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C. R. Décembre 2010
CANTATE BWV 17
WER DANK OPFERT, DER PREISET MICH

Qui offre l’action de grâces me rend gloire
KANTATE ZUM 14. SONNTAG NACH TRINITATIS

Cantate pour le 14e dimanche après la Trinité
Leipzig, 22 septembre 1726
AVERTISSEMENT

Cette notice dédiée à une cantate de Bach tend à rassembler des textes (essentiellement de langue française), des notes, voire des critiques discographiques souvent introuvables ou difficilement accessibles aujourd’hui (2010). Le but est de donner à lire un ensemble cohérent d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes francophones un panorama élargi et espéré parfois inédit de cette partie de l’œuvre vocale de Bach. Outre les quelques  interventions « CR » identifiées par des parenthèses [...] le rédacteur précise qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté le nom des auteurs sélectionnés. A cet effet il a indiqué clairement, entre guillemets «…» toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux. Rendons à César...

ABRÉVIATIONS
(A) = la majeur

(B) = si bémol majeur
BB / SPK = Bach Bibliothek / Staatsbibliothek Preussicher Kulturbesitz
B.c. = Basse continue ou continuo
BCW = Bach Cantatas Website
BD = Bach-Dokumente (4 volumes, 1975)
BG = Bach-Gesellschaft = Société Bach (Leipzig, 1851-1899). J. S. Bach Werke. Gesamtausgabe (édition d’ensemble) der Bachgesellschaft
BJ = Bach-Jahrbuch
(C) = ut majeur. (c) = ut mineur
D = Deutschland
(D) = Ré majeur – (d) = ré mineur
(E) = (mi – (Es) = mi bémol majeur
EKG = Evangelisches Kirchen-Gesangbuch.
(F) = fa
(G) = Sol majeur. (g) = sol mineur
(H) = si
NBA = Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de Bach à partir des années 1954-1955)
NBG = Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach (fondée en 1900)
Ost = Original Stimmen
P = Partition = Partitur
PBJ = Petite Bible de Jérusalem
PKB = Preußicher Kulturbesitz, Staatsbibliothek, Berlin
St. = Parties séparées = Stimmen
La première lettre -en gras- d’un mot du texte de la cantate indique la majuscule de la langue allemande. Dans le corps de ce même texte allemand, le mot ou groupe de mots mis en italiques désignent un affect particulier ou un « accident remarquable.


DATATION BWV 17

22 septembre 1726.
HERZ : 22 septembre 1724. Ancienne datation, avant 1732 (1732 ?).
HIRSCH : Classement CN 155 (Die chronologisch Nummer = numérotation chronologique). Troisième année de Bach à Leipzig (de juin 1725 au mois de décembre 1726).
Chronologie (Alfred Dürr). 1726 : BWV 193 (26 août) – BWV 15 (1er septembre) – BWV 35 (8 septembre) – BWV 16 (15 septembre) - *BWV 17 (22 septembre) – BWV 19 (29 septembre) – BWV 27 (6 octobre).
PIRRO : « Cantate composée (avec BWV 187) dont Bach a transcrit plusieurs parties dans la Messe en sol mineur et la messe en sol majeur… sans doute avant 1727 ».
SCHMIEDER : Leipzig, avant 1737 ou même 1732.
SCHWEITZER : Les cantates écrites après 1734.
SPITTA [Johann Sebastian Bach, tome III, page 76] : « Cantates 1737-1741 - Les cantates BWV 187 et BWV 17 furent utilisées pour les messes en sol mineur [BWV 235] et sol majeur [BWV 236] ; aussi [ces cantates] doivent-elles avoir été composées avant la date de ces messes, situées alentours 1737 ».
[Passé cette citation, Philipp Spitta ne s’étend pas sur la cantate BWV 17, lui préférant une brève description de la cantate pour le dix-septième dimanche après la Trinité, la BWV 187].


SOURCES BWV 17

PARTITION AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR
BB. Mus. ms. Bach P 45, 5. Deutsche Staatsbibliothek. Anciennement, au temps de la BGA, était avec les parties séparées à la Bibliothèque royale à Berlin.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 1, page 39] : « L’autographe de cette cantate fit partie de l’héritage de Carl Philipp Emanuel Bach dont le catalogue fut publié à Hambourg en 1790, par Gottlieb Friedrich Schniebes sous le titre « Verzeichniss des musikalischen Nachlasses des verstorbenen Cappelmeisters Carl Philipp Emanuel Bach ». La section contenant les œuvres de Jean-Sébastien Bach comprend 86 cantates sacrées et autres pièces vocales et instrumentales ».
[volume 1, page 436] : «…L’œuvre nous est parvenue par l’intermédiaire d’une seule source, mais très importante, puisqu’il s’agit de la partition autographe, recueillie en même temps que celles  de sept autres (BWV 13, 16, 17, 19, 36, 61, 71) dans un volume qui a naguère appartenu au collectionneur Georg Pölchau ».
[volume 2, page 248] : «…plus fréquent [que le terme « cantate »] est l’usage du mot « concerto » [suit une liste de 55 cantates].
BG. : Partition conservée à la Bibliothèque royale de Berlin. Toutes les voix, à l’exception de la partie de continuo sont de la main de Bach.
HERZ : Filigrane « S.CoA »  (pour « Schönburg Coat of Arms » = cote de mailles), cette dernière référence se retrouvant en partie dans les cantates BWV 56, 49, 84 et 168. GAW: principal filigrane des débuts de Bach à Leipzig, « Cor + la demi-lune ». Autre : « GM ».
SCHMIEDER : 11 feuilles dont 20 pages de musique en recueil, in 4°

PARTIES SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN
St 101 M. Deutsche Staatsbibliothek. Anciennement Marburg, Staatsbibliothek (dépôt). Berlin-Dahlem. Berlin.

HERZ : Copistes repérés : Meissner, Christian Gottlob (18 décembre 1707 – 16 novembre 1760). A Leipzig de 1723 à 1729.
Autre copiste « C ») ayant travaillé simultanément avec Ch. G. Meissner et J. A. Kuhnau.
SCHMIEDER : 13 voix in 4° parfois autographes.

ÉDITIONS
SOCIÉTÉ BACH = BACH-GESELLSCHAFT AUSGABE (BG)
Jg. II. Page 201 à 225. Préface et commentaires de Moritz Hauptmann, 1852. Cantates BWV 11 à 20.
[Partition BGA / Breitkopf dans l’enregistrement Teldec / Leonhardt, volume 4. 1972].
Wer Dank opfert, ser preiset mich (A =. La majeur).

