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C. Role. Juillet 2011
Cantate BWV 186
ÄRGRE DICH, O SEELE
Ne sois pas contrariée, ô mon âme…
KANTATE ZUM 7. SONNTAG NACH TRINITATIS
Cantate pour le septième dimanche après la Trinité
Leipzig, 11 juillet 1723
AVERTISSEMENT

Cette notice dédiée à une cantate de Bach tend à rassembler des textes (essentiellement de langue française), des notes et des critiques discographiques parfois peu accessibles (2011). Le but est de donner à lire un ensemble cohérent d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes francophones un panorama « espéré »  élargi de cette partie de l’œuvre vocale de Bach. Outre les quelques « interventions « CR » signalées par des crochets [...] le rédacteur précise qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté le nom des auteurs sélectionnés dans la bibliographie. A cet effet il a indiqué clairement, entre guillemets «…» toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux. Rendons à César...

ABRÉVIATIONS
(A) = La majeur → (a moll) = la mineur
(B) = Si bémol majeur
BB / SPK = Bach Bibliothek / Staatsbibliothek Preussicher Kulturbesitz
B.c. = Basse continue ou continuo
BCW = Bach Cantatas Website
BD = Bach-Dokumente (4 volumes, 1975)
BGA = Bach-Gesellschaft Ausgabe = Édition par la Société Bach (Leipzig, 1851-1899). J. S. Bach Werke. Gesamtausgabe (édition d’ensemble) der Bachgesellschaft
BJ = Bach-Jahrbuch
(C) = Ut majeur (c moll) = ut mineur
D = Deutschland
(D) = Ré majeur (d moll) = ré mineur
(E) = Mi (Es) = mi bémol majeur
EKG = Evangelisches Kirchen-Gesangbuch.
(F) = Fa
(G) = Sol majeur (g moll) = sol mineur
GB = Grande-Bretagne = Angleterre
(H) = Si (h moll) = si mineur
NBA = Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de Bach à partir des années 1954-1955)
NBG = Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach (fondée en 1900)
OP = Original Partitur = Partition originale autographe
Ost. = Original Stimmen – Parties séparées originales
P = Partition = Partitur
PBJ = Petite Bible de Jérusalem
PKB = Preußicher Kulturbesitz, Staatsbibliothek, Berlin
St. = Parties séparées = Stimmen
La première lettre -en gras- d’un mot du texte de la cantate indique la majuscule de la langue allemande. Dans le corps de ce même texte allemand, le mot ou groupe de mots mis en italiques désignent un affect particulier ou un « accident remarquable. DATATION BWV 186

Leipzig, 11 juillet 1723.
BCW : Première exécution, 11 juillet 1723. Une deuxième exécution vers 1746-1749.
DÜRR. Chronologie. Leipzig, 1723. BWV 24 (20 juin). BWV 167 –24 juin (Saint-Jean). BWV 147 (Reprise, 2 juillet). *BWV 186 (11 juillet. Reprise de la cantate BWV 186a, période de Weimar). BWV 136 (18 juillet). BWV 105 (25 juillet).
HERZ : 11 juillet 1723.
HIRSCH : Classement CN 29 (Die chronologisch Nummer = numérotation chronologique). I. Jahrgang ou « Année I » et Premier cycle des cantates de Leipzig dans la période allant du 30 mai 1723 au 4 juin 1724.
MINCHAM [BCW] : Bach entreprit ensemble les deux cantates BWV 147 et BWV 186 et dans chacune utilisa la même instrumentation, et les élargit (dans les deux cas) par des chorales concluant chaque partie. Ces deux cantates sont également des réutilisations de cantates conçues à Weimar en 1716 et Alfred Dürr explique clairement comment elles purent être adaptées pour des exécutions à Leipzig en 1723.
NEUMANN : Nouvelle forme élargie de la cantate BWV 186a donnée le 13 décembre 1716 pour le 3e dimanche de l’Avent.
NYS, Carl de : « La partition autographe dans la forme ultérieure de la cantate est soigneusement notée « anno 1723 ».


SOURCES BWV 186

PARTITION AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR
Mus. ms. Bach P 53 M. Staatsbibliothek zu Berlin. Anciennement à la Marburg Staatsbibliothek (dépôt) puis Berlin-Dahlem (Ex RFA).
SCHMIEDER : 12 feuilles, 24 pages autographes ?

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 1, page 39] : « L’autographe de cette cantate fit partie de l’héritage de Carl Philipp Emanuel Bach dont le catalogue fut publié à Hambourg en 1790, par Gottlieb Friedrich Schniebes sous le titre « Verzeichniss des musikalischen Nachlasses des verstorbenen Cappelmeisters Carl Philipp Emanuel Bach ». La section contenant les œuvres de Jean-Sébastien Bach comprend 86 cantates sacrées et autres pièces vocales et instrumentales ».
BGA. (Alfred Dörffel, 1891). La partition originale et la copie des parties séparées sont à la Bibliothèque Royale de Berlin. La partition référencée P 53 comporte douze feuilles en trois paquets… filigranes à la « demi-lune » et « IMK ».Netteté de l’écriture au propre.
Mention en tête : « J.J. | Dominica 7. Post Trinitatis | di | J S Bach | ao [pour « année »] 1723 ».
Une copie de la partition se trouve dans un recueil classé P.440. Elle semble avoir appartenu à von Fischhof [collectionneur de manuscrits - 1804-1857] qui de sa main a ajouté l’avertissement : tiré de l’exemplaire de Hauser [membre fondateur de la BG.] et copié à partir de l’autographe.
SCHWEITZER [J. S. Bach, volume 2, page 152] : « La partition est l’une des plus parfaite et des plus propres de Bach ; peut-être cela est-il le fait d’une révision drastique et de l’agrandissement de la cantate de l’époque de Weimar. Les heureuses améliorations apportées au texte de Franck sont peut-être le travail du librettiste de Bach de l’époque ». 

PARTIES SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN
Pas de références connues. Werner Neumann propose : Une voix ? (= 1 St) Musikbibliothek der Stadt Leipzig. Thomasschule, Bach-Archiv.
GARDINER : «…En l’absence des parties nouvelles [1723] de cette cantate révisée pour Leipzig (perdues depuis 1906) [?], plusieurs problème se font jour). [Suivent les exemples des « si bémol graves » dans la partie de continuo du mouvement n° 9, l’instrumentation de l’air de ténor du n° 5, du hautbois da caccia dans la version de Weimar, etc.]

ÉDITIONS
SOCIÉTÉ BACH = BACH-GESELLSCHAFT (BGA)
BGA. Jg. XXXVII (37e année). Pages 121 à 154. Préface de Alfred Dörffel (1891). Cantates BWV 181 à 190.

NOUVELLE ÉDITION BACH = NEUE BACH AUSGABE (NBA)
KANTATEN SERIE I/ BAND 18. KANTATEN ZUM 7 UND 8 SONNTAG NACH TRINITATIS
Bärenreiter Verlag BA 5027. 1966 - 2/1997. En supplément, corrections des tomes précédents. 5 fac-similés.
BWV 186. Pages 17 à 54. Bl. 1r der auf Bachs Veranlassung hergestelten Partitura schrift. BB. Mus. ms. Bach P 53, mit beginn des 1 Satzes.
Avec les cantates BWV 54, 187, 136, 178, 45 et 54. Pages 1 à 14.
Kritischer Bericht (commentaires). BA 5027 41. 1967. A. Dürr : BWV 54, 186, 107, 136, 178, 45. Leo Treitler : BWV 187.
[Partition de la NBA dans le coffret Harnoncourt, volume 43, pages 969 à 982].

