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C. Role. Août 2011
Cantate BWV 162
ACH ! ICH SEHE, JETZT, DA ICH ZUR HOCHZEIT GEHE
Ah ! Voilà / que je me rends aux noces…
KANTATE ZUM 20. SONNTAG NACH TRINITATIS

Cantate pour le 20e dimanche après la Trinité
3 novembre 1715 (Weimar) ou mieux, le 25 octobre 1716 10 octobre 1723 (Leipzig)
AVERTISSEMENT

Cette notice dédiée à une cantate de Bach tend à rassembler des textes (essentiellement de langue française), des notes et des critiques discographiques parfois peu accessibles (2011). Le but est de donner à lire un ensemble cohérent d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes francophones un panorama espéré « élargi » de cette partie de l’œuvre vocale de Bach. Outre les quelques « interventions « CR » signalées par des crochets [...] le rédacteur précise qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté le nom des auteurs sélectionnés dans la bibliographie. A cet effet il a indiqué clairement, entre guillemets «…» toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux. Rendons à César...

ABRÉVIATIONS:
 
(A) = La majeur → (a moll) = la mineur
(B) = Si bémol majeur
BB / SPK = Bach Bibliothek / Staatsbibliothek Preussicher Kulturbesitz
B.c. = Basse continue ou continuo
BCW = Bach Cantatas Website
BD = Bach-Dokumente (4 volumes, 1975)
BGA = Bach-Gesellschaft Ausgabe = Édition par la Société Bach (Leipzig, 1851-1899). J. S. Bach Werke. Gesamtausgabe (édition d’ensemble) der Bachgesellschaft
BJ = Bach-Jahrbuch
(C) = Ut majeur (c moll) = ut mineur
D = Deutschland
(D) = Ré majeur (d moll) = ré mineur
(E) = Mi (Es) = mi bémol majeur
EKG = Evangelisches Kirchen-Gesangbuch.
(F) = Fa
(G) = Sol majeur (g moll) = sol mineur
GB = Grande-Bretagne = Angleterre
(H) = Si (h moll) = si mineur
NBA = Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de Bach à partir des années 1954-1955)
NBG = Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach (fondée en 1900)
OP = Original Partitur = Partition originale autographe
Ost. = Original Stimmen – Parties séparées originales
P = Partition = Partitur
PBJ = Petite Bible de Jérusalem
PKB = Preußicher Kulturbesitz, Staatsbibliothek, Berlin
St. = Parties séparées = Stimmen
La première lettre -en gras- d’un mot du texte de la cantate indique la majuscule de la langue allemande. Dans le corps de ce même texte allemand, le mot ou groupe de mots mis en italiques désignent un affect particulier ou un « accident remarquable.


DATATION BWV 162

Weimar, le dimanche 3 novembre 1715 ou le dimanche 25 octobre 1716. DÜRR. Chronologie. 1715 : BWV 165 (16 juin) – BWV 185 (14 juillet) – BWV 161 (6 octobre) - *BWV 162 (3 novembre) – BWV 163 (24 novembre) – BWV 132 (22 décembre). 1716 : BWV 155 ( 19 janvier).
Toutes ces cantates ont en commun d’avoir utilisé des poésies de Salomon Franck.
HIRSCH : Classement CN 24 (Die chronologisch Nummer = numérotation chronologique). 1715 et 1723 (reprise de la version de Weimar). Leipzig = I. Jahrgang ou « Année I ».
[Die Zahl im Kantatenwerk Johann Sebastian Bachs, page 85] : La date du 25 octobre 1716 proposée par A. Glöckner, in Bach-Jahrbuch 1985 a désormais la faveur des musicologues.
ISOYAMA : « On a pensé que cette cantate pour le 20e dimanche après la Trinité avait été créée le 6 octobre 1715. Selon de récentes recherches cependant, il semble probable que la première eut lieu le même dimanche de l’année suivante (25 octobre 1716)... car il est assuré que, en août 1715, la cour prit le deuil du duc Johann Ernst et l’exécution des cantates observa une relâche jusqu’au début de novembre…»
LYON, James : propose les dates du 25 octobre 1716 [d’après A. Glöckner, in Bach-Jahrbuch 1985]… ou le 3 novembre 1715.
NYS, Carl de : «…La cantate BWV 162 a été donnée pour la première fois sur la tribune de la chapelle du château de Weimar le, 3 novembre 1715... Lorsque Bach la reprendra au début de son cantorat à Saint-Thomas le 10 octobre 1723, il sera amené à modifier sa partition en raison de l’accord de l’orgue »
SCHMIEDER : Weimar vers 1715. Reprise à Leipzig en 1723.
SCHWEITZER : 20e dimanche après la Trinité 1715.
WOLFF : Cantate composée pour le 25 octobre 1716.


SOURCES BWV 162

La « database » du « Catalogue Bach de l’Institut de Göttingen » en connexion avec les « Bach Archiv », est un instrument de travail exceptionnel (langue anglaise et allemande) mais d’un d’accès parfois “laborieux” pour le lecteur de langue française.
Adresse : (http: //www.bach;gwdg.de/bach_engl.html). Trois références avec deux copies de la partition et le recueil des parties séparées.

PARTITION AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR
Pas de sources connues.

BGA. (Franz Wüllner, 1887). Une copie de la partition est en la possession de Monsieur Hauser, à Karlsruhe avec l‘avertissement : « d‘après le recueil L.v. Voss des parties séparées originales et mis en partition par Franz Hauser, à Berlin, le 9 avril 1836.
2] DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms Bach P 440 Faszikel 3.
BGA. (Franz Wüllner, 1887). Une autre copie est à la Bibliothèque royale de Berlin, d‘après celle de Hauser, dans la recueil de Fischof [J. Fischhof, pianiste, compositeur et collectionneur de manuscrits - 1804-1857].

COPIES (Abschriften) :
Site gwdg.de/bach :
DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms Bach P 1159/VIII.Faszikel 2. Franz Hauser. Première moitié du 19e siècle.
DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms Bach P 440. Faszikel 2. Origine Vienne. Copiste : Passer ?