NOUVELLE ÉDITION BACH = NEUE BACH AUSGABE (NBA)
KANTATEN SERIE I/ BAND 21. KANTATEN ZUM 13 UND 14 SONNTAG NACH TRINITATIS
Bärenreiter Verlag BA 5013. 1958-2/1983. Werner Neumann. 5 Faksimile.
Cantate BWV 17. Pages 149 à 177. Beginn der Kantate. Autograph Partitur. BB. Mus. ms. Bach P 45, 5. Bl. 1v .
Avec les cantates BWV 77, 33, 164, 25 et 78.
Kritischer Bericht (commentaires). BA 5013 41. 1959. Werner Neumann.1958-1959-1983.
BACH-INSTITUT GÖTTINGEN: NET. Die Neue Bach-Ausgabe [NBA]. Kantaten. Série I/21 Net www. Bach-Institut.de


AUTRES ÉDITIONS

BÄRENREITER Verlag Kassel. Sämtliche Kantaten 8. TP 1288. 2007.
Kantaten zur 13 und 14 Sonntag nach Trinitatis.
Herausgegeben : Werner Neumann.
Faksimile : BWV 17.
BWV 17. Pages 147 à 177. Bärenreiter-Verlag. Kassel. 1958.
BCW. Partition BGA + Réduction chant et piano.
BREITKOPF & HÄRTEL. Partition Partitur PB 2867. Klavierauszug = EB 7017. Chorstimmen (partition du chœur) = ChB 2145
2010. Partition = PB 4517. Réduction chant et piano (28 pages) = EB 7017. Partition du chœur (Chorstimmen, 12 pages) = ChB 4517.
CARUS Ausgabe. Die Kantate, n° 143. Révision Hans Grichkat. Partition (34 pages) = CV 31.017/00. Réduction chant et piano = CV 31.017/03. Partition du chœur = CV 31.017/05. Parties séparées (4) = CV 31.017/ 09, 11 à 14. Orgue (Orgel) = CV 31.017/49.
EULENBURG. Partition de poche.
HÄNSSLER. Partition de poche avec avant-propos de Hans Grischkat, 1961.
KALMUS STUDY SCORES. N° 809. Volume V. New York 1968. Cantates BWV 16 à 19.
PETERS. Réduction chant et pian. Edition et révision par W.G. Whittaker. Texte anglais de C. Sanford Terry. Londres 1928 (Oxford University Press).


PÉRICOPE BWV 17

Quatorzième dimanche après la Trinité.
Épître : Galates 5, 16 à 24 [PBJ. 1725]. Les œuvres et les fruits de l’esprit. Verset 16 : « Or je dis : Laissez-vous mener par l’Esprit…»
Évangile : Luc 17, 11 à 19 [PBJ. 1568]. Guérison des dix lépreux. Méditation sur le péché, sur la rédemption et sur l’amour du Christ.

MISSEL ROMAIN. 13e dimanche après la Pentecôte [977-979] : Partage de l’Alliance avec Dieu. Mais le monde nous attire toujours de son côté ; un penchant au mal est resté en nous et nous menace continuellement. Que Dieu ait pitié de nous et ne nous abandonne pas, qu’il nous fortifie en augmentant en nous les vertus de foi, d’espérance et de charité… le miraculé de l’évangile est le type de baptisé (affranchi de la lèpre du péché).
14e dimanche après la Pentecôte (pages 981 et 982). Épître de saint Paul aux Galates 5, 16- à 24. La confiance en Dieu que le chrétien ne doit jamais perdre…Vivre selon l’esprit, et non pas selon la chair, qui ne peut posséder le royaume des cieux… Béatitude qu’il y a à habiter la maison du Père céleste.
[Même occurrence : BWV 25, le 29 août 1723) et BWV 78, le 10 septembre 1724].

EKG. 14. Sonntag nach Trinitatis.
Psaume 103, 2 [PBJ. 896] : « Bénis Yahvé, mon âme, / du fond de mon être, son saint nom... n’oublie aucun de ses bienfaits... Lui qui pardonne toutes tes offenses, / qui te guérit de toute maladie / qui rachète à la fosse ta vie...»
Épître aux Galates 5, 16 à 24 [PBJ. 1725]. 
Psaume 50, 14 à 23 [PBJ. 847] : « Appelle-moi au jour de l’angoisse, / Je t’affranchirai et tu me rendras gloire ».
EKG 283 : « Von Gott will ich nicht lassen ». Ludwig Helmbold 1571.
Évangile: Luc 17, 11 à 19 [PBJ. 1568].


TEXTE BWV 17

Auteur inconnu. Le nom de Christiane Mariane von Ziegler est avancé par Werner Neumann. Walter Blankenburg propose Christoph Helm (voir ci-après).
BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 259 et 408] : «…Walter Blankenburg a récemment (1977) pu constater que sept cantates (BWV 17, 39, 43, 45, 88, 102, 187) figurent dans un volume imprimé à Rudolstadt en 1726, réédition d’un précédent recueil de Texte zur Musik probablement dû au pasteur Christoph Helm, nom qui jusqu’à présent n’a jamais figuré nulle part dans les écrits des spécialistes de Bach », 
Renvoi au même volume, note 1 de la page 840 : Le recueil porte le titre Sonn und Fest-Tags-Andachten über die ordentlichen Evangelia aus gewissen biblischen Texten Alt und Neuen Testament für die Hoch-Fürst. Schwartzb Hof-Kapelle zu Rudolstadt. Blankenburg avance le nom de Christoph Helm († 1748) comme auteur du texte… Helm fut également compositeur ».
BLANKENBURG [Bach-Jahrbuch, 1977, pages 7 à 25] : « Une nouvelle source pour les textes de sept cantates de Jean-Sébastien Bach et dix-huit cantates de Johann Ludwig Bach dans un volume imprimé en 1726 à Rudolstadt -Thuringe), sans nom d'éditeur. Etant donné que ce volume, représente une ré-édition, on peut assumer que la composition des textes remonte à une date antérieure; le poète paraît être Christoph Helm, qui, depuis 1704, était pasteur à Berga-Kelbra près de Nordhausen où il rendit l'âme en 1748. Les textes des cantates de Bach sont ceux des BWV 17, 39, 43, 45, 88, 102 et 187 ».
BLANKENBURG [Notice de l’enregistrement de Karl Richter. Archiv Produktion, volume IV] : « C’est a troisième cantate basée sur un texte provenant du recueil de Rudolstadt, et c’est à nouveau la raison de sa disposition bipartite. . La citation de l’Ancien Testament figurant au commencement de la première partie émane du psaume 50, 23 et celle du Nouveau Testament ouvrant la deuxième partie reproduit la phrase décisive de l’évangile même…»
BOMBA : «…Etait-ce le manque de textes propres et d’auteurs qui avaient compromis [en 1726] les activités de compositions de Bach ?… les cantates destinées aux dimanches après la Trinité mettent en musique des textes du même auteur que nous ne connaissons plus d’ailleurs et dont les vers avaient été également à la base du travail de Johann Ludwig Bach. En plus, dans le texte de la cantate, sont insérées différentes paroles bibliques ; le récitatif d’introduction de la deuxième partie (n° 4) provient même de l’Évangile du dimanche, comme cela était usuel lorsqu’une cantate ne préludait pas ou ne complétait pas le sermon, mais l’encadrait ».
CANTAGREL : « le plan de l’œuvre est comparable à celui des cantates de Johann Ludwig Bach… en deux parties symétriques, introduites respectivement par des citations de l’Ancien et du Nouveau Testament…»
DÜRR : «…En 1726, Bach fit exécuter plusieurs cantates de son cousin de Meiningen, Johann Ludwig Bach et, en outre, plusieurs de ses propres cantates recèlent des analogies frappantes dans le texte. – plus rarement aussi dans la musique. L’explication la plus probable (mais non prouvée) est que les deux cousins composaient sur des textes du même auteur. L’auteur est demeuré inconnu (Dürr avance Marianne von Ziegler?). Le texte qu’il écrivit se réfère à l’évangile de la guérison des dix lépreux (saint Luc 17, 11 à 19) et souligne notre dette de reconnaissance pour les bienfaits de Dieu. Chacune des deux parties est introduite par une parole de la Bible (Ancien et Nouveau Testament) … si les paroles du Nouveau Testament ouvrant la partie II sont traitées en récitatif secco simple et concis, le texte d’introduction de l’ancien Testament donne par contre lieu à une vaste composition chorale dominant l’œuvre entière et caractéristique de la maturité du style du Bach des années de Leipzig ».
MACIA : « Le cantor et son librettiste (peut-être Christoph Helm, mais cela n’est pas certain) font appel successivement… aux psaumes 50, 19 et 36…paraphrases des versets ayant le même sens…»
SCHMIEDER : auteur inconnu (Bach ?)
WOLFF : «...Texte du duc Ernst Ludwig de Saxony-Meiningen. Il cite le psaume 50, 23 dans [1] et Luc 17, 15 et 16 dans [4]. La cantate a pour thème de lecture de l’évangile de ce dimanche, Luc 17, 11 à 19 (la guérison des dix lépreux). Son mouvement final utilise la 3e strophe de « Nun lob, mein Seel, den Herren » de Johann Gramman (1530) ».