AUTRES ÉDITIONS
BGA. 1] Partition d’ensemble sous le titre : „Kirchengesänge / für / Solo - und Chor-Stimmen, / mit / Instrumental-Begleitung / von / Johann Sebastian Bach // Dominica Septuagesimae: / Nimm was dein ist und gehe hins / Partitur / mit unterlegter Pianoforte- Begleitung / von J. P. Schmidt. / Verlag und Eignethum / von Trautwein & Cie in Berlin. Verlagsnummer 821“. Parution en 1843-1845, avec les BWV 144, 182, 185 et 179.
 
BÄRENREITER classics.| Bach | Bärenrteiter Urtext.
Sämtliche Kantaten 7 | TP 1287. 2007.
Serie I. Band 18. Kantaten zur 7 und 8 Sonntag nach Trinitatis.
Herausgegeben : Alfred Dürr. Faksimile : BWV 186, 107, 187 et 45. BWV 186. Pages 17 à 54. Bärenreiter-Verlag. Kassel.1966.
BCW. La partition de la BGA + Réduction chant et piano.
BREITKOPF & HÄRTEL. Partition PB 3036. Partition du chœur = ChB 2142. Révision Orgue et clavecin par Max Seiffert = OB 1677
2011. Partition (36 pages) = PB 4686. Réduction chant et piano (36 pages) = EB 7186. Partition du chœur (8 pages) = ChB 4686. Parties séparées (Orgue, violon I, II, Viola, Violoncelle, contrebasse, vents) = OB 4686.
CARUS. Assez curieusement, Carus Verlag Stuttgart, a choisi d‘éditer la partition de la cantate BWV 186a…dans la restitution de Diethard Hellmann.
KALMUS STUDY SCORES. N° 854. Volume XL. New York 1968. Avec les cantates BWV 184 à 187.


PÉRICOPE BWV 186

Septième dimanche après la Trinité.
Épître : Romains 6, 19 à 23 [PBJ. 1677]. Le chrétien est affranchi du péché.
Évangile : Marc 8, 1 à 9 [PBJ. 1515 et 1516]. Seconde multiplication des pains. Renvoi aussi à Matthieu 15, 32 à 39, basé également sur le miracle de la seconde multiplication des pains.

EKG. 7. Sonntag nach Trinitatis (7e dimanche après la Trinité).
Épître : Romains 6, 19 à 23 [PBJ. 1677].
Psaume 24, 1 à 6 [PBJ. 821] : « A Yahvé la terre et sa plénitude, le monde et tout son peuplement…»
Cantique : EKG 233 : « Sei lob und Ehr dem höchsten Gut ».
Épître: Romains 6, 19 à 23 [PBJ. 1677].
Évangile : Matthieu 9, 35 à 38 [PBJ. 1467]. Misère des foules : « A la vue des foules, il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés…»

CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, page 755] : «…Le livret n’entretient apparemment avec l’évangile du jour, récit du miracle de la multiplication des pains qu’un lien très lointain… les récitatifs ajoutés par une main anonyme pour la version de 1723 font une légère allusion à la multiplication des pains…»
[Même occurrence avec les cantates BWV 54, 15 juillet 1714 - BWV 187, 11 juillet 1723 et BWV 107, 23 juillet 1724].


TEXTE BWV 186

1], 3], 5], 8] et 10 : Texte [principalement celui de la cantate BWV 186a. Voir ci-après] de Salomo Franck tiré du recueil Evangelischen Sonn und Fest-Tages-Andachten, publié à Weimar et Jena en 1717.
[Le nom de l’auteur du texte des mouvements récitatifs 2, 4, 7, 9 est demeuré inconnu].

6] = strophe 12 - 11] = strophe 11 du cantique (en 14 strophes (de 7 vers chacune) « Es ist das Heil uns kommen her » publié à Nuremberg (1523-1524) dans le recueil Acht-Llieder-Bbuch de Paul Speratus, (1484-1545). Justification par la foi seule.
[BGA donne comme source de ce cantique : Romains 3, 28 [PBJ. 1673] : Nous estimons que l’homme est justifié par la foi sans la pratique de la loi…»].
Ce cantique a donné son nom à la cantate BWV 9 qui en a utilisé les strophes 1, 2-4, 5-7, 8, 9-11 et 12.
La strophe 9 est dans la cantate BWV 86/5 ainsi que dans la cantate BWV 186/11. La strophe 10 dans BWV 186/6 et de nouveau la strophe 12 dans la cantate BWV 155/5.
La mélodie de ce choral paraît également dans l’Orgelbüchlein, BWV 638 ( n° 39).

La mélodie (d’un anonyme du XVe siècle) est d’un compositeur anonyme [BCW propose : Scheidt ?]. Elle est reprise dans EKG 242. Elle serait tirée d’un chant pascale « Freu dich du Werte Christenheil » connu également sous le titre « Freut euch ihr Frauen und ihr Mann ».
BCW donne les deux textes les plus courants sur cette fameuse mélodie, le premier, « Es ist das Heil uns kommen her », celui utilisé dans les cantates BWV 9/1 et 7, BWV 155/5 et BWV 186/6 et 11 ; le deuxième « Sei Lob und Ehr dem höchsten Gut » retrouvé dans les cantates BWV 117/1, 4 et 9 et dans BWV 251. Renvoi à EKG 233.
Cette mélodie parfois associée au cantique de Speratus a été utilisée par de très nombreux compositeurs dont le BCW donne la longue liste : Sweelinck, Hassler, Buxtehude (BUXWV. 186), Zachow, Telemann (cantate TWV1: 494) du même nom sur un texte de Neumeister, etc., Buxtehude (BUXWV 168) ; Brahms (opus 29/1) ; Reger...etc.

BASSO [Jean-Sébastien Bach. Tome 2, page 280] : « Des textes de Salomon Franck dans les cantates BWV 185, 147, 162, 163, 70, 155, 31, 165, 21, 186, 12, 172…»
BOYER [Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach] : Cette mélodie « Es ist das Heil uns kommen her » sert également au cantique « Sei Lob und Ehr dem hochsten Gut » (9 strophes, Francfort-sur-le-Main, 1673).

