto : Stefan Ramp (soliste des Tölzer Knabenchor).Ténor : Kurt Equiluz. Basse : Robert Holl. 1982. Durée : 21’19
Disque Teldec 635578-00-501-503 (SKW 30/1-2). Das Kantatenwerk (volume 30)
CD (D). Teldec 4509-91761. Das Kantatenwerk - Sacred Cantatas, volume 7. Coffret de six CD avec les cantates BWV 119 à 137
CD Teldec 242609 - 2 ZL.. Das Kantatenwerk (volume 30) 1989. Avec la cantate BWV 122
Reprise Bach 2000. Teldec, volume 3. Coffret de 15 CD. Septembre 1999. Cantates BWV 100 à 117. BWV 119 à 140. BWV 143 à 149
Reprise Warner Classics 2007 8573 81172-5. Intégrale en CD séparée, volume 38. 2007. Avec les cantates BWV 121 à 123
*7] HASHIMOTO, Masayuki. Bach-Chor Tokyo. Tokyo Cantata Chamber Orchestra. Chanté en japonais. Live Tokyo, 17 décembre 2005. Durée : 21’09.
CD Bach Chor Tokyo BACH CD 14. Bach Kantaten, volume 14. Avec les cantates BWV 110 et 116.
5] KOOPMAN (volume 14). Amsterdam Baroque Orchestra & Choir. Alto : Franziska Gottwald. Ténor : Paul Agnew. Basse : Klaus Mertens. Waalse Kerk. Amsterdam (NL). Décembre 2000.
CD Antoine Marchand Challenge Classics 72216. 2001
Avec les cantates BWV 178, 103 et 103 appendix, BWV 42 et 42 appendix, BWV 1045
3] LEUSINK. Holland Boys Choir / Netherlands Bach Collegium. CD Brilliant Classics. Église Saint-Nicolas d’Elburg (NL). Octobre-novembre 1999. Durée : 21’48.
Bach Edition. 2000. CD Brilliant Classics. Volume 8 – Cantates volume 3. 2000
Reprise Bach Edition. 2006. CD Brilliant Classics III - 93102 14/60. Avec les cantates BWV 87 et 173
*8] MILNES, Eric (volume 4). Montréal Baroque. Soprano Monika Mauch. Contre-ténor : Matthew White. Ténor : Charles Daniel. Basse : Harry van der Kamp. Un par voix. Québec, 26-29 juin 2007. Durée : 20’21
CD Atma Classique SACD 2 22403. Intégrales des cantates sacrées, volume 4. 2007. Avec les cantates BWV 61, 122 et 182
1] RILLING. Gächinger Kantorei Stuttgart. Bach-Collegium Stuttgart. Alto = Helen Watts. Ténor = Aldabert Kraus. Basse = Philippe Huttenlocher. Gedächtniskirche, Stuttgart, février et avril 1980.
Disque (D) Hänssler Verlag Laudate 98716. Die Bach Kantate. 1981. Avec la cantate BWV 124
CD. Die Bach Kantate (volume 21). Hänssler Classic. Laudate 91872. 1981. Avec les cantates BWV 65, 124 et, 154
CD. Hänssler edition bachakademie (volume 39). Hänssler-Verlag 92039. 1999. Avec les cantates BWV 122, 124 et 125
Reprise novembre 2009. Coffret Hänssler Classics 93581 (6 CD) sous le titre Advent & Christmas Cantata.
6] SUZUKI (volume 32). Bach Collegium Japan. Soprano : Yukari Nonoshita. Contre-ténor : Robin Blaze. Ténor : Andreas Weller. Basse : Peter Kooy. Kobe Shoin Women‘s University Chapel. Japan. Février 2005. Durée : 20‘05
CD BIS-SACD-1501. 2006. Distribution = septembre 2006. Avec les cantates BWV 124 et 125