GÉNÉRALITÉS BWV 17

CANTAGREL : « Au cours des six mois précédant la composition de cette cantate, les œuvres exécutées ont été en majorité empruntées au cousin Johann Ludwig Bach, souvent en deux parties…»
BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 1, page 338] : «…Selon le jugement de Scheide, un certain nombre de cantates de Bach de ces années-là (BWV 17, 39, 43, 45, 88, 102 et 187) révèlerait une profonde et déterminante influence de Johann Ludwig Bach…» 
[volume 2, page 268] : «  cantates conçues en deux parties, à exécuter l’une avant, l’autre après le sermon [environ une vingtaine de cantates. Suit la liste].
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, pages135/136] : « Le début de la seconde partie est réduit à la portion congrue, un court récitatif secco… il y a donc déséquilibre entre le vaste chœur initial concertant (par deux fois fugué) et le récit de Luc. Bach aurait-il voulu marquer par ce dépouillement la tragédie de ces miraculés [de l’Évangile] dont un seul revient vers Jésus, or il s’agit d’un samaritain comme le dit sèchement le texte…»


DISTRIBUTION BWV 17

HARNONCOURT [Remarques sur l’exécution, volume 5, page 13] : « Les instruments souhaités par le compositeur ne ressortent pas manifestement pour le musicien d’aujourd’hui, des indications données par Bach. C’est ainsi que le compositeur désigne très souvent par « hautbois », sans plus de précision, les divers instruments de la famille des hautbois, alors qu’il existait le hautbois courant en ut, le hautbois alto en la, et le hautbois ténor en fa, ré ou ut et qu’on disposait en outre de formes spéciales de hautbois plus graves, comme le hautbois d’amour, type particulier de hautbois alto, le hautbois da caccia, type particulier de hautbois ténor… dans la plupart des cantates, l’emploi du basson n’est pas expressément prescrit, bien qu’il allât de soi dans les grandes distributions instrumentales… Les récitatifs secco étaient, en principe, dans toutes les cantates accompagnés en notes brèves à l’orgue et au violoncelle (occasionnellement aussi au basson et au violon)… Dans l’enregistrement Teldec, ce sont des hautbois d’amour qui sont utilisés ».
NEUMANN. Solo : Sopran, Alt, Tenor, Baß. – Chor. Oboe (d’amore) I, II ; Streicher ; B.c.
SCHMIEDER. Soli : S, A, T, B. Chor : S, A, T, B. Instrumente : Oboe I, II; Viol. I, II ; Vla. ; Continuo.
WOLFF : «…L’orchestration avec deux hautbois, cordes et continuo, reflète la nature « ordinaire » des dimanches suivant le dimanche de la Trinité »..


APERÇU BWV 17

1] CHOR. BWV 17/1
WER DANK OPFERT, DER PREISET MICH, UND DAS IST DER WEG, DAß ICH IHM ZEIGE DAS HEIL GOTTES.

Qui offre l‘action de grâces me rend gloire, et voici le chemin que je lui montrerai pour le salut de Dieu.

Psaume 50, 14 et dernier verset 23 [PBJ. 847] : « Offre à Dieu un sacrifice d’action de grâces, accomplis tes vœux pour le Très Haut  - « Qui offre l’action de grâces me rend gloire, à l’homme droit, je ferai voir le salut de Dieu ».

La majeur (A), 125 mesures, 3/4
BG. Jg. II. Pages 201 à 213. Cantate | Am vierzhrnten Sonntag nach Trinitatis | Wer dank Opfert, der preiset mich. | Oboe I. | Oboe II. | Violino I. | Violino II. | Viola. | Soprano. | Alto. | Tenore. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Sinfonia d’introduction. Forme bipartite (fugues). Ensemble des instruments. Parodie dans la Messe en sol majeur BWV 236 « cum sancto spiritu » mais sans la sinfonia introductive.
[la Messe en sol majeur BWV 236 (vers 1735-1737) comporte différents emprunts aux cantates BWV 17/1, 79/5, 138/5 et 179/3].