ANDERS : « Le texte de la cantate se réfère au récit de la multiplication des pains rapporté par l’apôtre Marc ; cette idée fondamentale, représentée par les contrastes entre pénurie et surabondance, faim et rassasiement, traverse la cantate de bout en bout ».
GARDINER : « cantate en deux parties… destinée au 7ème dimanche après la Trinité. Cette nouvelle affectation liturgique occasionna d’importantes révisions sur le plan structurel [par rapport à la cantate BWV 186a conçue pour l’Avent] : modification des textes des airs, ajout de trois récitatifs nouveaux (les quatre airs se suivaient à l’origine sans interruption). En plus de quoi Bach décida de composer deux nouveaux chorals de conclusion…»
HERZ : Texte des récitatifs n° 2, 4, 7 et 9, J.S. Bach ?
LEMAÎTRE : «…Un librettiste anonyme recomposa les récitatifs afin d’adapter l’œuvre Weimaroise [BWV 186a) à sa nouvelle destination, car le temps de l’Avent, comme celui de Carême, se passait de musique à Leipzig ».
MACIA [Tout Bach, pages 249/250] : «…Toute la cantate est parcourue par l’opposition entre disette et opulence, fondée sur l’évangile de selon saint Marc ». 
NYS, Carl de : « …il n’est pas impossible que Bach ait lui-même arrangé le texte primitif et ajouté les numéros nouveaux de la cantate alors destinée au septième dimanche après la Trinité… Les allusions à l’Évangile de Marc 8, 1 à 9 se trouvent surtout dans les quatre récitatifs ajoutés en 1723, mais il y a aussi des changements relativement importants dans le texte des quatre arias primitives telles qu’on les retrouve dans le recueil imprimé la cantate telle que nous la connaissons, il faut pourtant reconnaître que l’adaptation est assez laborieuse et que l’unité primitive du livret de é de Salomon Franck (1717). Pour le 11 juillet 1723, Bach a aussi remplacé le choral final de Weimar… Quand on examine le texte de Franck, sa qualité « pastorale » a perdu de son évidence…»
SPITTA [Johann Sebastian Bach, volume 2, pages 358 à 360] : « Franck avait destiné le texte au 3e dimanche de l’Avent , aussi son adaptation pour une autre occurrence nécessitait la modification des deux premières arias.. Des récitatifs qui habituellement n’apparaissent pas dans les textes de Franck furent insérés et en eux nous croyons discerner la main du prolixe compilateur des cantates [1723] du premier et du second dimanche après la Trinité. Leur insertion [des récitatifs] dans le texte suffisamment long pour réaliser une cantate en deux parties ».
WHITTAKER [The Cantatas of Johann Sebastian Bach, volume 1, pages 200 à 207] : « Les divergences avec le texte de Franck [BWV 186a] peuvent être expliquées en voyant que le livret utilisé en 1716, fut réécrit pour une occasion plus tardive et que lorsque la cantate fut réadaptées le 11 juillet 1723, des modifications y furent pratiquées, vraisemblablement par le compositeur. Le livret de Franck ne contenait aucun récitatif. La partition autographe est si propre et si nette qu’elle suggère la copie d’une œuvre antérieure…»


GÉNÉRALITÉS BWV 186

ANDERS : « Bach combine ici [dans la cantate BWV 186] de la manière ingénieuse et la plus savante, dans le chœur d’entrée et dans les airs, principes de composition instrumentale et vocale, laissant toujours les récitatifs se terminer par une conclusion en arioso ».
BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, page 268] : « Cantates conçues en deux parties, à exécuter l’une avant, l’autre après le sermon. Seul un nombre très modeste de cantates de Bach est taillé sur ce modèle : c’est le cas des cantates BWV 17, 20, 21 30, 35, 36, 39, 43, 45, 70, 75, 76, 88, 102, 147, 186, 187, 191, 194 et BWV 34a, 120a, 195, 197, 198…»
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach. pages 309/310] : «…BWV 186 offre toutes les caractéristiques de style des premières années de Leipzig, récits secco terminés en arioso, en particulier, le très bel accompagnato de cordes du récit n° 7… arias sans da capo mais exposés dans un ordre grandissant d’intérêt…»
ISOYAMA : «…La réutilisation du répertoire était un thème majeur pour Bach dans sa première année à Leipzig alors qu‘il ne disposait que d‘un petit corpus d‘œuvres terminées. C‘est ainsi qu‘il rejoua de vieilles oeuvrezs de son temps de Weimar (et auissi en partie de celui de Mühlhausen), faisant des révisions quand cela était nécessaire ajoutant ainsi à son répertoire... Dans le version révisée , le chœur d‘ouverture et les arias sont à peu ,près laissés tels quels et les récitatifs sont ajoutéd; un choral différent remplace l‘original. Puis la pièce en entier fut divisée en deux parties, la première devant précéder le sermon et la deuxième le suivre. [BWV 186]… suit donc exactement la même procédure que la cantate BWV 147… Ainsi il ressort clairement des révisions que les nouveaux arrangements (ou parties nouvellement composées) furent directement ajoutés au matériel de source de la période de Weimar et que la préparation de la partition originale fut déléguée à un copiste…» LEMAÎTRE : «…chaque partie [I et II) se termine en fa majeur, un ton en dessous du premier chœur ». ROMIJN : « Réutilisation d’une œuvre antérieure « recyclées ». Tel est le cas pour la cantate BWV 186… l’original est la cantate BWV 186a, écrite à Weimar en 1717 [ ?], et depuis perdue. Cela dit, le processus de recyclage n’était pas des plus aisé d’autant que Bach devait fournir des cantates en deux grandes parties… la cantate BWV 186 se présente sous cette forme, quand bien même les deux parties s’achèvent sur le même choral chantant deux textes différents…»


DISTRIBUTION BWV 186

NEUMANN. Sopran, Alt, Tenor, Baß. – Chor. Oboe I, II, Oboe da caccia ; Streicher ; B.c. (+ Fagott).
SCHMIEDER. Soli : S, A, T, B. Chor : S, A, T, B. Instrumente : Oboe I, II ; Oboe da caccia (Taille) ; Fagotto ; Viol. I, II ; Vla. ; Continuo.


APERÇU BWV 186

ERSTER TEIL
1] CHORSATZ. BWV 186/1

ÄRGRE DICH, O SEELE, NICHT, / DAß DAS ALLERHÖCHST LICHT, || GOTTES GLANZ UND EBENBILD, / SICH IN KNECHTSGESTALT VERHÜLLT, ||| ÄRGRE DICH, O SEELE NICHT !

Ne sois pas contrariée, ô mon âme, / de ce que la lumière suprême, / l’éclat et l’image de Dieu / se dissimulent sous les traits d’une humble créature, / ne sois pas contrariée, ô mon âme.