PARTIES SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN
Mus. ms. Bach St 1. Staatsbibliothek Berlin zu Berlin Preußicher Kulturbesitz. Anciennement à la Marburg Staatsbibliothek (dépôt) puis Berlin-Dahlem = BB/SPK St. 1. .Partiellement autographes.
Site gwdg.de/bach :
DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms Bach St 1. Version de Weimar 1. J.S. Bach et copistes anonymes.
DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms Bach St 1.Version de Leipzig. J.S. Bach. A. Kuhnau ; Ch. G. Meißner et copistes anonymes.
Titre pris en tête de la partie de violon, de la main de Bach : „Doïca 20 post Trinit: | Ach ! ich sehe, itzt da ich zur Hochzeit | gehe. | à 5 Str: [stromenti] 4 Voci | di | Joh: Seb: Bach“.
BRAATZ [BCW – Provenance] : En guise d‘avertissement : « Ce sera la dernière fois [avec la cantate BWV 162] que je fournis une information détaillée à la rubrique „Provenance“ des cantates étudiées [C‘est bien dommage !] Thomas Braatz déclare, avec modestie, avoir trouvé un site (http: //www.bach;gwdg.de/bach_engl.html) donnant toutefois avec une notable différence, celle d‘une façon non narrative, toutes les informations au sujet [des sources] de chaque cantate. Ce site propose simplement les secteurs de recherche (ce qui est un grand avantage pour ceux qui n‘ont la possibilité de lire en langue allemande les longues notices de la NBA KBs.). Cependant ce site ne donne pas toutes les informations contenues dans les „KB“ (notices). Mais, ajoute Braatz, si je trouve quelque chose d‘important, j‘essaierai de les inclure dans de futures notices [du BCW] : « En dépit qu‘il soit assuré que la partition a dû exister un jour, il n‘y a rien digne d‘intérêt d‘être connu à ce propos. Les partitions de cette cantate [BWV 162] „recomposées“ au 19e siècle sont toutes basées sur l‘ensemble des parties séparées et non d‘après la partition originale [sous réserve de la partition de Franz Hauser]. Il n‘est pas assuré que les fils de Bach aient hérité de ce “set“ de parties séparées… Le premier propriétaire pour lequel il existe quelques renseignements appartient à la famille von Radowitz. Les initiales „v. R“ apparaissent à la page de titre de la partie de violon avec laquelle sont rassemblées [toutes] les autres parties. Plus tard ces parties furent mises dans un nouveau classeur. Le catalogue [de musique] de la famille Radowitz contient en outre le titre de la cantate [BWV 162]. Savoir quand cette cantate entra dans la collection de manuscrits de Voss-Buch n‘a pu être éclairci. Par ailleurs, Hauser dans son catalogue thématique de musique d‘église indiqua pour cette cantate : „Voss Stimmen“ ce qui veut dire que Voss fit l‘acquisition de ces parties séparées originales. [Carl Otto Friedrich von Voss (1786-1864). Collectionneur cité à propos des manuscrits relatifs aux cantates BWV 95, 103, 74, 151, 19, etc.] Cette acquisition doit être survenue avant avril 1836 [?] En 1851, ce „set“ de parties entra à la Staatsbibliothek zu Berlin“ où ont peut toujours les trouver aujourd‘hui » (2002). En haut de la partie de violon, Bach a écrit le titre suivant : „Doïca 10 post Trinit: [sans doute faut-il lire Doïca 20] | Ach ! ich sehe, itzt da ich zur Hochzeit | gehe. | à 5 Str: [stromenti] 4 Voci | di | Joh: Seb: Bach. Le mot „gehe“ est rédigé au moyen d‘une encre plus pâle; peut-être un ajout tardif. Le paquet (set) des parties originales peut être divisé en deux groupes, celui des parties de l‘époque de Weimar et celui de l‘éxécution ultérieure de Leipzig où des parties [instrumentales] furent ajoutées. A l‘exception du texte affecté aux quatre parties vocales (complété par un copiste anonyme de Weimar) et la partie de violon, Bach a recopié les [autres] parties lui-même… ainsi que celle du Corno da tirarsi. Un copiste anonyme a repris les parties des deux violons, Johann Andreas Kuhnau, celle de la viola et Christian Gottlob Meißner la partie de violoncelle. Absents des parties de Weimar, le violino II et la partie d‘instrument „obligé“ du troisième mouvement. Il y avait aussi probablement une autre partie d‘orgue ».
HERZ. Datation 1715 : En partie autographe. Filigrane „AA“. Leipzig 10 octobre 1723 : copistes = Johann Andreas Kuhnau (neveux ou petit-fils du cantor Johann Kuhnau) à Leipzig à partir de février 1723 et Christian Gottlob Meissner, à Leipzig de 1723 à 1729.
SCHMIEDER : 14 parties in 4° et 8° partiellement autographes.

ÉDITIONS
SOCIÉTÉ BACH = BACH-GESELLSCHAFT (BG)
BGA. Jg. XXXIII (33e année). Page 31 à 46. Préface de Franz Wüllner (1887). Cantates BWV 161 à 170.

NOUVELLE ÉDITION BACH = NEUE BACH AUSGABE (NBA)
KANTATEN SERIE I / BAND 25. KANTATEN ZUM 20 UND 21 SONNTAG NACH TRINITATIS
Bärenreiter Verlag BA 5089. 1997. Ulrich Bartels. 7 fac-similés.
BWV 162. Pages 3 à 21 et 23 à 40. Bl. 1r der Originalstimme Basso (Staatsbibliothek Berlin zu Berlin Preußicher Kulturbesitz. Mus. ms. Bach St 1). Satz 1, Vermeke für Satz 2 – 5.
Avec les cantates BWV 180, 109, 38, 98 et 188.
Kritischer Bericht (commentaires). BA 5089 41. 1997. Ulrich Bartels.

AUTRES ÉDITIONS
BÄRENREITER classics.| Bach | Bärenreiter Urtext.
Sämtliche Kantaten 10 | TP 1290. 2007.
Serie I. Band 25. Kantaten zum 20 und 21 Sonntag nach Trinitatis.
Herausgegeben : Ulrich Bartels.
Faksimile : BWV 162, 180, 49, 109, 98 et 180.
BWV 162. Pages 1 à 20. Weimar Fassung. Bärenreiter-Verlag. Kassel 1997.
BWV 162. Pages 21 à 40. Leipziger Fassung (version de Leipzig 1723).
BCW. Partition de la BGA. + Réduction chant et piano.
BREITKOPF & HÄRTEL. Partition = PB 3012. Réduction chant et piano (Todt) = EB 7162. Partition du chœur = ChB 2201. Révision, copie des parties d’orchestre, orgue et clavecin par Max Seiffert.
2011. W. Radeke [révision utilisée par Masaaki Suzuki]. Réduction pour voix et piano (20 pages) EB 7162. Partition du chœur (2 pages) = ChB 4662.
CARUS. Sauf erreur, pas de partition disponible (2011).
KALMUS STUDY SCORES. N° 848. Volume XLIV. New York 1968. Avec les cantates BWV 157 à 162.
[La partition de la BGA se trouve dans le coffret n° 38 Teldec / Harnoncourt. 1986]. HARNONCOURT : «…Il existe deux versions de cette cantate. Une première version écrite à Weimar en 1715 (la mineur) et une seconde version de la reprise de Leipzig en 1723 (si mineur). Nous avons opté pour la seconde version, car dans celle-ci le problème de la transposition du ton de chœur au ton de chambre normal est résolu clairement. La cantate est donc jouée en si mineur [Teldec], un ton au-dessus de la version imprimée de l’ancienne édition Bach [BGA]. On suppose que quelques voix ont été perdues par rapport au matériel original et que certains instruments obligés manquent dans l’air [3] ».


  PÉRICOPE BWV 162

Vingtième dimanche après la Trinité.
Epître aux Ephésiens : 5, 15 à 21 [PBJ. 1731] : « Cherchez dans l’esprit votre plénitude ».
Evangile selon saint Matthieu : 22, 1 à 14 [PBJ. 1489]. Parabole du festin nuptial : « Il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils…». Le texte de la cantate se meut effectivement dans l’idée générale d’être invité à ce festin malgré l’indignité des candidats…
Renvoi à Luc 14,16 à 24 [PBJ. 1564]. Les invités qui se dérobent : « Un homme donnait un grand dîner auquel il invita beaucoup de monde…»
Même occurrence, les cantates BWV 180 (22 octobre 1724) et BWV 49 (3 novembre 1726).