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 428/429] : «…une introduction instrumentale (mesures 1 à 27) conduit à une fugue qui utilise tout le verset (de construction et de signification obscures, et plus sibyllin encore dans la version allemande), mais sur deux expositions distinctes, de même longueur (I = mesures 28 à 70, II = mesures 81 à 124) dont la seconde est une variante de la première, dans laquelle l’ordre d’entrée des voix est différent… et la fonction instrumentale n’est pas articulée de la même façon. L’organisation musicale qui se prévaut d’un passage de transition entre les deux expositions (mesures 71 à 80), obéit une fois encore au principe de variété et de refus de tout caractère répétitif qui préside à toute l’œuvre créatrice de Bach…) le schéma A A’…le matériel qui concourt à former l’introduction se transforme en support concertant pour une complexe structure polyphonique, celle-ci étant, autrement dit, comme greffée sur une base préexistante…»
BLANKENBURG [Notice de l’enregistrement de Karl Richter. Archiv Produktion, volume IV] : « Le chœur d’ouverture fait partie des plus impressionnants du genre…»
BOMBA : « …Le joyau de la cantate est le chœur d’introduction en deux parties et préparé par une sinfonia, une fugue qui a un thème exceptionnellement long, englobant l’espace tonal. Les parties vocales et les registres instrumentaux exécutés partiellement de façon autonome, partiellement en colla parte, s’entremêlent d’une manière hautement originale. Bach a tellement ce mouvement qu’il le réutilisa une douzaine d’années plus tard en tant que clôture du Gloria de la Messe en sol ».
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, pages135/136] : « Chœur concertant et fugué… Sinfonia introductive, structure fuguée, tous les instruments ».
CANTAGREL : l’auteur propose aussi comme support au texte le psaume 150, 6, citation apparaissant moins précises que celle empruntée au psaume 50, 23. « Brillante sinfonia concertante. Après une introduction exposant les éléments motiviques du morceau, celui-ci se compose de deux grandes sections fuguées exploitant ces éléments… le sujet commun à ces deux fugues… se déploie en de long mélisme jubilatoires. Il énonce la première moitié du verset psalmique, tandis que le contre-sujet se chargera de la seconde. Au cours de la première fugue, le tissu contrapuntique se densifie progressivement, les instruments concertant avec les voix ou les doublant. Au terme de cette première fugue, une brève transition de dix mesures fait entendre à deux reprises, aux voix de soprano et de basse, ensemble, puis d’alto et de ténor, les deux segments de phrases importants, Wer Dank Opfert… et, en superposition, und das ist der Weg, sur leurs motifs respectifs, c’est à dire le sujet et le contre-sujet. S’ensuit une seconde section fuguée où l’ordre de l’entrée des voix se trouve permuté, et où, surtout, peu avant la conclusion, la partie d’alto proclame en valeurs longues, sur une pédale supérieure de dominante soutenue par une tenue des seconds violons et du deuxième hautbois, toute la deuxième moitié du verset ».
DÜRR : «…Introduites par une ample sinfonia instrumentale, suivent deux parties centrales, semblables, dont la seconde est une variante de la première dans lesquelles l’exposition fuguée (dominance de la composition vocale) est chaque fois suivie d’un chœur encastré dans les sections de la sinfonia d’introduction (dominance de la composition instrumentale ».
HIRSCH - HELMS : Structures :
Ritournelle (mesures 1 à 27).
Fugue I (Chor : T, A, S, B) + Ritournelle (mesures 28 à 71).
Section intercalaire, mesures 71 à 80 (voix et instruments) sur les paroles « Und das ist der Weg - et voici le chemin » (alto et ténor) + « Wer Dank opfert - Qui offre l’action de grâces » (soprano).
Fugue II, avec ritournelle, mesures 81 à 125 (Chor : B, T, S, A).
HOFMANN : « Le chœur d’ouverture est une construction vaste et complexe qui est toutefois musicalement et thématiquement homogène et qui repose en grande partie sur l’introduction instrumentale. On y entend la préparation du sujet de la fugue du chœur avec sa colorature animée au mot « preiset »… qui caractérise l’ensemble du mouvement…»
KUIJKEN : « Dans le premier chœur : « Le psalmiste s’exprime ici à la première personne dans un sens ambigu, ce qui déconcerte quelque peu : comme si le Seigneur lui-même parlait tout d’abord… puis comme si l’auteur parlait en personne pour lui-même… voulant montrer ici aux croyants que la voie du salut divin est l’action de grâces… structure aux vastes dimensions. La ligne du continuo se déroulant sur des croches ininterrompues est toujours d’un mouvement ascendant… tandis que pendant ce temps, les deux voix de dessus (violons doublés par les hautbois) s’entremêlent au moyen d’un motif en imitation. Au bout de 27 mesures (3x3x3 !) d’introduction instrumentale, le ténor entre en scène avec le premier segment du texte : son motif de chant est un sujet fugué de six mesures… dont la tête (motif de quarte ascendante) était aussi l’un des composants de l’ouverture instrumentale… A l’entrée du soprano, tous les instruments refont leur entrée, doublant d’une certaine manière les chanteurs..»
MACIA «…une version allemande du Psaume 50, soulignant l’importance primordiale de l’action de grâce pour remercier le Seigneur… chœur d’ouverture d’amples proportions : une longue introduction instrumentale (27 mesures, soit 3x 3 x 3, chiffre trinitaire évident) est marqué par des figures obstinées de croches du continuo, alors que violons et hautbois s’associent en des motifs imitatifs. Puis les voix du chœur entrent en scène à tour de rôle selon les principes fugués avec des variations instrumentales à chaque entrée. Une seconde fugue vocale, dérivée de la première, intervient dans la deuxième partie de ce mouvement inventif et puissant…»
WOLFF : «…L’œuvre commence avec un mouvement choral exigeant, réutilisé après 1735 pour le „Cum Sancto Spiritu“ de sa Messe en sol majeur BWV 236 mais sans la sinfonia introductive. C’est quand même un signe de la valeur que Bach accordait à ce mouvement ».
[Vocalises / coloratures sur les mots « Opfert - offrir » et « preiset - rendre » aux mesures 29 à 31 (au ténor) puis à l’alto à partir de la mesure 35) et enfin au soprano, à partir des mesures 45 à 50, les basses n’entrant qu’à partir de la mesure 51, etc.].


2] REZITATIV ALT. BWV 17/2
ES MUß DIE GANZE WELT EIN STUMMER ZEUGE WERDEN / VON GOTTES HOHER MAJESTÄT, / LUFT, WASSER, FIRMAMENT UND ERDEN, / WENN IHRE ORDNUNG ALS [R. Wustmann : « wie »] IN SCHNUREN GEHT; / IHN PREISET DIE NATUR MIT UNGEZÄHLTEN GABEN, / DIE ER IHR IN DEN SCHOß GELEGT, / UND WAS DEN ODEM HEGT, / WILL NOCH MEHR ANTEIL AN IHM HABEN, / WENN ES ZU SEINEM RUHM SO ZUNG ALS FITTICH REGT.