Sol mineur (g moll), 49 mesures, C
BGA. Jg. XXXVII. Pages 121 à 127 | Dominica 7 post Trinitatis. | Erster Theil. | Oboe I. / Violino I. | Oboe II. / Violino II. | Taille; / Viola. | Fagotto. | Soprano. | Alto. | Tenore. Basso. | Continuo.
NEUMANN. Structure ABABA. Introduction instrumentale (mesures 1 à 8) et interludes. Éléments fugués chœur et instruments. Renvoi à la cantate BWV 186a/1.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 288/289] : « un bloc initial pour chœur de type motet et dans une forme de rondo (ABABA), où l’épisode B « Gottes Glanz und Ebenbild » est de facture homophone, alors que le premier verset, dont l’exposition est précédée de huit mesures instrumentales, est réalisée en style fugué, avec deux figurations différentes opposées entre elles, la seconde étant plus agitée et véhémente (dans l’esprit du texte…»
BOMBA : « Un chœur organisé en petites parties… Bach fait interpréter le premier vers en homophonie, telle une devise, puis les vers suivants sont pris en main par des passages en contrepoint et en arias. L’introduction instrumentale et la devise réapparaissent une deuxième fois sous une forme écourtée et une troisième fois encore en fin de cantate. Ainsi Bach produisit un effet pressant qui mène au cœur de la cantate ».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, page 757] : «…Grand motet concertant en style fugué. Les quatre instruments de la famille du hautbois y doublent les cordes, les hautbois avec les violons, la taille avec l’alto et le basson avec le continuo. Bach… fait énoncer trois fois la première partie du texte et deux fois la seconde, sans solution de continuité et dans un travail contrapuntique varié, ce qui donne au morceau l’allure stylisée d’une forme ronde ABA B’A’’. Les sections (A) , c’est à dire A A’ et A’’ concertent avec les instruments, tandis que les sections (B), soit B et B’ sont émises à découvert, sur le seul soutien de la basse continue sans le basson. La ritournelle initiale déploie une admirable phrase descendante empreinte de noblesse, qui après un énoncé à vide du dictum [Ärgre dich, o Seele , o nicht], se combinera avec les sections (A) du discours. A l’humilité des sections (B) répondent les très nombreuses injonctions Ärgre dich ».
GARDINER : «… Bach…s’en tient à la ligne luthérienne et entreprit d’évoquer, dans le chœur d’introduction, l’âme chrétienne rongée d’inquiétude communiant avec elle-même par le biais d’une accumulation de dissonances enchaînées…les voix sont tour à tour introduites, sur un thème fugué reprenant le même texte poétique, simple motif de trois notes ascendantes évoluant au rythme de la parole, la troisième suspendue sur une neuvième de dominante… à l’intérieur d’une incise plus longue de huit mesures...Globalement de forme ABABA, Bach attribue le second élément (B) au chœur seul « que la splendeur et l’image de Dieu | soient celées sous les traits d’un serviteur », les sopranos intervenant homophoniquement, tout comme les trois autres voix leur répondant, avec juste le soutien du continuo – premier indice manifeste que les origines de cette musique remontent à une œuvre antérieurs de Bach…»
LEMAÎTRE : «…La structure du premier chœur est un heureux mixage entre la forme binaire (avec da capo) et la forme rondo : A-B-A-B-A. Dans cette organisation, A appartient au style fugué alors que B se caractérise par une homophonie chorale ».
MACIA [Tout Bach, pages 249/250] : «…partie A fuguée et partie B d’écriture verticale ». 
NYS, Carl de : «…La variété de composition se retrouve dans le premier chœur, un rondo dans la forme ABABA pour quatre voix…. la structure de cette grande page introductive, avec ses accents pathétiques en sol mineur convenant admirablement et à sa destination première [1716] et à l’adaptation ultérieure est particulièrement intéressante pour connaître les recherches de style de Bach à cette époque… la partie B de ce rondo choral est homophone, alors que la partie A combine des principes d’écriture vocale et instrumentale »...
« Après huit mesures de Sinfonia, Bach propose d’abord une introduction vocale de quatre mesures (avec les entrées successives des voix) qui est repris par les instruments comme une sorte de « devise », à quoi succède la partie principale de cette section A, un chœur fugué s’insérant dans des répétitions partielles de la sinfonia instrumentale du début. Et le thème principal est confié aux instruments alors que le deuxième thème, le thème secondaire, est confié aux voix qui l’élaborent en une pseudo-fugue. Lors de ces deux reprises, la partie A est chaque fois plus réduite, en particulier pour ce qui concerne l’introduction instrumentale et la devise chorale ; celles-ci sont complètement omises lors de la dernière partie A » (Alfred Dürr)… Autre caractère spécifique de l’écriture de J.-S. Bach, de son harmonie expressive : les modulations très chromatiques chargées d’exprimer l’idée de « scandale », c’est à dire de dommage subi ».
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien Bach – Les mélodies simultanées, page 133] : « Emploi expressif de dissonances… le verbe « se chagriner… [être contrarié] » est annoncé par la discorde des voix, dont les intonations successives s’échelonnent en une série de chocs, au début de la cantate ».
[L‘orchestration, page 233] : «…les hautbois…dans certains cas, les deux hautbois, auxquels peut se joindre une troisième voix de même espèce [ici la taille / Hautbois da caccia], ne font que renforcer la sonorité des violons et de l’alto… c’est un moyen employé fréquemment par les compositeurs de l’époque de Bach. Ils enrichissent ainsi le quatuor à cordes…» [BG. XXXVII, page 121].


2] REZITATIV BAß. BWV 186/2
DIE KNECHTSGESTALT, DIE NOT, DER MANGEL / TRIFFT CHRISTI GLIEDER NICHT ALLEIN, / ES WILL IHR HAUPT SELBST ARM UND ELEND SEIN. / UND IST NICHT REICHTUM, IST NICHT ÜBERFLUß / DES SATANS ANGEL, / SO MAN MIT SORGFALT MEIDEN MUß ? / WIRD DIR IM GEGENTEIL / DIE LAST ZU VIEL ZU TRAGEN, / WENN ARMUT DICH BESCHWERT, / WENN HUNGER DICH VERZEHRT, / UND WILLST SOGLEICH VERZAGEN, / SO DENKST DU NICHT AN JESUM, AN DEIN HEIL. / HAST DU WIE JENES VOLK NICHT BALD ZU ESSEN, / SO SEUFZEST DU : / Arioso : ACH HERR, WIE LANGE WILLST DU MEIN VERGESSEN ?

L’asservissement, la misère, le besoin / ne touchent pas que le groupe des chrétiens [Teldec : « Ne sont pas seulement le lot des chrétiens »], / Il veut être à leur tête aussi pauvre et misérable. / La richesse, le superflu / ne sont-ils pas les appâts de Satan / que l’on doit éviter soigneusement ? / Si au contraire ton fardeau / t’est trop lourd à porter, / si la pauvreté t’accable, / si la faim te dévore / et que tu perdes courage aussitôt, / c’est parce que tu ne penses pas à Jésus, ton salut. / Si tu n’as pas bientôt à manger, comme ces gens-là, / tu soupires alors : Hélas, Seigneur, combien de temps encore m’oublieras-tu ?

Ut mineur (c moll) → Sol mineur (g moll), 20 mesures, C
BGA. XXXVII. Page 128 | RECITATIV. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Récitatif secco avec arioso sur „Ach Herr, wie lang willst du mein vergessen ?

BOMBA : «…A la fin des récitatifs [de la cantate BWV 186], Bach fit couler la déclamation libre en arioso afin de souligner de manière expressive la conclusion du texte, sa morale et les conséquences qui en découlent…»
GARDINER : « …sans doute n’est-ce pas trop s’aventurer que de deviner ici les « quatre mille affamés » implorant dans le désert, sujet de l’Évangile traité (Marc 8, 1 à 9), leur faim étant à la fois physique et spirituelle. Ces gestes d’imploration font l’objet d’une expression renouvelée lors de la conclusion arioso du récitatif d’introduction de la basse…»
NYS, Carl de : « Ce récitatif n’a pas encore la facture magistrale du début des années trente, mais on relève par exemple la façon très imagée dont le cantor exprime le mot « soupirer - seufzen » avec la succession sol-fa-sol bémol - soupir ! - sol-mi bémol, et encore la fin si prenante, cet arioso insistant sur le « combien de temps m’oublieras-tu encore ? »
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien Bach - La formation rythmique des motifs, page 117] : «…le dessein de Bach est en effet d’imiter par le chant discontinu la prière entrecoupé de sanglots, l’imploration haletante… La même intention se révèle dans sa coutume de rompre par un silence la déclamation des mots « Seufzersoupir » et « seufzensoupirer ». Représentation des soupirs [+ Exemple musical, BG. XXXVII, page 128 ]. Renvois aux cantates BWV 73/4 135/4 et Oratorio de Pâques.


3] ARIE BAß. BWV 186/3
BIST DU, DER MIR HELFEN SOLL, / EILST DU NICHT, MIR BEIZUSTEHEN ? / MEIN GEMÜT IST ZWEIFELS-VOLL, / DU VERWIRFST MEIN FLEHEN; / DOCH, O SEELE, ZWEIFLE NICHT, / LVERNUNFT DICH NICHT BESTRICKEN ! / DEINEN HELFER, JAKOBS LICHT, / KANNST DU IN DER SCHRIFT ERBLICKEN.

Es-tu celui qui doit me secourir, / ne voles-tu pas à mon aide ? / Mon âme est en proie au doute, / peut-être rejetteras-tu mes supplications ; / Ô mon âme, pourtant ne doute point, / ne te laisse pas ensorceler par la raison. Ton Sauveur, lumière de Jacob, / tu peux l’apercevoir dans les Écritures.