E.K.G. 20. Sonntag nach Trinitatis
II Timothée 2, 19 [PBJ 1755]. «…Cependant les solides fondations posées par Dieu tiennent bon, marquées du sceau de ces paroles : Le Seigneur connaît les siens ; ceux qui vivent dans l'injustice méconnaissent le nom du Christ ».
Psaume 34. Peut-être le verset 11 (Kaph) [PBJ. 830] : « Des (riches) ont connu la disette et la faim, qui recherche Yahvé ne manque d’aucun bien…»
Cantique (lied) EKG 177 : « Ach Gott vom Himmel sie darein ».
Epître aux Ephésiens: 5, 15 à 21 [PBJ. 1731] : « Cherchez dans l’esprit votre plénitude ».
Evangile selon saint Matthieu: 22, 1 à 14 [PBJ. 1489]. Parabole du festin nuptial : « Il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils…»

James Lyon donne aussi comme source le psaume 1 « Enseignement sur la félicité des justes et punition des impies ».


TEXTE BWV 162

Texte (1715) de Salomon Franck (Weimar, 1659-1725), bibliothécaire de la cour de Weimar. Titre : Evangelisches Andachts Opffer…Anordnung in geistlichen Cantaten (Offrande de ferveur évangélique) publié à Weimar (sans date) mais avec une dédicace datée du 4 juin 1715.

BOYER [Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 105/106] : «…Le texte de Salomon Franck, particulièrement insipide, allie la traditionnelle idée des noces spirituelles et du Jugement dernier ».
NEUMANN [Sämtliche von Johann Sebastian Bach vertonte Texte. Page 274 : Fac-similé de la couverture du recueil Andachts Opffer…Anordnung in geistlichen | Cantaten | welche auf die ordentliche | Sonn = und Fest-Tage
Pages 275 à 287 : Reproduction des textes des cantates BWV 132, 152, 155, 72, 80a, 31, 165, 185, 168, 164, 161, 162 et 163.
6] Septième strophe (de 8 vers)) du cantique Alle Menschen müssen sterben (Leipzig 1652) de Johann Rosenmüller (1619 † 1684). La mélodie est d’un auteur inconnu. Renvoi au choral à quatre voix BWV 262 et à BWV 717.
Bien qu’ayant le même titre, Alle Menschen müssen sterben, la mélodie de l’Orgelbüchlein BWV 643 est différente de celui du choral BWV 162/6.
F. Smend, A.Basso et Ch. Wolff attribuent ce choral à Johann Georg Albinus…
GARDINER : « Le texte de la cantate BWV 162 compare la vie à un périple menant au festin des noces…»


GÉNÉRALITÉS BWV 162

BASSO [Jean-Sébastien Bach. Tome 1, page 420] : «…Adaptation de la cantate sur le plan tonal, Weimar / Leipzig : à Weimar, utilisation du Chorton, en principe pour les voix, les cordes, l’orgue les trompettes, un ton plus haut que le Kammerton de Leipzig, en principe pour les bois …c’est en fait le ton généralement adopté par Bach dans les cantates pour tout l’ensemble vocal-instrumental…La différence entre les deux types de ton était environ un ton entier…et transposition d’un ton et demi dans la cantate BWV 162…»
GEIRINGER [Jean-Sébastien Bach, note 131 de la page 364] : « Quand il adaptait des cantates de Weimar pour des exécutions à Leipzig, Bach modernisait toujours la notation. En outre il s’arrangeait pour arriver approximativement au même diapason que celui adopté à Weimar. Comme le Cammerton de Leipzig était d’au moins un demi-ton plus haut que le Tief Kammerton de Weimar, il fallait transposer d’au moins un demi-ton plus bas… la cantate 162, qu’on avait entendue en ut mineur à Weimar fut exécutée en si mineur à Leipzig ». Renvoi à Alfred Dürr, Fruhe Kantaten, page 64.
GEIRINGER [Bach et sa famille, pages 236/237] : «…La façon particulière dont Bach transposait les parties d’instruments à vent et d’orgue a une signification déterminée. A Weimae, les orgues sur lesquelles il jouait semblent avoir été accordes dans ce qu’on appelle le hoher Chorton, une tierce mineure au-dessus du Kammerton… Smend (Bach Kirchekantaten)… maintient avec raison que les cantates sans instruments à vent, reconnues pour avoir été composées à Weimar, telles que les n° 152, 161, 162, doivent être excutées un ton plus haut d’une tierce, puisqu’il est certain que du temps de Bach on les entendait dans des régions de sonorité plus élevées…On a signalé que l’orgue de Weimar tel qu’il a étt décrit avec son hoher Chorton par G. A. Wette en 1737, avait été entièrement reconstruit en 17191720, c’est à dire après que Bach avait quitté Weimar…. cependant la notation particulière des cantates que l’on sait avoir été jouées à Weimar, est la preuve que l’instrument du compositeur était accordé de la même façon que celui décrit par Wette ».
HALBREICH : «…Cette cantate ne nous est probablement pas parvenue dans son état complet ; il manque des parties instrumentales au moins dans l’air de soprano (Rilling a tenté d’y pallier en étoffant au maximum les figurations de clavecin du continuo), et peut-être ailleurs ».
HARNONCOURT : « transposition du ton de chœur [Weimar = Chorton] au ton de chambre [Leipzig = Kammerton…] la cantate (version de Leipzig) est donc jouée en si mineur, un ton au-dessus de la version imprimée dans l’ancienne édition Bach [BGA]… on suppose que quelques voix ont été perdues par rapport au matériel original et que certains instruments obligés manquent dans l’air pour soprano n° 3. Nous avons renoncé à un essai de reconstruction car nous pensons qu’il en résulterait tout au plus une musique stylistiquement complétée, mais en aucun cas une œuvre de Bach…»
ISOYAMA : «…au texte, Bach a joint de la musique au fort style de chambre….»
LABIE [Le Visage du Christ dans la musique baroque. Page 428] : «…Rien ne semble plus éloigné de la mort que ce titre festif « Voici que je me rends aux noces »… La leçon de morale conjugale exprimée dans la seconde moitié de ce texte s’accorde fort bien avec l’allusion aux noces que comporte le texte évangélique. Tous les éléments poétiques du livret tournent autour de l’idée des noces spirituelles et constituent un véritable poème de l’amour mystique… A cette proposition poétique, Bach ajoute une connotation eucharistique que rend possible le thème du festin. S’il parle de mort, c’est uniquement par rappel du sort qui attend celui qui se présente aux noces célestes sans être revêtu de la parure de la foi…»
 ROMIJN : [Très exceptionnellement la notice réservée à la cantate BWV 162 est « approximative »… Il est « hasardeux » de proposer une datation au 25 octobre 1717 et d’avancer que les arias de basse et de soprano « ont droit à tout l’orchestre »].