Que la terre entière soit le témoin muet / de la suprême majesté de Dieu, / l‘air comme l‘eau, le firmament comme la terre, / dont l’harmonie est réglée avec minutie; / Parée des dons innombrables qu’Il a mis en son sein, / la Nature le glorifie, / et tout ce qui respire / veut encore faire corps avec Lui, / alors que les langues s’animent et que les ailes battent pour célébrer Sa gloire.

Le psaume 19, 2 et 15 [PBJ. 817] a pu inspirer le texte de ce récitatif : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’œuvre de ses mains, le firmament l’annonce…verset 15 : « Agrée les paroles de ma bouche et le murmure de mon cœur ».

Fa dièse mineur (fis) – ut dièse mineur (cis), 15 mesures, C
BG. Jg. II. Page 213. RECITATIVO.| Alto. | Continuo.
NEUMANN. Secco.

Coloratures sur les mots « Welt - terre » et « preiset - glorifie ».


3] ARIE SOPRAN. BWV 17/3
HERR, DEINE GÜTE REICHT, SO WEIT DER HIMMEL IST, / UND DEINE WARHEIT LANGT, SO WEIT DIE WOLKEN GEHEN. / WÜßT ICH GLEICH SONSTEN NICHT, WIE HERRLICH GROß DU BIST, / SO KÖNNT ICH ES GAR LEICHT AUS DEINEN WERKEN SEHEN. / WIE SOLLT MAN DICH MIT DANK DAVOR NICHT STETIG PREISEN? / DA DU UNS WILLST DEN WEG DES HEILS HINGEGEN [R. Wustmann : « dagegen »] WEISEN.

Seigneur, grand jusqu‘aux Cieux est Ton amour / et jusqu‘aux nues Ta vérité. / Même si je ne connaissais pas d‘emblée Ta grande majesté, / elle éclaterait à mes yeux à la vue de Tes œuvres. / Comment ne pas toujours t’en glorifier et T’en tendre grâce ? / Puisque Tu veux nous montrer le chemin du salut.

Psaume 57, 10 et 11 [PBJ. 853] : « Seigneur…grand jusqu’aux cieux de ton amour, jusqu’aux nues, ta vérité…». Il s’agit de la citation littérale, citation également retrouvée dans le psaume36, 6 [PBJ. 833] : «…Yahvé, dans les cieux ton amour, jusqu’aux nues, ta vérité…»

Mi majeur (E), 63 mesures, C
BG. Jg. II. Pages 214 à 217. ARIA. | Violino I. | Violino II. | Soprano. | Continuo.
NEUMANN. Structure tripartite. Forme quatuor : Violine I, II, Soprano, B.c. Avec ritournelle.

BOMBA : « …le premier air se f ait remarquer par sa forme en trois parties sans da capo. Bach réussit à transmettre une impression de complétude en introduisant dans les dernières mesures chantées la répétition de la ritournelle instrumentale…»
CANTAGREL : «…Air traité en quatuor… Sur la ponctuation de la basse, il est fait d’un dialogue concertant entre les deux violons que rejoint le soprano… les interventions du soprano sont constituées en trois sections séparées, correspondant chaque fois à deux vers du texte. Climat joyeux, allègre…»
DÜRR : «…Le mouvement est caractérisé par le dialogue concertant de deux violons soli, auxquels se joint le soprano ».
KUIJKEN : « reviennent dans l’aria des segments de motifs que nous connaissons du chœur d’entrée…les trois voix de dessus évoluent en imitation constantes et des formules changeantes sur la basse (quasi ostinato comme dans le chœur d’entrée)… »
PIRRO [L'esthétique de Jean-Sébastien Bach – Conclusion pages 466/468] : «…Allemand par sa religion sérieuse et vivace, Bach nous révèle encore, par ses interprétations de la nature, un des sentiments caractéristiques de l’âme germanique…Dans les cantates BWV 17 et 171, Bach nous montre que, comme Luther [une lettre de 1530 adressée au chancelier Brück] il a contemplé « la merveille des nuages qui flottent au-dessus de nous », sans s’abattre, « mais nous saluent, d’un visage sombre, et s’enfuient » : les motifs uniformes du premier et su second violon se poursuivent indéfiniment, tandis que le soprano chante : « Seigneur, ta bonté s’étend aussi loin que le ciel est grand, et ta vérité se déploie aussi loin que vont les nuages…» Renvoi à la cantate BWV 171, BG. XXXV.


ZWEITER TEIL (Seconda Parte). Après le sermon…

4] REZITATIV TENOR. BWV 17/4
EINER ABER UNTER IHNEN, DA ER SAHE, DAß ER GESUND WORDEN WAR, KEHRETE UM PREISETE[R. Wustmann : « lobete »] GOTT MIT LAUTER STIMME UND FIEL AUF SEIN ANGESICHT ZU SEINEN ßEN UND DANKETE IHM; UND DAS WAR EIN SAMARITER.

L‘un d‘entre eux, voyant qu‘il avait été guéri, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à haute voix et se jeta aux pieds de Jésus, le visage contre terre, en Le remerciant; or c‘était un Samaritain.

Citation littérale emprunté à l’Evangile du jour, Luc 17, 15 et 16 [PBJ 1568] : « L‘un d‘entre eux, voyant qu‘il avait été guéri, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à haute voix et se jeta aux pieds de Jésus, le visage contre terre, en Le remerciant; or c‘était un Samaritain”..