Citation proche de Isaïe 2, 2 à 5 [PBJ. 1102] : «…Allons au Temple du Dieu de Jacob… Maison de Jacob, venez, marchons à la lumière de Yahvé ».

Si bémol majeur (B), 73 mesures, 3/4
BGA. Jg. XXXVII. Pages 129/130 | ARIE. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Partie vocale en forme d‘ostinato. Renvoi à la cantate BWV 186a/2.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 288/289] : «…aria pour basse, quadripartite et soutenue par le seul continuo, suivant une façon de faire typique des années de Weimar…»
BOMBA : «…l’air de basse, un air de continuo sur une basse presque obstinée en mesure à 3/4 en triolets, est parcimonieux [?]
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, page 758] : «…Cette aria, presque un arioso, ne fait appel qu’au continuo pour accompagner la basse… La souple et libre déclamation s’attache à souligner le doute, puis les mots clés « bestrickenséduire » et « erblicken apercevoir »
LEMAÎTRE : «…l’aria pour basse ne demande qu’un soutien du continuo et s’organise en quatre sections…»
MACIA [Tout Bach, pages 249/250] : «…aria portée par un rythme gracieux, presque allègre, tout en triolets, qui contraste avec le poème, où s’exprime le doute qui s’insinue dans l’âme du chrétien…»  
NYS, Carl de : « l’aria est accompagnée par la seule basse continue et utilise le rythme bien connu croche pointée-double croche de l’ »Ouverture à la française » qui était destinée à souligner l’arrivée du roi à la cour ; ce symbolisme remonte évidemment à la première destination de la cantate, celle du dimanche de l’Avent… » [1716].
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien Bachformation des motifs, page 54] : « Pour représenter le doute, Bach choisit de grands motifs errants, qui se déploient comme à l’aventure, et semblent déliés de toute règle tonale. « Mon âme est plein de douteMein Gemuth ist zweifels-voll…» Dans cette phrase, Bach joint au mot « zweifelswoll », une vocalise où abondent les intervalles indécis et les modulations vagues ». [+ Exemple musical. BG. XXXVII, page 129].


4] REZITATIF TENOR. BWV 186/4
ACH, DAß EIN CHRIST SO SEHR / VOR SEINEN KÖRPER SORGT ! / WAS IST ER MEHR ? / EIN BAU VON ERDEN, / DER WIEDER MUß ZUR ERDE WERDEN, / EIN KLEID, SO NUR GEBORGT. / ER KÖNNTE JA DAS BESTE TEIL ERWÄHLEN, / SO SEINE HOFNUNG NIE BETRÜGT: / DAS HEIL DER SEELEN, / SO IN JESU LIEGT. | O SELIG ! WER IHN IN DER SCHRIFT ERBLICKT, / WIE ER DURCH SEINE LEHREN / AUF ALLE, DIE IHN HÖREN, / EIN GEISTLICH MANNA SCHICKT ! / Arioso : DRUM, WENN DER KUMMER GLEICH DAS HERZE NAGT UND FRIßT, / SO SCHMECKT UND SEHET DOCH, WIE FREUNDLICH JESUS IST !

Hélas, comment un chrétien / peut-il attacher autant d’importance à son corps ! / Qu’est-il plus que d’autre ? / qu’une structure en terre [Teldec: « qu’un tas de terre »] / dont le destin est de retourner à la terre, / qu’un vêtement emprunté. / Il pourrait, il est vrai, choisir la meilleur part / qui ne trahit pas ses espoirs: / Le salut des âmes, / celui qui réside en Jésus. / Ô bienheureux celui qui l’aperçoit dans les Écritures, / lui par qui son enseignement, / envoie à tous ceux qui l’écoutent / une manne spirituelle ! / C’est pourquoi, lorsque le chagrin vous ronge le cœur, / goûtez et voyez donc l’amabilité [Teldec: « la bonté »] de Jésus !

Sol mineur (g) → Si bémol majeur (B Dur), 28 mesures, C
BGA. Jg. XXXVII. Pages 131/132 | RECITATIV. | Tenore. | Continuo.
NEUMANN. Récitatif secco avec arioso (mesures 16 à 28 : arioso „andante“, aux mots Drum, wenn der Kummer gleich…)

NYS, Carl de : « Dans ce récitatif de ténor, on peut distinguer très nettoiement deux parties : celle qui parle du caractère périssable de la vie terrestre et qui, par conséquent est remplie de chromatismes, alors que la seconde est essentiellement majeure, à partir de la modulation sur le mot « selig - bienheureux ».
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien Bach - La formation rythmique des motifs, page 102] : «…Bach associe volontiers un motif rythmique ainsi déterminé par des notes accélérées aux paroles qui éveillent une idée de béatitude souriante, aux mots d’accueil, de félicitation,… de tendresse…; il l’écrit pour traduire ces exclamations qui semblent jaillir d’un cœur épanoui ». [+ Exemple musical sur les mots « O selig ». BG. XXXVII, page 131]. Renvoi aux cantates BWV 63 (O seliger Tage), BG. XVI, page 73 ; BWV 119 (glücksel Stadtgeliebtes Volk), BG. XXIV, pages 216 et 223 ; BWV 67 (Wohl uns), BG. XVI, page 236). BWV 32 (Liebster), BG. VII, page 56 ; BWV 59 (lieben), BG. XII2, page 163 ; BWV 155 (lieblicher), BG. XXXII, page 91


5] ARIE TENOR. BWV 186/5
MEIN HEILAND LÄßT SICH MERKEN / IN SEINEN GNADENWERKEN. / DA ER SICH KRÄFTIG WEIST, / DEN SCHWACHEN GEIST ZU LEHREN, / DEN MATTEN LEIB ZU NÄHREN, / DIES SÄTTIGT LEIB UND GEIST.

Mon Sauveur se révèle / dans ses œuvres de grâce. / Puisqu’il s’avère assez fort / pour instruire l’esprit faible, / pour nourrir le corps épuisé, / le corps et l’esprit en seront rassasiés.

Ré mineur (d moll), 42 mesures, C
BGA. Jg. XXXVII. Pages 132 à 135 | ARIE. | Oboe da caccia. | Tenore. | Continuo.
[les parties de violon ne figurent pas ici comme c‘était le cas était dans la cantate BWV 186a (1716). Par contre, à Leipzig en 1723, ce mouvement n° 5 fut révisée avec hautbois et deux violons à l‘unisson…]
NEUMANN. Arie. Trio : Oboe I et violons, Ténor, B.c. Forme bipartite avec ritournelle. Renvoi à la cantate BWV 186a/3.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 288/289] : «…aria bipartite [comme le n° 8] en style concertant avec une large participation d’instruments obligés à l’unisson, employés en efflorescences mélismatiques de type virtuose ».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, page 759] : «…cet air est un trio… le dessus instrumental est assuré par le premier hautbois et les deux parties de violons à l’unisson. Planant dans l’aigu, leurs phrase se gorge de petits ornements… Quant au ténor, il dialogue avec les instruments, mais sur une thématique différente, tandis que les instruments poursuivent leurs manifestations joyeuses entrecoupées de longues tenues ».
ISOYAMA : «…Jésus lui-même, avec le motif de marche entrant au début de l’aria, semble apparaître devant nos yeux !Un motif éblouissant émerge dans les parties instrumentales et, dans les parties vocales, le mot « merken - se révèle » est, souligné…»
LEMAÎTRE : «…unisson dons et du hautbois. Cette page en trio se fonde dans une structure bipartite…»
MACIA [Tout Bach, pages 249/250] : «…au début de l’aria, les trois hautbois et les violons à l’unisson semblent saluer l’arrivée du Christ sur un tempo allant en ré mineur…» 
NYS, Carl de : « On est presque surpris d’entendre [à la suite du récitatif n° 4] une aria qui débute en ré mineur, mais on s’aperçoit rapidement que cette tonalité n’a pas de signification expressive, qu’elle module beaucoup en majeur et d’ailleurs l’accumulation de certaines figures rapides crée un climat de joie. Dans la version de Weimar cette aria comportait un hautbois d’amour obligé ; dans la version de Leipzig, Bach a remplacé celui-ci par une partie pour hautbois et violons à l’unisson ».
SCHWEITZER [J. S. Bach, volume 2, page 152] : « Le hautbois, dans cette aria, joue le « motif de la joie ».