DISTRIBUTION BWV 162


NEUMANN. Sopran, Alt, Tenor ; Baß. – Chor (nur Schlußchoral). Horn (Corno da Tirarsi) ; Streicher ; B.c.
SCHMIEDER. Soli : S, A, T, B. Chor : S, A, T, B. Instrumente : Corno da tirarsi (Trompete) ; Viol. I, II ; Vla. ; Fagott ; Continuo.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, page 443] : «…cantate d’aspect pour le moins singulier, car ce n’est que dans le premier morceau et dans le choral conclusif…) qu’elle fait usage d’un certain appareil instrumental : les quatre morceaux centraux… ne sont accompagnés que du continuo, encore que l’on ait supposé que l’aria pour soprano (n°3) ait pu être soutenue par la présence de deux parties (perdues) de violon… l’ensemble instrumental est caractérisé par la présence d’un « corno da tirarsi » trompette à embouchure de cor… utilisé non point en tant qu’instrument concertant, mais comme un complément de timbre…»  
BOMBA : «…Bach… dut réécrire les voix en raison des tempéraments plus élevés en usage à Leipzig. A cette occasion, il ajouta la viole [?] qui joua sans doute le rôle de renfort et dans le choral final un « corno da tirarsi » qui, lui, chantait le cantus firmus. Par contre une autre voix instrumentale semble avoir été perdue, elle devait sans doute jouer une partie obligée dans l’air de soprano n° 3…» HARNONCOURT : «…Nous avons opté pour la seconde version de 1723, Leipzig, car dans celle-ci le problème de la transposition du ton de chœur au ton de chambre normal est résolu clairement. La cantate est donc jouée en si mineur [Teldec], un ton au-dessus de la version imprimée de l’ancienne édition Bach [BGA]. On suppose que quelques voix ont été perdues par rapport au matériel original et que certains instruments obligés manquent dans l’air [3] ». ISOYAMA : «…aucun instrument à vent n’est requis [quoique quand la cantate fut jouée à Leipzig en 1723, un tromba da tirarsi fut utilisée dans le premier et le dernier mouvement]. Les cordes et le continuo (dont des bassons) à eux seuls forment la partie instrumentale…»
LEMAÎTRE : « Lorsque Bach reprit l’œuvre à Leipzig [en 1723], il ajouta à l’effectif instrumental un corno da tirarsi (trompette à embouchure de cor). On remarquera dès le départ que seuls les morceaux extrêmes font intervenir un appareil instrumental étoffé et que les pièces centrales ne reposent que sur la basse continue »
NYS, Carl de : «…A propos du « Corne de chasse » dans BWV 109/1 : Bach semble avoir particulièrement apprécié cet instrument à cette
époque ; lorsqu’il reprendra la cantate BWV 162 écrite à Weimar, il y ajoutera une partie de « cor de chasse ». 
NYS, Carl de  [coffret Erato, volume 7. 1977] : «…Lorsque Bach reprendra la cantate BWV 162, au début de son cantorat à Saint-Thomas le 10 octobre 1723, il sera amené à modifier sa partition en raison de l’accord de l’orgue ; c’est en tous les cas à cette occasion qu’il a ajouté à la partition primitive une partie de trompette (corno da tirarsi), mais Alfred Dürr pense que l’original devait comporter d’autres instruments que les cordes qui nous sont parvenues, notablement parce que dans l’aria pour soprano la basse continue dans la forme connue semble vraiment un peu schématique ; il suggère qu’il a pu y avoir une ou deux parties de hautbois, ce qui correspondrait assez à un certain style pratiqué par le jeune maître de Weimar ».
PIRRO [L'esthétique de Jean-Sébastien Bach. L’orchestration, page 238] : « A propos de la cantate BWV 46/1 et 6 Bach désigne ici la tromba ou corno da tirarsi, instrument muni de coulisse, comme le trombone…». Renvoi à la cantate BWV 67/1 et 7.
SUZUKI :…tentative reconstruction de la partie manquante en obbligato du n° 3… Choix de l‘instrument… la flûte à bec… qui paraît souvent dans les cantates de Weimar…. l‘édition Breitkopf reconstruite par W. Radeke… basée sur l‘hypothèse que les deux parties obligées étaient perdues, la version de Radeke renferme deux parties de violon (ou hautbois) qui sont recréées avec beaucoup de beauté et de musicalité…»
WOLFF : « Tandis que la première aria fait appel à l’ensemble des cordes ; les deux autres, de manière inhabituelle, se contentent d’un accompagnement de continuo . Si cela correspond sans nul doute à la volonté du compositeur dans le duo n° 5, en revanche, il manque à l’évidence la partie instrumentale obligée de l’aria n° 3. La partition n’ayant pas été conservée et le matériel d’exécution restant incomplet, on ne peut déterminer quel était l’effectif original de ce mouvement. Pour remplacer la partie perdue, le présent enregistrement [celui de Ton Koopman] propose à l’orgue, une improvisation à la main droite. Les sources de référence sont les parties séparées originales, les unes appartenant au matériel d’exécution utilisé à Weimar, les autres ayant été réalisées à Leipzig… Bach compléta l’instrumentation par un corno da tirarsi (trompette à coulisse) pour renforcer la partie de viole du n° 1 et mettre en relief la mélodie du choral dans le n° 6…»


APERÇU BWV 162

1] ARIE BAß. BWV 162/1
ACH ! ICH SEHE, JETZT (Itzt), DA ICH ZUR HOCHZEIT GEHE, / WOHL UND WEHE. / SEELENGIFT UND LEBENSBROT, / HIMMEL, HÖLLE, LEBEN, TOD, / HIMMELSGLANZ UND HÖLLENFLAMMEN / SIND BEISAMMEN. / JESU HILF, DAß ICH BESTEHE !

Ah ! Voilà / que je me rends aux noces, / pour le meilleur et pour le pire. / Poison de l’âme et pain de la vie, / ciel, enfer, vie, mort, / splendeur céleste et flammes infernales / sont réunis. / Jésus aide-moi à sortir vainqueur de l’épreuve !

La mineur (a moll), 56 mesures, C
BGA. Jg. XXXIII. Pages 31 à 35. Am zwanzigsten Sonntage nach Trinitatis | Cantate | für Sopran, Alt, Tenor und Baß. | ARIE. | Corno da tirarsi. | Violino I. | Violino II. | Basso. | Fagotto. | Continuo. Prélude instrumental de 7 mesures et reprise finale Dal Segno.
NEUMANN. L’ensemble des instruments. « Comme un da capo » par le caractère de ritournelle et de « choral » aux parties instrumentales.