Ut dièse mineur (cis) - Fa dièse mineur (fis) , 9 mesures, C
BG. Jg. II. Pages 218. RECITATIVO. | Tenore. | Continuo.
NEUMANN. Secco.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, page 429] : «…passage néo-testamentaire… et comme il s’agit d’un passage narratif, le style employé est celui réservé à l’évangéliste (ténor) dans un récitatif secco ».
BLANKENBURG [Notice de l’enregistrement de Karl Richter. Archiv Produktion, volume IV] : « …phrase décisive de l’évangile même qui est consacré à la guérison des dix lépreux, à la reconnaissance de Samaritain (Luc XVII, 11 à 19) ; c’est pourquoi cette phrase est confiée au ténor qui l’expose comme un récitatif d’évangéliste, dans lequel seul le mot crucial « dankete - en le remerciant » interrompt un instant l’écriture secco ».
CRAIG [BCW] : « Récitatif unique, dans toutes les cantates [de Bach], dans le sens où l’évangile est exprimé par un récitatif secco et non par un arioso ».
HOFMANN : « le récitatif… avec son extrait de l’évangile évoque pendant quelques mesures la partie de l’évangéliste des Passions de Bach ».
MACCIA : « Citant l’Évangile selon saint Luc, le ténor prend dans son récitatif le style déclamatoire d’un Évangéliste des Passions…»
PIRRO [L'esthétique de Jean-Sébastien Bach –Direction des motifs, pages 30/31] : «…Nous trouvons toute une série de passage où Bach accompagne les mots « prosterner, adorer » par un motif qui s’incline, comme s’il n’avait d’autre dessein que de peindre l’action corporelle, laissant au chanteur le soin d’en manifester la signification au point de vue du sentiment. C’est ainsi que nous le voyons dans la cantate [BWV 17], représenter le lépreux guéri  par Jésus-Christ, se prosternant la face contre terre devant lui, sans que les motifs indiquent autre chose que le fait même, et sans qu’ils paraissent évoquer rien de plus que le spectacle de l’agenouillement. Il semblerait, à ne voir que la mélodie, que Bach ne songe qu’à décrire le geste extérieur » ». [+ Exemple musical sur les mots « und fiel auf sein Angesicht zu seinen Fußen ». BG. III, page 218]. L’idée de tomber, de prosternation, de porter en terre renvoie aux cantates BWV 49 [BG. X, page 320], 26 [BG. V1, page 215] et BWV 25 [BG. V2, page 176].
[Formation des motifs, pages 51/52] : «…motif tiré de l’arpège de l’accord parfait = bonheur, calme, la guérison, la consolation, la jouissance profonde [+ exemple musical sur les mots « gesund worden - avait été guéri » (BGA. II, page 218]. Renvois aux cantate BWV 138/4 (BG. XXVIII, page 210) - BWV 153/7 (BG. XXXII, page 52) - BWV 133/2 (BG. XXVIII, page 67) - BWV 169/4 (BG. XXXIII, page 185).
WHITTAKER :Abaissement de la voix sur les mots « Zu seinen Füßen » voix qui rebondit sur « dankete »


5] ARIE TENOR. BWV 17/5
WELCH ÜBERMAß DER GÜTE / SCHENKST DU MIR! / DOCH WAS GIBT MEIN GEMÜTE / DIR DAÜR? / HERR, ICH WEIß SONST NICHTS ZU BRINGEN, / ALS DIR DANK UND LOB ZU SINGEN.

Si débordante est la bonté / dont tu me fais présent ! / Et pourtant, que Te donne mon cœur / en échange? / Seigneur, que puis-je donc T’apporter / sinon Te rendre grâce et Te louer par un cantique ?

Ré majeur (D), 67 mesures, C
BG. Jg. II. Pages 218 à 23. ARIA. | Violino I. | Violino II. | Viola.| Tenore. | Continuo.
NEUMANN. Partie de cordes. Da capo.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, page 274] : «…rythme de danse…»
CANTAGREL : «…Après un premier air concertant [3], le climat est ici à la danse. .. le schéma est da capo varié (ABA)… reprise de la ritournelle initiale pour conclure…»
DÜRR : «…Composition plus voisine de la danse, au caractère mélodique prononcé essentiellement homophone et confiée aux cordes ».
KUIJKEN : «…le motif principal est simple et nonchalant… L’aria entière respire un merveilleux sentiment de plénitude et de gratitude…» 
MACIA : «…aria en ré majeur avec l’ensemble des cordes…»
MARCHAND : « les proportions de ce mouvement correspondent exactement au nombre d’or ».
[Longue vocalise / Colorature sur le mot « Dank - rendre grâce », mesures 44 à 46 avec pas moins de 33 notes !]


6] REZITATIV BAß. BWV 17/6
SIEH MEINEN WILLEN AN, ICH KENNE, WAS ICH BIN; / LEIB, LEBEN UND VERSTAND, GESUNDHEIT, KRAFT UND SINN, / DER[W. Neumann ; R. Wustmann : « die »] DU MICH LÄßT MIT FROHNEM MUND GENIEßEN, / SIND STRÖME DEINER GNAD, DIE DU AUF MICH LÄßT FLIEßEN; / LIEB, FRIED, GERECHTIKEIT UND FREUD IN DEINEM GEIST / SIND SCHÄTZ, DADURCH[R. Wustmann : « daß du »] DU MIR SCHON HIER EIN VORBILD WEIST, / WAS GUTES DU GEDENKST MIR DORTEN ZUZUTEILEN / UND MICH AN LEIB UND SEEL VOLLKOMMENTLICH ZU HEILEN.

Vois ma volonté, je sais ce que je suis; / Le corps, la vie et la raison, la santé, la force et le caractère, / dont Tu me laisses jouir et exprimer la joie par ma bouche, / sont les fleuves de Ta grâce, que Tu déverses sur moi; / Amour, paix, justice et joie dans Ton Esprit Saint / sont les trésors qui préfigurent ici-bas / ce que la-haut Tu veux me donner de bon en partage / pour me guérir totalement corps et âme.

[Dans saint Paul (Romains 14, 17), on lit : « Dieu… il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint »]. Dans la cantate : “Amour, paix, justice et joie dans Ton Esprit Saint”.

Si mineur (h) – ut dièse mineur (cis), 17 mesures, C
BG. Jg. II. Page 224. RECITATIVO. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Secco.

HIRSCH : accents sur les mots « Lieb, Fried et Gerechtigkeit ».
KUIJKEN : « …le fluide mouvement « arioso » convient à la perfection à « sont les fleuves de ta grâce que tu répands sur moi…»
MACIA : « L’Épître aux Romains 14, 5 [PBJ. 1685] nourrit le texte du dernier récitatif…»
ROMIJN : « Ce récitaif [6] rappelle plutôt le rôle de l’Évangéliste [des Passions]…»
[Accent mis sur les mot “Stöme - fleuve” (mesure 7) et “gedenkst - donner” (msesure 14].


7] CHORAL. BWV 17/7
WIE SICH EIN VATER ERBARMET | ÜBER SEINE JUNGE KINDLEIN KLEIN, | SO TUT DER HERR UNS ARMEN, / SO WIR IHN KINDLICH FÜRCHTEN REIN. || ER KENNT DAS ARM GEMÄCHTE, /GOTT WEISS [variante BG. : “Er weiß”], WIR SIND NUR STAUB, / GLEICH WIE DAS GRAS VOM RECHEN, [R. Wustmann : « Reche »] / EIN BLUM UND FALLENDES LAUB, / DER WIND NUR DRÜBER WEHET, / SO IST ES NIMMER DA: ||| ALSO DER MENSCH VERGEHET, / SEIN END, DAS IST IHM NAH.

Comme le Père qui a pitié / de ses tout petits enfants, / ainsi fait le Seigneur pour nous les malheureux / qui le craignons avec la pureté de l’enfant. / Il connaît les pauvres créatures, / Dieu le sait, nous ne sommes que poussière, / semblabes à l’herbe que retient le râteau, / à une fleur, aux feuilles qui tombent, / le vent n’a qu’à souffler / pour les disperser: / Ainsi passe l’homme / Et sa fin est proche.