MOUVEMENTS INDIVIDUELS BWV 123

M-1. Mvt. 1] Pflugbeil, Hans. Greifswalde Bach Tage Choir. Bach-Orchester Berlin. Fin des années 1950, ou années 1960 ?
Disque puis reprise en CD « Soli Deo Gloria, volume 8. CD Baroque Music Club.
M-2. Mvts. 4 et 5] Jean-Pierre Rampal. D. F. Dieskau. Octobre 1971. Disque EMI Classics et reprise en CD
M-3. Mvt. 6] Nicol Matt. Nordic Chamber Choir. Soloists of the Freiburger Barockorchester. Juin 1999.
Reprise Bach Edition. 2006. Chamber Choir of Europe. CD Brilliant Classics. Chorals V – 93102 28/134
Chorals (389) de l’édition Breitkopf.


DISCOGRAPHIE (Norbert Dufourcq). Vers 1940-1947
Mvt. 1. Choral du petit séminaire de Paris, direction abbé Vallet. Disque 78 tours Lumen 30055. (F)
Mvt. 6. Chœur de la chapelle Saint-Georges (Londres ?) Direction W. Davies. Disque 78 tours Columbia DB 656. (GB).


ANNEXE BWV 123
ARNOLD SCHERING

Notice de la partition Eulenburg n° 1026. Vers 1931.