BASSO [Jean-Sébastien Bach. Tome 1, page 444] : «…emploi du corno da tirarsi… le discours (instrumental) apparaît découpé en « versets… sur cette sorte d’arrière-plan, ou de base, timbro-harmonique, se situe l’articulation contrapuntique de deux violons concertants en trio avec la partie vocale de basse, tandis que le continuo, redoublé par le basson, se fait entendre en une incessante figuration obstinée…»
BOMBA : «…La fête des noces, la splendeur des cieux mais aussi peut-être les flammes infernales justifient l’emploi d’une instrumentation relativement riche ainsi que les motifs agités de l’air d’introduction » [n° 1].
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach., pages 993 à 997] : «…cet air en deux parties insiste longuement sur la deuxième, qui est aussi la plus imagée, à partir de Seelengift poison de l’âme…qui fait l’objet d’une répétition variée. Dès la ritournelle initiale, qui sera reprise intégralement entre les deux parties et pour finir, les deux parties de violons et celle d’alto tissent un réseau serré en écriture canonique… dans une écriture à cinq et parfois à six voix. A côté d’un figuralisme évidemment appelé par le texte sur le mot Höllenflammen… un autre mot se trouve abondamment exprimé sur des vocalises, qui n’appelle pourtant pas d’image particulière, celui de beisammen – réunis…». Renvoi à la cantate BWV 101/4.
GARDINER : «…Opposition des contraires : On trouve dans l’air initial de basse, des références tant au Seelengift qu’au Lebensbrot pain de viepoison de l’âme… Avec ses violons et hautbois [version Gardiner ?] se répondant par chœurs (tout d’abord en canon) et une partie inhabituelle pour corno da tirarsi (jouée ici –version Gardiner – par un trombone alto), la musique de Bach est de caractère solennel… sur une structure… reposant sur un ritornello et avec une série de répétitions…»  
ISOYAMA : «…La cantate s’ouvre sur une aria en la mineur pour la basse. Son texte est une narration à la première personne de quelqu’un en marche vers des noces et qui, sur son chemin, remarque la juxtaposition de la bonne fortune et de la souffrance… l’accentuation frappante des mots souligne beaucoup le côté négatif. Le continuo imite les pieds des chrétiens se hâtant aux noces tandis que les instruments plus aigus soupirent d’inconfort ».
LEMAÎTRE : «…air dans lequel la voix de basse émerge au milieu d’une polyphonie imitative à trois voix réalisée par les deux parties de violon et la trompette soutenue par les altos ». 
MACIA [Tout Bach, pages 225/226] : «…L’orchestre et le continuo simulent, par leurs affirmations rapides, les pas du croyant se rendant aux noces…»
NYS, Carl de : «…c’est la crainte qui domine exprimée par le motif fondamental la sol dièze - la… on peut se demander aussi  si le motif initial de la partie chantée mi - la - fa - mi fa fréquemment répété par les violons et l’alto doublé par la trompette n’est pas une allusion à une mélodie de choral ».
PIRRO [L'esthétique de Jean-Sébastien Bach.- La formation rythmique des motifs. Page 111] : « Les souples tournoiements de la flamme rapide sont symbolisés par des motifs sinueux et agiles ». Renvoi à la cantate BWV 20/3.
[La traduction du texte, page 273] : «…vocalises sur le mot « Höllenflammen, où Bach met non seulement à profit la sonorité large de la voyelle « a », mais tente aussi de décrire l’agilité de la flamme crépitante et acérée… » [+ Exemple musical sur le mot Höllenflammen », BG. XXXIII, page 33]. Renvoi à la cantate BWV 20/3.
SCHWEITZER : Emploi du motif chromatique de la peine et de la mélancolie, dans la basse continue.


2] REZITATIV TENOR. BWV 162/2
O GROßES HOCHZEITSFEST, / DARZU DER HIMMELSKÖNIG / DIE MENSCHEN RUFEN LÄßT ! / IST DENN DIE ARME BRAUT, / DIE MENSCHLICHE NATUR, NICHT VIEL ZU SCHLECHT UND WENIG, / DAß SICH MIT IHR DER SOHN DES HÖCHSTEN TRAUT ? / O GROßES HOCHZEITFEST, / WIE IST DAS FLEISCH ZU SOLCHER EHRE KOMMEN, / DGOTTES SOHN / ES HAT AUF EWIG ANGENOMMEN ? / DER HIMMEL IST SEIN THRON, / DIE ERDE DIENT ZUM SCHEMEL SEINEN FÜßEN, / NOCH WILL ER DIESE WELT / ALS BRAUT UND LIEBSTE KÜSSEN ! / DAS HOCHZEITMAHL IST ANGESTELLT, / DAS MASTVIEH IST GESCHLACHTET ; / WIE HERRLICH IST DOCH ALLES ZUBEREITET ! / WIE SELIG IST, DEN HIER DER GLAUBE LEITET, / UND WIE VERFLUCHT IST DOCH, DER DIESES MAHL VERACHTET !

O grande fête des noces /à laquelle le roi céleste / convie les êtres humains ! / La pauvre fiancée, / la nature humaine n’est-elle pas trop médiocre et insignifiante / pour que le Fils du Très-Haut s’unisse à elle ? / O grande fête des noces ! / Comment la chair s’est-elle vue faire l’honneur / que le Fils de Dieu / se soit à jamais incarné en elle ? / Le ciel est son trône, / la terre lui sert de marchepied / et encore veut-il embrasser ce monde, / faire de cette terre sa fiancée et sa bien-aimée ! / Le repas de noces est prêt, / on a abattu le veau gras ; / Comme tout est magnifiquement préparé ! / Bienheureux celui que conduit ici la foi. / Maudit celui qui dédaigne ce festin !

Isaïe 66, 1 [PBJ. 1182] : « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied… ». Dans le récitatif : « Die Erde dient zum schemel seinen Füßen - Le ciel est son trône, / la terre lui sert de marchepied…»
Allusion à l’Évangile (Luc) : Le fils prodigue, le veau gras.

Ut majeur (C dur) → ré mineur (d moll), 25 mesures, C
BGA. Jg; XXXIII. Page 36 | RECITATIV. | Tenore. | Continuo.
NEUMANN. Récitatif secco.


3] ARIE SOPRAN. BWV 162/3
JESU, BRUNNQUELL ALLER GNADEN, / LABE MICH ELENDEN GAST, / WEIL DU MICH BERUFEN HAST ! | ICH BIN MATT, SCHWACH UND BELADEN, / ACH ! ERQUICKE MEINE SEELE, / ACH ! WIE HUNGERT MICH NACH DIR ! / LEBENSBROT, DAS ICH ERWÄHLE, / KOMM, VEREINE DICH MIT MIR !

Jésus, source de toutes grâces, / repais le malheureux convive que je suis, Toi qui m’a invité ! / Je suis las, faible et accablé ; / Ah ! réconforte mon âme ! / Ah ! quelle faim j’ai de toi ! / Pain de vie, toi que j’élis, / viens t’unir à moi !

Ré mineur (d moll), 53 mesures, 12/8
BGA. Jg. XXXIII. Pages 37/38 | ARIE. | Soprano. | Continuo.
NEUMANN. Forme de trio et ritournelle avec reprise finale Dal Segno.