6] CHORALCHORSATZ. BWV 186/6
OBS SICHS ANLIEß, ALS WOLLT ER NICHT, / LAß DICH ES NICHT ERSCHRECKEN; | DENN WO ER IST AM BESTEN MIT, / DA WILL ERS NICHT ENTDECKEN. | SEIN WORT LAß DIR GEWISSER SEIN, / UND OB DEIN HERZ SPRÄCH LAUTER NEIN, / SO LAß DOCH DIR NICHT GRAUEN !

Bien qu’il semble ne pas vouloir, / ne t’en inquiète pas; / Car c’est lorsqu’il est le plus au milieu de nous / qu’il ne veut pas le faire paraître. / Laisse sa parole gagner en certitude pour toi / et même si ton cœur montre résistance, / Ne redoute point.

Strophe 12 du choral „Es ist das Heil uns kommen her“. Wittenberg 1524.

Fa majeur (F), 40 mesures, C
BGA. Jg. XXXVII. Pages 136 à 140 | Oboe I. | Oboe II. | Violino I. – Violino II. | Viola. | Soprano. | Alto. | Tenore. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Parties instrumentales indépendantes avec ritournelles encastrées. Cantus firmus au soprano.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 288/289] : « strophe réalisée avec une large participation instrumentale, en confiant au soprano la mélodie, et aux autres voix des interventions en valeurs de temps abrégées et homorythmique ou en imitation suivant le principe de la fantaisie sur choral ».
BOMBA : «…Choral identique au n° 11 au niveau musical - pas de mouvement à quatre voix mais des arrangements rappelant le motet avec des attaques du cantus firmus sur une ^phrase instrumentale autonome ».
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach. pages 309/310] : «…Élaboration chorale : Mélodie de choral (MDC) 030 de type II. Ritournelle instrumentale indépendante, cantus firmus au soprano… élaboration selon la technique « ponts », technique caractéristique de cette période (1723), avec renvoi aux cantates BWV 24, 75, 76, 147, 167) ».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, page 759] : «…forme Bar (AAB), le timbre du choral est exposé période par période, en cantus firmus par le soprano, et commenté par les autres voix en diminutions…Tout l’ensemble instrumental introduit et escorte le chant en une sinfonia à six parties réelles qui répète inlassablement un petit motif ornemental, sorte de broderie de six doubles croches…»… «… Bach, qui n’a pas repris le choral d’origine, a ajouté deux strophes de choral pour conclure chacune des deux parties [de la cantate], non pas en simple harmonisation homophone, mais dans une élaboration concertante identique pour chacune d’elle [6 et 11] ».
ISOYAMA : «…le choral est entendu avec un prélude et un interlude instrumentale. Dans les parties instrumentales, le hautbois et les cordes jouent de brefs motifs en opposition continuelle ».
MACIA [Tout Bach, pages 249/250] : «…La mélodie du choral, harmonisée à 4 voix, est insérée dans une symphonie instrumentale allègre, avec un motif insistant formé de six doubles croches…» 
NYS, Carl de : «…un choral figuré dont la partie instrumentale assez développée, est confiée à l’ensemble de l’orchestre : le matériau thématique n’est pas emprunté directement à la mélodie du cantique chanté… Ce chœur n’est pas homophone, seule la partie de soprano chante la mélodie, les trois autres développent autour et à partir de celle-ci une polyphonie libre, riche, en notes plus rapides : les imitations entrez la mélodie et les contrepoints des autres voix sont évidemment symboliques ».
SPITTA [Johann Sebastian Bach, volume 2, pages 358 à 360] : « Le choral avec lequel se conclut la première partie de la cantate est d’un grand intérêt. Ici, pour la première fois, nous rencontrons une fantaisie choral transférée à la musique vocale. Un morceau instrumental tout piété et d’un innocent caractère est joué par les violons et les flûtes, avec la basse, se répondant les uns les autres ; et la mélodie de « Es ist das Heil uns kommen her », plane sur la strophe « Ob sichs anliess, als wollt er nicht - Bien qu’il semble ne pas vouloir, ne t’en inquiète pas », etc. Le cantus firmus est au soprano, les autres voix sont en contrepoint, le plus souvent en imitation, la mélodie en diminution…»


ZWEITER TEIL
7] REZITATIV BAß. BWV 186/7
ES IST DIE WELT DIE GROßE WÜSTENEI; / DER HIMMEL WIRD ZU ERZ, DIE ERDE WIRD ZU EISEN, / WENN CHRISTEN DURCH DENN GLAUBEN WEISEN, / DCHRISTI WORT IHR GRÖßTER REICHTUM SEI; / DER NAHRUNGSSEGEN SCHEINT / VON IHNEN FAST ZU FLIEHEN, / EIN STETER MANGEL WIRD BEWEINT, / DAMIT SIE NUR DER WELT SICH DESTO MEHR ENTZIEHEN ;
DA FINDET ERST DES HEILANDS WORT, / DER HÖCHSTE SCHATZ, / IN IHREN HERZEN PLATZ : / JA, JAMMERT IHN DES VOLKES DORT, / SO MUß AUCH [variante : „es“] HIER SEIN HERZE BRECHEN / UND ÜBER SIE DEN SEGEN SPRECHEN.

Le monde est le grand désert; / Le ciel devient airain, la terre devient fer / lorsque les chrétiens montrent par la foi / que la parole du Christ est leur plus grande richesse ; / L’abondance en nourriture semble / presque leur échapper, / on déplore une constante pénurie / afin qu’ils puissent se détacher encore plus du monde ; / Ce n’est qu’à ce moment que la parole du Sauveur, / le plus grand trésor, / trouve place dans leur cœur ; / Oui, là où son peuple lui fait pitié, / son cœur ne peut que se briser / et il leur dispense alors sa bénédiction.

Mi bémol majeur (Es) → Si bémol majeur (B), 19 mesures, C
BGA. Jg. XXXVII. Pages 141/142 | RECITATIV. |Violino I. | Violino II. | Viola. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Récitatif accompagné avec arioso.

CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, page 760] : «…la conclusion de ce récitatif accompagné est traitée en arioso…»
GARDINER : «…Puissant accompagnato de basse mettant l’accent sur le monde en tant que désert…»
ISOYAMA : «…seule pièce accompagnée par les cordes… Les mots à la fin « Den Segen sprechen » en arioso, sont accompagnés par un motif remarquable aux cordes en chœur ».
NYS, Carl de : « La seconde partie débute par un vaste récitatif qui est accompagné par les cordes et lui donne ainsi, après l’homélie, une plus grande solennité ; comme il est chanté par la basse, il s’agit d’une sorte de « voix de Dieu » …Ce récitatif se transforme en véritable arioso avec une figuration très expressive sur le mot « Segen - bénédiction », au moment de la modulation majeure exprimant le mouvement de l’âme vers la parole de Dieu ».
PIRRO [L’esthétique de Jean-Sébastien Bach – Direction des motifs, page 36] : «…en juxtaposant es motifs de sens contraires , Bach en arrive à interpréter l’idée d’opposition. Il signale de manière saisissante la différence entre les adverbes de lieu ici et là, et traduit distinctement ces mots : « A droite, à gauche ». [+ Exemple musical sur « Jammert ihn des Volkes dort, so muss es hier ».
Renvoi à la cantate. BWV 24/4 et BWV 96 / page 180.
[La formation rythmique des motifs, page 103] : «…Motif rythmique ; courtes formules qui ont l’aménité charmante, l’élan d’un geste de bienvenue, à la fois souple et empressé… » [ + Exemple musical sur les mots « den segen sprechen », BG. XXXVII, page 142].
[Les formes, page 298] : « Dans la cantate BWV 186, un récit de basse, qui commence par des imprécations, se termine par un arioso. Composé de formules d’accueil, il est accompagné d’une basse uniforme qui annonce le repos, tandis que les instruments dessinent une série d’arabesques harmonieuses, au triple contour, qui se suivent comme de petits nuages clairs dans un ciel tiède ». Renvoi à BG. XXXVII, page 141.


8] ARIA SOPRAN. BWV 186/8
DIE ARMEN WILL DER HERR UMARMEN / MIT GNADEN HIER UND DORT; / ER SCHENKET IHNEN AUS ERBARMEN / DEN HÖCHSTEN SCHATZ, DAS LEBENSWORT.

Le Seigneur étreindra les pauvres / dans sa grâce, en tous lieux ; / Il leur offre par miséricorde / le trésor le plus grand, la Parole de vie.

Sol mineur (g moll), 47 mesures, C
BGA. Jg. XXXVII. Pages 142 à 145 | Violino I. II. all‘ unisono. | Soprano. | Continuo. Dal Segno (reprise aux mesures 2 à 7 du prélude).
NEUMANN. Trio et forme bipartite avec ritournelle. Renvoi à la cantate BWV 186a/4.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 288/289] : Renvoi au mouvement n° 5.
BOMBA : «…Dans l’air n° 8, les violons viennent flanquer le soprano. Ces violons ainsi que la basse jouent en figurations spectaculaires qui descendent en triples accords et repartent vers les hauteurs en saut d’octave - une image de l’ »étreinte » du Seigneur dont il est question dans le texte ? »
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, page 760] : «…comme l’aria n° 5, cet air très expressif est traité en trio… sauts ascendants, montées chromatiques insolites… Ce sont ces éléments motiviques qui font la substance de tout le morceau, portés par une basse animée, presque impétueuse…»
GARDINER : «…éclatante série de gestes musicaux – ainsi dans l’air n° 8, les arpèges descendants sur tétracorde du continuo pour représenter les pauvres « die Armen » que Dieu veut « embrasser » (jeu de mots sur « umarmen ») auxquels répond une montée chromatique développée aux violons…»
ISOYAMA : «…le soprano chante la compassion dont le Seigneur entoure le pauvre… Avec son emploi libre de brefs motifs et de demi-tons agités, c’est une aria très expressive ».
MACIA [Tout Bach, pages 249/250] : «…aria pour soprano avec les violons à l’unisson et la basse continue, en sol mineur, développe un rythme balancé très expressif et se veut réconfortante…»
NYS, Carl de : «…une page concertante en trio… on peut constater la superposition de deux éléments : une sorte de motif enveloppant (signifiant l’embrassement) et des séquences chromatiques symbolisant la pauvreté et l’abandon de l’âme mais aussi la miséricorde divine) ».
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien Bach – Le commentaire de l’accompagnement instrumental, page 151] : «…Des arabesques largement contournées, ou bien enroulées en spirale, ondulent dans l’accompagnement [B. c.], quand le mot « umarmenétreindre, embrasser » passe dans le texte ». [+ Exemple musical, BG. XXXVII, page 142].
ROBERT : « Je ne vois pas qu’on puisse attribuer une signification bien particulière aux montées chromatiques des violons dans les ritournelles de l’air de soprano…»
[Dans son ouvrage à peu près contemporain à, celui de Pirro (1909), « Le descriptif chez Bach », Gustave Robert se livre ici comme dans d’autres cantates, à la réfutation des hypothèses émises par l’auteur de L'esthétique de Jean-Sébastien Bach. (1907).


9] REZITATIV ALT. BWV 186/9
NUN MAG DIE WELT MIT IHRER LUST VERGEHEN; / BRICHT GLEICH DER MANGEL EIN, / DOCH KANN DIE SEELE FREUDIG SEIN. / WIRD DURCH DIES JAMMERTAL DER GANG / ZU SCHWER, ZU LANG, / IN JESU WORT LIEGT HEIL UND SEGEN. / ES IST IHRES FUßES LEUCHTE UND EIN LICHT AUF IHREN WEGEN. WER GLÄUBIG DURCH DIE WÜSTE REIST, / WIRD DURCH DIES WORT GRTRÄNKT, GESPEIST; / DER HEILAND ÖFFNET SELBST, NACH DIESEM WORTE, / IHM EINST DES PARADIESES PFORTE, / UND NACH VOLLBRACHTEM LAUF / SETZT ER DEN GLÄUBIGEN DIE KRONE AUF.

Le monde et ses plaisirs peut à présent disparaître ; / Le dénuement peut survenir aussitôt, / mais l’âme peut s’en réjouir. / Si la traversée de la vallée des pleurs [larmes] / est trop dure et trop longue, / le salut et la bénédiction dans la parole de Jésus, / sa parole est une lampe à nos pieds, une lumière sur notre sentier. / Celui qui traverse le désert dans la foi / sera abreuvé et nourri par cette parole ; / Selon cette parole, le Sauveur lui ouvrira lui-même / les portes du paradis / et une fois que le croyant aura accompli sa marche [Teldec : « accompli le parcours »], / il posera la couronne sur son front.

Citation du psaume 119, 105 [PBJ. 918] Confitemini Domino : « Une lampe sur mes pas ta parole, une lumière sur ma route ». Dans la cantate : « sa parole est une lampe à nos pieds, une lumière sur notre sentier ».
Ut mineur (c moll) → mi bémol majeur (Es), 19 mesures, C
BGA. Jg. XXXVII. Pages 145 | RECITATIV. | Alto. | Continuo. Adagio mesure 6 sur les mots „in Jesu Wort“.
NEUMANN. Recitatif secco avec éléments arioso.

MACIA [Tout Bach, pages 249/250] : « de multiples passages arioso agrémentent ce bref mouvement…»
NYS, Carl de : « Un récitatif où alternent le secco et l’arioso…»
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien BachDirection des motifs, page 38] : «…S’il est question dans le texte de couronnes ou de guirlandes, les notes se groupent en arabesques enveloppantes, dont l’ordonnance fait image » [+ Exemple musical, BG. XXXVII, page 145]. Renvois sur le même mot « Kröne », aux cantates BWV 16/3, 57/1 et 158/2.
WHITTAKER [The Cantatas of Johann Sebastian Bach, volume 1, pages 200 à 207] : « Le texte du récitatif secco pour alto est, grâce à Dieu largement supérieur à ceux des autres récitatifs et Bach saisit l’opportunité d’un recours fréquent à l’usage du « motif de la démarche » [stepe -motive] ».
[le thème de la „vallée de larmes - Jammertal“ est fréquemment évoqué dans les textes des cantates de Bach; voir par exemple la cantate BWV 114/2].