« …La superbe mélodie du cantique « Liebster Immanuel » fut très appréciée [par les Chrétiens] durant tout le 18e siècle. Elle trouve son origine dans le Livre de chant « Himmels-Lust und Welt-Unlust » d’Ahasverus Fritsch, 1670, qui est peut-être aussi l’auteur du poème. Cette mélodie cependant pourrait revenir à Joh. Rudolf Ahle, le « Maître de Mühlhausen ». Elle possède quelque chose comme un caractère de danse, une « Courante » alors en vogue, au caractère disparaissant si on la joue sur un tempo moderne, mais qui favorise mieux le chœur initial [Isaïe VII, 14 et Matthieu 1, 23] de la cantate de Bach. Il est évident qu’il [Bach] conçut ce chœur d’ouverture comme un joyeux chant de pèlerinage ou dans l’esprit d’une musique processionnaire, avec une mélodie évoluant à 3/4 et des interventions à 9/8, ceci dans le but d’évoquer une idée de mouvement, procédé se retrouvant par ailleurs dans son œuvre pour des circonstances similaires.
L’expression d’une idée de marche pour un chœur de pèlerins naît aussi du fait que la cantate est destinée à l’Épiphanie, l’évangile étant un hommage aux mages venus d’Orient. Ce [même] dimanche a été aussi illustré par Bach avec une cantate antérieure « Si werden aus Saba alle kommen ». Une comparaison entre les chœurs initiaux de ces deux ouvrages [BWV 65 et BWV 123] montre que dans cette dernière cantate la même image de procession a retenu son attention et l’a déterminé à écrire une vaste fresque chorale. Peut-être trop… l’interpellation du chef des croyants, vis à vis du Christ a pu aussi avoir une influence. Mais en tout cas, le côté emblématique de ce chœur prédomine sur l’ensemble de l’œuvre. Et quoiqu’il en soit, dans ce premier mouvement, le même thème réapparaît constamment, ici dans les « vents », là, aux cordes et parfois à la basse continue, s’évanouissant puis s’affirmant à nouveau. Et plus loin, l’entourant et l’encadrant, un important interlude confié aux cordes et aux « vents » se développe – symbolisant la foule qui suit avec une joyeuse alacrité. Ceci constitue non seulement une illustration voire un programme musical ; Bach l’a aussi conçu comme une image strictement de musique pure, mais avec le souci que tout se dilue en elle et que seule l’idée principale demeure. La clef du sens de l’ensemble du mouvement est alors donnée. Seules les lignes du texte sont strictement traitées de manière chorale, interrompues par des pauses et sans aucune transition à la fin des deuxièmes et quatrièmes lignes. En accord avec a forme du chant, la musique [instrumentale] se répète par intervalles. A la fin, le passage très priant du thème de l’Emmanuel est d’un grand effet ; de même le surprenant retour de l’introduction initiale avec laquelle on débouche sur une solennelle conclusion.
Les sections suivantes de la cantate sont également fondées sur le poème de Ahasverus Fritsch, mais (à l’exception du choral final) les deux strophes intermédiaires se retrouvent dans les deux récitatifs et airs, manière pouvant évoquer Picander. Cette réutilisation est si libre et si indépendante que l’impression des vers originaux demeurent cependant. De cette façon, Bach n’a plus aucune raison d’utiliser la mélodie originale. Si rien ne peut être ajouter à propos des brefs récitatifs, les airs nécessitent une explication.
Le premier « Auch die harte Kreuzesreise » [3, air de ténor] combine l’esprit de ce pèlerinage, dans la première ligne, avec celle des trois Mages de l’Évangile [du jour]. Cette allusion présente dans le travail de Fritsch prouve que Picander a intentionnellement remodelé son texte pour suivre celui de l’Épiphanie. Les nombreuses et fortes expressions comme  harte », « Kreuzesreise », « tränen », « bitter », « Schrekt », « Ungewitter toben» ont évoqué en contrepoint, dans l’esprit de Bach, des équivalences musicales. Très colorés et actifs, les hautbois jouent leur thème chromatique en fa mineur et se confrontent au début et à la troisième mesure. La force expressive du thème n’intervient qu’à l’entrée du ténor, sur une quarte, fa mineur, si mineur, sur le mot « « hart » et atteint la majeur sur « Kreuz ». L’impressionnante phrase « schreckt mich nicht » s’impose à chaque fois légèrement augmentée, quand , à la fin de la phrase, mesure 19, la mélodie si souvent répétée n’apparaît plus aux parties supérieurs, mais revient à la basse. L’entrée soudaine de l’épisode orageux, sur quatre mesures, dans l’Allegro, contribue pleinement au caractère baroque de l’œuvre.
Le deuxième air « Lass, o Welt » [5, air de basse] est remarquable de part la combinaison de la voix de basse et de la flûte, la joyeuse figuration de cette dernière, s’opposant apparemment au caractère « élégiaque » des paroles. Ainsi le mot « « Einsamkeit » en est l’exemple. Bach en son temps associait toujours les flûtes avec les bergers. Cette question de « loneliness peut apparaître aussi pour deux raisons ; d’abord le mépris du monde aux quatre premières mesures et, deuxièmement la joie exprimée, sans nuage, et le calme paisible se manifestant en vivantes figurations aux mesures 5 à 8, lesquelles reflètent l’idée de protection due à la présence de Jésus (un exemple identique peut être trouvé dans la « Cantate de la chasse », avec flûte et solo sur les mots « Schafe können sicher weiden, wo ein guter Hirte wacht ». La voix unit pleinement la rhétorique à la déclamation dans la première partie de l’air – un saut de septième est répété sur le mot « Verachtung - mépris » « Dans la seconde partie où il est question de Jésus, un ondulant « cantabile » est introduit. Une grande musicalité et parfois ces délicieuses touches ne peuvent être déniées à cet air, pas plus que l’habileté extrême de Bach à écrire pour la voix de basse.
Par sa merveilleuse harmonisation, Bach a introduit une réelle majesté dans le choral final, majesté à laquelle on ne se serait pas attendu à l’écoute du chœur d’ouverture ».
La cantate fut publiée pour la première fois par Alfred Dörffel en 1878, dans le volume 26 de l’édition de la Société Bach.
Prof. Arnold Schering. Berlin, novembre 1931. Edition Eulenburg, n° 1026



EN CONCERT :
MAZAMET (Festival 1969). Orchestre du Festival. La Société des Chanteurs de Saint-Eustache. R.P Émile Martin, de l’Oratoire.
KUIJKEN : Chœur et orchestre de la petite Bande. Enregistrement du concert donné à l'église Saint-Roch (Paris) le 7 novembre 2002.


C. Role. Mars 2011

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Last update: March 21, 2011 18:00:00