BOMBA : «…le partenaire instrumental du duo manque peut-être. Bach mêle des harmonies « basses » et « faibles » à la mélodie pétillante interprétant la « source » en rythme triple ».
GARDINER : «…air de soprano, Jesu, Brunnquell aller GnadeJésus, source de toute grâce, dans lequel le rafraîchissement apporté par l’eau au « pitoyable convive » est évoqué par le mètre à 12/8 et les parties obligées de flûte et de hautbois d’amour reconstituées à notre intention par Robert Levin. Sérénité du climat et fluidité des lignes sont bousculées dans la section B par les phrases agitées dévolues à la voix « Ich bin matt schwach und beladen ». Bach nous laisse entendre dans les arabesques en doubles croches du continuo que le désir de fraîcheur de l’âme sera finalement pris en considération…»
ISOYAMA : «…on croit qu’une partie d’obbligato instrumental a existé à l’origine pour le troisième mouvement mais qu’elle est maintenant perdue. Sur ce disque [l’enregistrement de Suzuki, volume 3], cette partie perdue a été restaurée pour la flûte à bec (voir les commentaires de Masaaki Suzuki)…»…La phrase Brunnquell aller Gnaden est illustrée par la musique suivante et, dans la section du milieu nous entendons aussi une lamentation sur la faiblesse de l’humanité ».
LEMAÎTRE : «…le matériel de la seconde aria… nous est apparemment parvenue de façon incomplète : il manquerait deux parties instrumentales de dessus (hautbois ou violon ?) ».
MACIA [Tout Bach, pages 225/226] : « une ou deux parties instrumentales concertantes, aujourd’hui perdues… Des interprètes modernes tentent de recréer ces parties (par exemple, Ton Koopman a écrit une partie pour orgue obligé ; Masaaki Suzuki préfère, lui, une flûte bec), mais la plupart d’entre eux s’en tiennent au continuo…»
NYS, Carl de : «…aria… qui est très probablement incomplète dans sa forme instrumentale connue. L’expression de cette page en ré mineur est néanmoins fort intense ; c’est un appel pressant souligné encore par les exclamations répétées Jesu ! qui la transforment en imploration émouvante…»
SCHUHMACHER : «…Il manque une voix instrumentale solo pour l‘air de soprano… probablement pour violon, car par teneur expressive et symbolique il est apparenté au deuxième mouvement de BWV 158 et airs similaires…»
SUZUKI :…il n‘y a aucune indication relative à la partie manquante, c‘est pourquoi il est impossible de la reconstruire comme Bach l‘a écrite.


4] REZITATIV ALT. BWV 162/4
MEIN JESU, LAß MICH NICHT / ZUR HOCHZEIT UNBEKLEIDET KOMMEN, / DAß MICH NICHT TREFFE DEIN GERICHT; / MIT SCHRECKEN HAB ICH JA VERNOMMEN, / WIE DU DEN KÜHNEN HOCHZEITGAST, / DER OHNE KLEID ERSCHIENEN, / VERWORFEN UND VERDAMMET HAST ! / ICH WEIß AUCH MEIN UNWÜRDIGKEIT : / ACH ! SCHENKE MIR DES GLAUBENS HOCHZEITKLEID; / LAß DEIN VERDIENST ZU MEINEM SCHMUCKE DIENEN ! / GIB MIR ZUM HOCHZEITKLEIDE / DEN ROCK DES HEILS, DER UNSCHULD WEIßE SEIDE ! / ACH ! LAß DEIN BLUT, DEN HOHEN PURPUR, DECKEN / DEN ALTEN ADAMSROCK UND SEINE LASTERFLECKEN, / SO WERD ICH SCHÖN UND REIN / UND DIR WILLKOMMEN SEIN, / SO WERD ICH WÜRDIGLICH DAS MAHL DES LAMMES SCHMECKEN.

Mon Jésus, ne me laisse pas / paraître nu aux noces, / afin que je ne tombe pas sous le coup de ton jugement; / C’est avec effroi que j’ai appris / comment tu as rejeté et maudit / l’audacieux invité au mariage / qui s’est présenté sans vêtement ! / J’ai moi aussi conscience de mon indignité; / Ah ! offre-moi la parure de noces de la foi ! / Fais que tes mérites me servent de parure ! / Donne-moi pour habit de noces / la tunique du salut, la blanche soie de l’innocence ! / Ah ! fais que ton sang recouvre de sa noble pourpre / le vieil uniforme d’Adam et les taches qu’y ont faites ses péchés ; / Ainsi je serai pour toi bienvenu, / ainsi je savourerai comme il se doit le festin de l’Agneau.

Apocalypse 19, 9 [PBJ. 1815] : « Heureux les gens invités au festin de noce de l’Agneau ». Dans la cantate : « So werd ich würdlich das Mahl… -  Je savourerai comme il se doit le festin de l’Agneau ».

La mineur (a moll), → Ut majeur (C dur), 22 mesures, C
BGA. Jg. XXXIII. Page 39 | RECITATIV. | Alto. | Continuo.
NEUMANN. Récitatif secco.


5] ARIE (DUETT), ALT, TENOR. BWV 162/5
IN MEINEM GOTT BIN ICH ERFREUT ! | DIE LIEBESMACHT HAT IHN BEWOGEN, / DAß ER MIR IN DER GNADENZEIT / AUS LAUTER HULD HAT ANGEZOGEN / DIE KLEIDER DER GERECHTIGKEIT. | ICH WEIß, ER WIRD NACH DIESEM LEBEN / DER EHRE WEIßES KLEID / MIR AUCH IM HIMMEL GEBEN.

En mon Dieu je trouve ma joie ! / La puissance de son amour l’a poussé / à me faire revêtir par miséricorde / et pure faveur / les vêtements des justes. / Je sais qu’après cette vie / Il me donnera également au ciel / la blanche tunique de l’honneur.

Isaïe 61, 10 [PBJ : 1178] : « J’exulte de joie en Yahvé… car il m’a revêtu des vêtements du salut…» Dans la cantate : « Die Kleider der Gerechtigkeit - à me faire revêtir par miséricorde / et pure faveur / les vêtements des justes…»

Ut majeur (C Dur), 148 mesures, 3/4
BGA. Jg. XXXIII. Pages 40 à 45 | ARIE. Duett. | Alto. | Tenore. | Continuo.
NEUMANN. Forme de trio sonate. Structure ABBCAC. Ritournelle avec reprise Dal Segno.