Troisième strophe du cantique « Nun Lob, mein Seel, den Herren  (en cinq strophes de douze vers chacune) publié à Nuremberg vers 1530 et 1540 (Ausburg 1540 et enfin Königsberg en 1549 (posthume)]. Il est inspiré du psaume 103 [PBJ. 896] de Johann Gramann (alias Poliander, 1487-1541).
La première strophe de ce cantique est dans la cantate BWV 28/2 (avec la mélodie), la cinquième strophe dans les cantates les cantates BWV 29/8 (avec la mélodie), BWV 51/4 (avec la mélodie) et BWV 167/5 (avec la mélodie). Enfin les motets BWV 225 (texte et mélodie) et BWV 231 (texte de la dernière strophe et mélodie. Renvoi aux choral à quatre voix mixtes BWV 389 et 390.
Voir EKG 188/5 et la strophe supplémentaire (Publications à Königsberg 1549 et à Nuremberg, 1559) dont le texte est repris intégralement.
La mélodie attribuée à Hans Kugelmann (1490-1542) vers 1540, proviendrait d’un air profane du 15e siècle.
Voir aussi EKG 229 et 392.

La majeur (A), 45 mesures, 3/4
BG. Jg. II. Pages 225. CHORAL. | Soprano. / Oboe I. II. Violino I. col Soprano. | Alto. / Violino II. coll’ Alto. | Tenore. / Viola col Tenore. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Simple choral harmonisé avec l’ensemble instrumental.

BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, pages135/136] : Choral harmonisé sur mélodie de choral (MDC) 079.
BOYER [: Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 274 à 276] : Mélodie de Johann Kugelmann (1540).
Élaboration de choral (MDC) 079 harmonisé de type I, colla parte. Renvoi aux cantates BWV 28/2 de type II, 29/8, 167/5 de type II et BWV 51/4 de type VI. Un choral exceptionnellement long avec ses douze phrases.
CANTAGREL : «…harmonisation verticale, les voix doublées par les cordes, les deux hautbois soulignant lma mélodie du choral ».
GARDINER : Le trait le plus remarquable de la cantate est… l’ultime choral. Il s’agit d’une version, sur mètre ternaire de la section centrale du grand motet à double chœur BWV 225… composé à peu près à la même époque, soit 1726/1727…
MACIA : «…Fait rare, le choral final (qui exprime la fugacité de l’existence de l’homme sur terre) est à trois temps…»


BIBLIOGRAPHIE BWV 17

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Réédition révisée et augmentée. L’Harmattan 2005


DISCOGRAPHIE BWV 17

BACH CANTATAS WEBSITE : Discographie établie par Aryeh Oron. Elle est ici proposée sous une forme sensiblement allégée avec, parfois, quelques précisions relatives aux références et aux dates. Les numéros 1] et suivants indiquent l’ordre chronologique de parution des enregistrements. Aryeh Oron a recensé 10 enregistrements (octobre 2002 à novembre 2010) + 2 mouvements individuels (octobre 2002 à juillet 2006).
Exemples musicaux (Aryeh Oron, février 2003 à janvier 2005).

6] GARDINER (volume 7). Monteverdi Choir. The English Baroque Soloists. Soprano : Malin Hartelius. Contre-ténor : Robin Tyson.
Ténor : James Gilchrist. Basse : Peter Harvey. Bach Cantata Pilgrimage. Abbaye d’Ambronay (F), le 24 septembre 2000. Durée : 16’24
CD SDG 124 . Distribution en France = novembre 2006. Avec les cantates BWV 78, 25, 50, 130, 19 et 149
*8] GESSENEY, Christophe. Chœur Vivace de Lausanne. Lausanne (CH) les 11 et 12 septembre 2003. DVD : Chœur Vivace de Lausanne. Avec des œuvres de Vivaldi et Schubert. 2] HARNONCOURT (volume 5). Wiener Sängerknaben. Concentus Musicus Wien. 1972. Durée : 17’45 Disque Teldec 6.35031 SKW 5/1-2 T BR 2. Das Kantatenwerk (volume 5). 1972 CD Teldec 4509-91755 2. Das Kantatenwerk -Sacred Cantatas. Volume 1. Coffret de six CD avec les cantates BWV 1 à 19 CD Teldec 2292 42501 2 L. Das Kantatenwerk (volume 6). 1971-1985. Avec les cantates BWV 18, 19 et 20
Reprise Bach 2000. Teldec, volume 1. Coffret de 15 CD. Septembre 1999. Cantates BWV 1 à 14 et BWV 16 à 47
Reprise Warner Classics 8573-81209-5 (en CD séparé, volume 6). 2006
7] KOOPMAN (volume 17). The Amsterdam Baroque Orchestra & Choir. Soprano : Sandrine Piau. Alto : Bogna Bartozz. Ténor :
Christophe Prégardien. Basse : Klaus Mertens. Walsee Kerk. Amsterdam (NL). Mai 2002 (mouvement 6). Septembre et octobre
(mouvements 2 à 5). Octobre et novembre 2002 (mouvement 1, 2 et 7). Durée : 14’47
CD Antoine Marchand, Challenge Classics CC 72217. Distribution en France, avril 2005. Avec les cantates BWV 35 et 57
*9] KUIJKEN (volume 5). La Petite Bande. Août 2006. Schloss Seehaus, Markt Nordheim (D). Durée : 15’07
CD Accent SACD ACC 25305. 2006-2007. Avec les cantates BWV 35, 164 et 179
5] LEUSINK. Holland Boys Choir/ Netherlands Bach Collegium. Église Saint-Nicolas. Elburg (NL). Novembre et décembre 1999
Bach Edition. 2000. CD Brilliant Classics volume 8 - Cantates, volume 3. 2000
Reprise Bach Edition. 2006. Brilliant Classics. CD III - 93102 13/59. Avec les cantates BWV 99 et 35
3] RICHTER. Münchner Bach Chor & Orchester. Soprano : Edith Mathis. Contralto : Julia Hamari. Ténor : Peter Schreier. Basse : Dietrich
Fischer-Dieskau. Herkules Saal. München. Mars et octobre 1976, juin 1977. Durée : 16’37
Disque Archiv roduktion 2722 028
CD Archiv Produktion 439 391.2. Volume IV/ 4. 1993. Coffret de 26 disques. Avec les cantates BWV 78, 33
4] RILLING. Gächinger Kantorei Stuttgart. Bach-Collegium Stuttgart. Février et octobre 1982. Durée : 19’
Disque (D). Die Bach Kantate. Hänssler Verlag. Classic. Laudate 98734. 1983. Avec la cantate BWV 35
CD. Die Bach Kantate (volume 17). Hänssler Classic. Laudate 98868. Vers 1989
CD. Hänssler edition bachakademie (volume 5). Hänssler-Verlag 92.005. 1998
10] SUZUKI (volume 46). Bach Collegium Japan. Kobe Shoin Women’s University Chapel. Japan. Soprano : Hana Blazikova.
Contre-ténor : Robin Blaze. Ténor : Gert Türk. Basse : Peter Kooy. 2009
CD BIS SACD-1851. Avec les cantates BWV 102, 45 et 19
1] THAMM. Winsbacher Knabenchor. Südwestdeutsches Kammerorchester Pforzheim. Soprano : Herrad Wehrung. Alto : Emmy Lisken.
Ténor : Georg Jelden. Basse : Jakob Stämpfli. Heilbronn Mittelfranken (D), mai 1961. Durée : 18’13
Disque Cantate Bach-Studio Stéréo 651 210. Bayer Records. Avec la cantate BWV 110
Reprise disque SDG 610108. Avec la cantate BWV 110
[BCW] : Reprise signalée sous le label « Bayer Da-capo ». Avec la cantate BWV 110