BASSO [Jean-Sébastien Bach. Tome 1, page 417] : «…dans onze cas [en fait seulement neuf]… le chant est soutenu par la seule basse continue : BWV 21/10, 31/4, 61/5, 132/3, 162/5, 165/3, 182/6, 185/5 et le duo BWV 21/8…»
[page 444] : «…duo réalisé dans la forme ABBCAC, et suivant le style typique du duo de chambre italien…» 
BOMBA : «…Le duo n° 5 correspond à l’esprit dialogué d’une cantate de mariage. La joie est représentée en de riches mélismes… Bach anime ce mouvement divisé en différentes sections par le jeu du violoncelle continuo revalorisé en obligé ».
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, page 284] : «…quatre étoiles pour le duo alto, ténor dans une mesure dansante à 3/4 qui célèbre la parure revêtue par l’élu du Ciel ».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach., pages 993 à 997] : «…Ce merveilleux duetto fait d’une mosaïque d’éléments (ABBCAC) … Dès la ritournelle initiale s’imposent deux groupes rythmiques, l’un fait d’un ensemble d’une noire, deux croches et une noire… l’autre d’un dactyle suivi de croches descendantes, à quoi il convient d’ajouter de grands saut ascendants en début de mesure, autant de figures de rhétorique musicale susceptibles d’exprimer une joie sereine…vocalises de bonheur sur le mot erfreutréjouis ».
GARDINER : «…Ayant revêtu, comme il convient, les « habits de la droiture » alto et ténor décrivent leur joyeuse arrivée au festin en de longs mélismes vocaux et traits ornementaux, tantôt en canon serré, tantôt en tierces et sixtes parallèles, sous tendus de sauts dans une partie de continuo progressant à grandes enjambées ».
ISOYAMA : «…forme d’un duo à trois [?] évoquant l’image d’une danse de fête. L’alto et le ténor chantent leur conviction qu’ils seront des invités de Dieu : le continuo avance à grands pas sur un rythme de « réjouissance ».
LEMAÎTRE : «…duo pour alto et ténor qui répond à un schéma peu ordinaire : A-B-B-C-A-C…»
MACIA [Tout Bach, pages 225/226] : «… le duetto… était apparemment accompagné dès l’origine par le seul continuo qui, par ses dessins ostinato, semble y reproduire les sauts de joie du croyant…» 
MARCHAND : Proportion de ce mouvement correspondant exactement au nombre d‘or, nombre de mesures divisé par 1, 618.
NYS, Carl de : «…aria uniquement accompagnée de la basse… ce qui confirme qu’il manque des parties… expression de jubilation intense, sur le rythme dansant à 3/4… le mouvement des croches et des doubles croches avec ses puissants et vastes intervalles ascendants pour la plupart, crée une authentique atmosphère de fête ».
PIRRO [L'esthétique de Jean-Sébastien Bach. La formation rythmique des motifs, pages 109 à 111] : « Les thèmes de la joie se développent avec ampleur, d’un mouvement vif et uni, sans heurts ni précipitation. Il n’est pas de traduction rythmique plus fréquemment employée par Bach… la formule apparaît [dans le duetto] sur le mot « erfreut » … [+ Exemple musical, BG. XXXIII, page 40]. Renvoi aux cantates BWV 71/7, 150/7 et 155/2.
[Le commentaire de l’accompagnement instrumental, page 182] : «…rythme bondissant de joie… Une basse exultante s’épanouit en grandes phrases d’allégresse dans le duo de la cantate BWV 162… tandis que les voix répètent : « Je suis comblé de joie en mon Dieu » [+ Exemple musical, BG. XXXIII, page 40]… « Philippe Spitta qui date cette cantate du vingtième dimanche après la Trinité (3 novembre) de l’année 1715, estime que ce duo nous ouvre un domaine inconnu jusque là : «  On serait tenté d’y trouver, dit-il, quelque chose d’une jubilation dionysiaque, quand les voix s’élancent tantôt en doubles croches, tantôt font résonner de longs appels de joie, tandis que la basse semble jouer pour une danse grandiose…» (J. S. Bach, tome I, page 547).
SCHUHMACHER : «…Pour la basse rythmiquement obstinée du duo et l’articulation du mouvement … des instruments ne sont presque pas à présumer…»
SCHWEITZER [J.-S. Bach, page 255] : «…plus le thème est audacieux, plus l’intensité de la joie est grande. On rencontre de ces basses qui semblent sauter par-dessus tous les obstacles. [+ Exemple musical]. Renvois aux cantates BWV 103/5, BWV 129/2.


6] CHORAL. BWV 162/6
ACH, ICH HABE SCHON ERBLICKET / DIESE GROßE HERRLICHKEIT, / ITZUND WERD ICH SCHÖN GESCHMÜCKET / MIT DEM WEIßEN HIMMELSKLEID; / MIT DER GÜLDEN EHRENKRONE / STEH ICH DA FÜR GOTTES THRONE, / SCHAUE SOLCHE FREUDE AN, / DIE KEIN ENDE NEHMEN KANN.

Ah ! J’ai déjà aperçu / dans tout son éclat cette magnificence ! / Je serai revêtu de la belle parure / de la blanche tunique céleste ; / Le front ceint de la glorieuse couronne, / je me tiendrai devant le trône de Dieu, / contemplant des joies / ne pouvant pas connaître de fin.

Texte de la septième strophe (de 8 vers chacune) du cantique Alle Menschen müssen sterben…de Rosenmüller 1652 et non [G. Cantagrel] comme on l’a cru un temps de Johann Georg Albinus.
Isaïe 61, 10 [PBJ : 1178] : « J’exulte de joie en Yahvé… car il m’a revêtu des vêtements du salut…»
Voir variante du choral de BWV 146/8, avec le même texte de Johann Rosenmüller (1652).

La mineur (a moll), 16 mesures, C
BGA. Jg. XXXIII. Page 46 | CHORAL. | Soprano. / Corno da tirarsi. Violino I. col Soprano. | Alto. / Violino II coll’ Alto. | Tenore. / Viola col Tenore. | Basso. / Fagotto col Basso. | Continuo.
NEUMANN. Simple choral harmonisé avec l’ensemble instrumental.

BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, page 284] : «…choral simplement harmonisé sur mélodie de choral 006(MDC) de type 1 ».
BOYER [Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 105/106] : «…On remarquera l’opposition entre la sombre et sobre tonalité de la mineur et les paroles lumineuses de la strophe choisie… La présence de cette mélodie unique et pratiquement inconnue en conclusion de la cantate reste un mystère… Bach, lors de la reprise de Leipzig en 1723 se contenta de modifications minimes… sans toucher au choral conclusif ».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach., pages 993 à 997] : «…septième des huit strophes du cantique sur la mort dû à Rosenmüller… On suppose que la mélodie de ce choral pourrait avoir été écrite par Bach lui-même, qui ne l’a utilisée qu’une seule et unique fois dans toute son œuvre. Les voix sont doublées par les cordes, la trompette à coulisse soulignant la partie de soprano ».
ISOYAMA : «…Il est à remarquer que les paroles du chœur passent maintenant de « Ah ! Je vois » du début à « Ah ! J’ai déjà vu ». 
LABIE [Le Visage du Christ dans la musique baroque. Pages 428/429] : «…Le choral terminal débouche sur la joie promise à l’élu qui pourra dire : « Le front ceint de la glorieuse couronne…»…Tout naturellement la parabole du festin [voir le commentaire de cette parabole plus haut] débouche sur une vision optimiste des fins dernières. Pourtant cette promesse de bonheur emprunte texte et mélodie à un poème de la mort et de l’éternité, que les paroissiens de Saint-Thomas devaient associer au souvenir d’enterrements…. Ainsi, à la dernière minute, une logique de la mort et de la rédemption est introduite par la seule force de la musique dans un texte qu’on pouvait croire tout entier consacré à la joie des noces, matérielles comme spirituelles ».
NYS, Carl de : «…texte chanté sur une mélodie peu connue dont Spitta pensait qu’elle pouvait être de Bach lui-même. Alfred Dürr signale qu’on la retrouve pourtant dans un choral de Johann Gottfried Walther, le cousin de Bach qui était « organiste municipal » à Weimar…»
SCHUHMACHER : «…La mélodie du choral final fut certainement connue à Weimar, et là uniquement vers 1715, car elle ne revient qu’une seule autre fois et ce dans une œuvre pour orgue de Johann Gottfried Walther, l’organiste municipal et cousin au second degré de Bach ».


BIBLIOGRAPHIE BWV 162

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WUSTMANN, Rudolf : J. S. Bachs geistliche und weltliche Kantatentexte. Breitkopf & Härtel 1967. Pages 247 à 249
ZWANG, Philippe et Gérard : Guide pratique des cantates de Bach. R. Laffont 1982. ZK 22, pages 75/76
Réédition révisée et augmentée. L’Harmattan 2005


DISCOGRAPHIE BWV 162

BACH CANTATAS WEBSITE : Discographie établie par Aryeh Oron. Elle est ici proposée sous une forme sensiblement allégée avec, parfois, quelques précisions relatives aux références et aux dates. Les numéros 1] et suivants indiquent l’ordre chronologique de parution des enregistrements. Six références (août 2002 – mai 2011) + un mouvement individuel (août 2002 – juillet 2006).
Exemples musicaux (Audio). Aryeh Oron (avril 2003 – mai 2008).

6] GARDINER (volume 11). The Monteverdi Choir. The English Baroque Soloists. Soprano : Magdalena Kozena. Alto : Sara Mingardo.
Ténor : Christoph Genz. Basse : Peter Harvey. Bach Cantata Pilgrimage. Gênes (I), église San Lorenzo. 4 novembre 2000.
Distribution en France, juillet 2010. CD Soli Deo Gloria (SDG) 168. 2010. Avec les cantates BWV 49 et 180
2] HARNONCOURT (volume 38). Tölzer Knabenchor. Jeune soliste du Tölzer Knabenchor : Tobias Erwanger. Alto : Paul Esswood.
Ténor : Kurt Equiluz. Basse : Robert Holl. Concentus Musicus Wien. 1986. Durée : 16’31
Disque Teldec 6.35657-00-503 - SKW 38/1-2. Das Kantatenwerk - Sacred Cantatas. 1986
CD Teldec 4509-91762 2 Das Kantatenwerk - Sacred Cantatas, Volume 8
CD Teldec 8-35657 - ZL 242633 2 Das Kantatenwerk, volume 38. 1987.
Reprise Bach 2000. Teldec, volume 4. Coffret , 15 CD Teldec. Sept. 1999. Cantates BWV 150-159. BWV 161-188. BWV 192 et 194-199
Reprise CD Warner Classics 8573-81162-5. Intégrale en CD séparés, volume 48. 2007
3] KOOPMAN (volume 3). Amsterdam Baroque Orchestra & Choir. Soprano : Barbara Schlick. Alto : Elisabeth von Magnus. Ténor : Paul
Agnew. Basse : Klaus Mertens. Waalse Kerk. Amsterdam (NL). 1996. Durée : 16’22
CD Erato 0630 -14336-2. 1996. Reprise sous label Antoine Marchand. CC 72233. 2004. Avec les cantates BWV 63 et 155
L’enregistrement propose la version de Weimar et, en Appendix, les mouvements 1 et 6 (version de Leipzig avec le corno da tirarsi).
5] LEUSINK. Holland Boys Choir/ Netherlands Bach Collegium. Brilliant Classics. Durée : 16’53
Bach Edition. 2000. CD Brilliant Classics, volume 18 – Cantatas, volume IX. Avec les cantates BWV 109, 58
Reprise Bach Edition 2006. CD Brilliant Classics, volume IV - 93102 13/89. Avec les cantates BWV 109 et 58.
1] RILLING. Frankfurter Kantorei. Bach-Collegium Stuttgart. Soprano : Arleen Auger. Alyce Rogers : Alto. Ténor : Kurt Equiluz.
Basse : Wolfgang Schöne. Südwest -Tonstudio, Stuttgart. Décembre 1975 - mars et mai 1976. Durée : 16’36
Disque (D). Die Bach Kantate. Laudate / Hänssler Verlag. 98684. Avec la cantate BWV 161
Disque Erato STU 71074. Les grandes cantates. (volume 7). 1977. Avec la cantate BWV 161
CD. Die Bach Kantate (volume 54). Hänssler Classic. Laudate 98916. 1981 ? Avec les cantates BWV 5 et 180
CD. Hänssler edition bachakademie (volume 49). Hänssler-Verlag 92.049. 2000
4] SUZUKI (volume 3). Bach Collegium Japan. Soprano : Yumiko Kurisu. Contre-ténor : Yoshikazu. Ténor : Makoto Sakurada.
Basse : Peter Kooy. Kobe Shoin Women‘s University Chapel. Japan. Avril 1996. Durée : 15‘36
CD BIS 791. 1996. Avec les cantates BWV 12, 54 et 182


MOUVEMENT INDIVIDUEL BWV 162

M-1 Mvt. 6]. Nicol Matt. Nordic Chamber Choir. Solistes de l’orchestre baroque de Fribourg. CD Bach Edition, volume 23 : Chorals.
Reprise Bach Edition 2006. CD Brilliant Classics 93102/137. V/31


ANNEXE BWV 162
PHILIPP SPITTA

SPITTA, Philipp : Johann Sebastian Bach. Sous-titré : « His Work and Influence on the Music of Germany 1685-1750 ».
Novello & Cy 1889 - Dover 1951-1952. Trois volumes.

Volume I, pages 554/555 : « Cantate pour le vingtième dimanche après la Trinité (3 novembre 1715) « Ach ich sehe, jetzt da ich zur Hochzeit gehe » [note 20 en bas de page (foot’Note) : La partition dans la collection Von Voss (issue du legs Fischhoff), à la Bibliothèque royale de Berlin a été copiée d’après l’originale. Je ne l’ai jamais vue]. Le sujet de l’évangile est la parabole du roi préparant les noces de son fils et, quand les invités refusent d’y venir, il en fait appeler d’autres par les rues mais écarte ceux qui ne sont pas jugés dignes. Matthieu XXII, 1-14. Les sujets principaux de la cantate sont la crainte, l’anxiété de ne pas être dignes, l’aspiration de la pauvre âme humaine d’être conviée au banquet du Seigneur et la joie d’y être enfin admis. La basse débute (la mineur, à C -commun time-), chef d’œuvre de polyphonie, avec cette figure récurrente [+Exemple musical] parcourant l’ensemble [du mouvement], tel un gémissement d’anxiété. La seconde aria, pour soprano (ré mineur, à 12/8) exprimant une intense supplication, est à nouveau totalement différente de ce que nous avons jusqu’ici rencontré chez Bach ; l’exclamation « Jesu », à trois reprises, est remplie d’une expressivité remarquable…Mais vraiment, quand donc ce flux d’innovations [chez Bach] sera-t-il jamais épuisé ? La dernière aria, un duo entre alto et ténor, ouvre à nouveau un champ inédit. En lui, nous sommes tenté de découvrir une forme de joie dionysienne, quand les voix s’ébrouent en joyeuses doubles croches, avec ses longs cris de joie, tandis que la basse continue a le passage suivant [+ Exemple musical], une danse festive. Ce mouvement d’inspiration large et noble possède la forme d’une aria à l’italienne et la façon dont Bach nous fait revenir au début [du mouvement] est particulièrement habile. Les deux voix sont réunies, ici en homophonie tel un chant à deux parties ; là, dans une polyphonie animée révélant ses origines organistique. ; ce n’est pas encore la forme de duo coutumière à Bach, bien qu’on n’y puisse non plus reconnaître la manière des duos de Steffani qui était à l’époque le modèle du genre, exemples que Haendel recopia. Cette joie exubérante conduit au choral final, similaire au premier mouvement, avec la septième strophe du cantique « Alle Menschen müssen sterben » chantée sur une mélodie en la mineur, connue nulle par ailleurs. Il n’a pu être établi jusqu’à présent si elle fut ou non composée par Bach ».


C. Role. Août 2011

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Last update: August 3, 2011 17:30:00