MOUVEMENTS INDIVIDUELS BWV 17

M-1. Mvt. 1] Hans Pflugeil. Greifswalde Bach Tage Choir. Bach-Orchester Berlin. Disque fin des années 1950, début des années 1960.
Report sur CD Baroque Music Club « Soli Deo Gloria, volume 3
M-2. Mvts 1 et 7] Rolf Schweizer. Motettenchor Pforzheim. Barockorchester L’arpa festante. Pforzheim (D), juin 1999.
CD Amati « Festliche Kantatenchöre zum Kirchenjahr. Mars 2000


ANNEXE CANTATE BWV 17
ALFRED DÜRR


Notice de l’enregistrement de Hans Thamm Cantate Bach-Studio Stéréo 651 210, mai 1961.

Cette cantate appartient à une série écrite en 1726; l’architecture de ces textes permet toutes sortes d’hypothèses. Le spécialiste américain de Bach W.H. Scheide a montré qu’elle correspondait exactement à celles des cantates du cousin de Meiningen, Johann Ludwig Bach, en tous à celles que J. S. Bach fit entendre à Leipzig tout juste en cette année 1726. Le librettiste de Bach s’est-il inspiré de ces œuvres ou bien les deux cousins ont-ils utilisé le même poète? On ne le sait encore. La forme caractéristique de ces cantate est la suivante:
Texte biblique (Ancien Testament)
Récitatif
Aria
Texte biblique (Nouveau Testament)
Aria
Récitatif
Choral
Les vers souvent fort longs (notamment des alexandrins), en particulier dans les récitatifs de ce poète, sont également caractéristiques. Le contenu de cette cantate se rattache à l’évangile du 14ème dimanche après la Trinité (Luc XVII, 11-19), qui raconte la guérison des dix lépreux, dont un seul –un samaritain!- rend grâces à Dieu de sa guérison. Le livret souligne la dette de reconnaissance de l’homme pour les bienfaits reçus de Dieu; dans la première partie il est surtout question de la bonté divine embrassant le monde entier et dont on sent les bienfaits partout, cependant que la seconde traite du devoir du chrétien d’en rendre grâces à Dieu. Mais ces bienfaits (c’est ce que dit le récitatif de la fin) ne sont que les reflets des trésors bien plus précieux qui nous attendent dans la félicité céleste.
De nombreuses paroles de l’Écriture sont incluses dans le livret. Le premier mouvement utilise le psaume I, 23. Les mots du premier récitatif “wenn ihre Ordnung als in Schnuren gehtlorsque leur ordre est comme une trace” fait allusion au psaume XIX, 5 (Leur trace s’en va dans tous les pays), alors que le début de l’aria suivante se réfère clairement au psaume XXXVI, 6 (Ta miséricorde s’étend aussi loin que le ciel et ta vérité aussi loin que vont les nuages). Le récitatif qui ouvre la seconde partie est emprunté à l’Évangile dominical (Luc XVII, 15-16) et le dernier récitatif paraphrase dans les mots “Fried, Gerechtigkeit un Freud in deinem Geist – Paix, justice et joie dans ton esprit-“ le verset de l’épître aux Romains XIV, 17 (Le royaume de Dieu n’est pas dans la nourriture ni la boisson, mais la justice et la paix et la joie dans l’Esprit Saint). Toutes ces allusions permettent de voir dans le librettiste un excellent connaisseur de l’Écriture, dont les louanges ne sortent guère, il est vrai, d’une utilisation assez gratuite du premier article du Credo.

La musique révèle au contraire des traits non équivoques caractérisant l’unité des œuvres de J. S. Bach par rapport à celles de ses contemporains, y compris celles de Johann Ludwig Bach.
La sinfonia d’introduction (27 mesures) montre déjà une impressionnante ampleur des proportions. La partie chorale, l’essentiel de ce mouvement, est divisée en deux parties égales qui sont subdivisées chacune en deux sections:
  1. Fugue chorale (a) Sinfonia d’introduction (abrégée) avec chœur inséré (b)
  2. A’. Fugue chorale (a’) Sinfonia d’introduction (abrégée) avec chœur inséré (b)
Les œuvres vocales de la maturité de Bach se distinguent par une unité thématique très articulée et la structure par larges plans; c’est le résultat d’une évolution très précise de l’articulation dans le style du motet, telle que Bach l’a héritée de des prédécesseurs et telle qu’il l’a utilisée lui-même dans ses premières œuvres vers une unité supérieure.
Un simple récitatif conduit à l’aria suivante; la partie de soprano, accompagnée par deux violons n’y comporte pas le da capo habituel à cause de la longueur du texte; la forme devient ainsi tripartite. La rentrée des violons avec la ritournelle finale avant que le soprano ait terminé sa phrase, de façon que l’aria s’achève par quelques mesures instrumentales seulement, est particulièrement attrayante.
Notre cantate est composée de deux parties, le sermon se situant entre les deux. Au début de la seconde partie on entend de nouveau une citation de l’Écriture, mais cette fois sous forme de récitatif. L’aria pour ténor accompagnée par l’ensemble des cordes exprime par des mélodies relevant du lied la dette de reconnaissance de l’homme à l’égard de Dieu.; les mots « Dank – remerciement » et «Lob – louange » sont soulignés par des coloratures assez étendues. A cause de la longueur du texte Bach renonce ici encore à la reprise da capo, mais la troisième partie rappelle la première. Un simple récitatif – cette cantate ne comporte pas d’arioso – conduit au choral (final), qui malgré sa modestie apparente reste un modèle d’écriture de Bach, par exemple dans les sonorités «automnales sur « der Wind nur drüber wehetle vent souffle par dessus ». Bach y anticipe sur des harmonies presqu’impressionistes ».


C. Role. Décembre 2010

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Last update: December 13, 2010 15:00:00