10] ARIE. DUETT SOPRAN, ALT. BWV 186/10
LSEELE, KEIN LEIDEN / VON JESU DICH SCHEIDEN, / SEI, SEELE, GETREU ! / DIR BLEIBET DIE KRONE / AUS GNADEN ZU LOHNE, / WENN DU VON BANDEN DES LEIBES NUN FREI.

Ô mon âme, ne permets à aucune souffrance / de te séparer de Jésus, / sois fidèle, mon âme ! / Ta récompense sera / la couronne de grâce / lorsque tu seras libérée des liens de la chair.

Ut mineur (c moll), 212 mesures, 3/8
BGA. Jg; XXXVII. Pages 146 à | 154 | ARIE. (Duett.) |Oboe I. | Oboe II. | Taille. | Violino I. | Violino II. | Viola. | Soprano. | Alto. | Continuo.
NEUMANN. Interventions instrumentales encastrées. Canon vocal et ritournelle de seize mesures en tête et à la fin du morceau; caractère de gigue. Renvoi à la cantate BWV 186a/5.

BASSO [Jean-Sébastien Bach. Tome 2, page 274] : « Rythme de danse, ici celui d’une gigue ».
[volume 2, pages 288/289] : «…un admirable duo pour soprano et contralto, en rythme de gigue - une galanterie, donc - où les voix suivent un tracé parallèle ou, par instant en canon (également par mouvement contraire), soutenues par trois voix instrumentales homogènes ».
BOMBA : «…sorte de mouvement dansant accompagné par l’ensemble de l’orchestre, des instruments à vent en bois et des cordes. Les voix chantées s’enchaînant indéfiniment les unes aux autres, symbolisent l’image retrouvée dans le texte qu’aucune souffrance ne saura séparer l’âme de Jésus ».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, page 761] : «…une longue ritournelle de seize mesures ouvre et referme ce morceau. En mètre de sicilienne, c’est un paisible trio sur basse continue, où les trois parties de cordes sont doublées par les hautbois et la taille. Atmosphère pastorale d’une paix tranquille et sereine… les deux solistes interviennent en homophonie, sur le motif de la ritournelle, en alternance avec les instruments… avec épisodes en imitations ».
GARDINER : « Comme bien souvent, il se passe sous la surface de la musique bien plus de choses qu’on ne l’imaginerait de prime abord – une tension (délibérée ?) entre figures musicales et Affekt sous-jacent, mais aussi, sans aucun doute, un aspect relevant de la symbolique des nombres et dont témoigne l’étrange structure (treize mesures) du duo pour soprano et alto (n° 10), gigue en ut mineur avec pupitres de cordes et hautbois au complet, dans laquelle l’injonction cruciale « Sei, Seele, getreu ! » est gardée en réserve jusqu’aux toutes dernières deux mesures…»
[Dommage que cette « étrange » structure de 13 mesures n’ait pas été explicité... Arthur Hirsch (opus. cité) a identifié la structure suivante : « (32)-20-32-32-32-32-(32) = 212 (mesures) » [?]
LEMAÎTRE : «…dernière page concertante… un magnifique duo… accompagné par l’ensemble de l’orchestre dans lequel les voix cheminent de façon parallèle ou en canon sur un rythme de gigue (à 3/8) ».
MACIA [Tout Bach, pages 249/250] : «…duetto très dansant à 3/8… avec tout l’orchestre, où le traitement des voix est homophonique, comme pour marquer l’approbation unanime du propos chanté : « Ne laisse, ô mon âme, aucune souffrance te séparer de Jésus ». 
NYS, Carl de : «…page orchestrale dont le rythme, nettement dansant - une gigue à 3/8 - n’est pas sans évoquer le caractère pastorale des œuvres liturgiques de Bach liées à Noël ; elle rappelle ainsi l’origine de l’œuvre… la marche très rigoureusement parallèle des deux parties vocales traduit la volonté de l’âme de ne se laisser séparer de Jésus par aucune circonstance ». 
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien BachLes formes, page 317] : «…Parmi les duos auxquels Bach a donné le caractère des Ais à deux français, on peut citer le duo de la cantate BWV 186, l’Et misericordia du Magnificat, pour alto et ténor…»
SCHWEITZER [J. S. Bach, volume 2, page 401] : « Des exemples de « tempi » vraiment rapides seront trouvés dans les cantates BWV 186/10, BWV 20/6 et BWV 155/4…»
SPITTA [Johann Sebastian Bach, volume 2, pages 358 à 360] : « Les trois arias rivalisent les unes les autres en profondeur et en intensité, mais le joyau des mouvements pour soliste est le duo en ut mineur pour soprano et alto… C’est le rythme d’une gigue, d’une grâce mélancolique, que l’on rencontre précisément dans tant de pièces de Bach, un mouvement de danse… »
WHITTAKER [The Cantatas of Johann Sebastian Bach, volume 1, pages 200 à 207] : « Le mouvement conclusif [avant le choral] de cette cantate [assez inégale] est le splendide duo pour soprano et alto, sans aucun doute conçu à Weimar, quoique remodelé, comme la présence d’une taille l’indique. Les deux hautbois et la taille ne sont jamais indépendants des cordes ; ils sont fréquemment silencieux ou en renforcement (ripieni) de temps à autres… « Laß Seele , kein Leiden von Jesu dich scheiden, sei, Seele getreu - Ô mon âme, ne permets à aucune souffrance / de te séparer de Jésus, / sois fidèle, mon âme ! » est joué de façon « dansante », tout au long de l’introduction [+ Exemple musical] ». Il y a plus de 200 mesures dans ce duo si séduisant et on ne saurait retrancher une simple mesure…»


11] CHORAL. BWV 186/11
DIE HOFFNUNG WART’ DER RECHTEN ZEIT, / WAS GOTTES WORT ZUSAGET. / WENN DADS GESCHEHEN SOLL ZUR FREUD, / SETZT GOTT KEIN GEWISSE TAGE. / ER WEIß WOHL, WENN‘S AM BESTEN IST, / UND BRAUCHT AN UNS KEIN ARGE LIST, / DES SOLLN WIR IHM VERTRAUEN.

L’espérance attend que vienne l’heure / que promet la parole de Dieu. / Pour que cette heure nous apporte la joie, / Dieu ne fixe pas de date à sa venue. / Il sait bien quand cela sera le mieux / et n’use pas de perfidie à notre égard. / Aussi nous devons lui faire confiance.

Strophe 11 du choral „Es ist das Heil uns kommen her“.
Fa majeur (F), 40 mesures, C
BGA. Jg; XXXVII. Le choral final n‘est pas dans l‘autographe et ne figure pas non plus dans l‘édition de la BGA.
NEUMANN. Distribution comme le sixième mouvement.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 288/289] : « On présume que la seconde partie [de BWV 186], qui dans le manuscrit autographe, ne porte pas de choral [voir la partition BGA.], se concluait, elle aussi [comme le mouvement choral n°6], sur une strophe, la onzième, du cantique de Speratus ».
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach. pages 309/310] : « Identique au mouvement 6 : élaboration chorale : Mélodie de choral (MDC) 030 de type II. Ritournelle instrumentale indépendante, cantus firmus au soprano…… élaboration selon la technique « ponts », technique caractéristique de cette période (1723), avec renvoi aux cantates BWV 24, 75, 76, 147, 167) ».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach, page 762] : «…Tout porte à croire que, comme dans d’autres œuvres analogues, il était prévu, pour cette onzième strophe du cantique de Paul Speratus, de reprendre à l’identique, sur les nouvelles paroles, le morceau qui concluait la première partie ».
SPITTA [Johann Sebastian Bach, volume 2, pages 358 à 360] : « Dans la partition, il n‘y a pas de choral à la fin de l‘œuvre, mais, par analogie avec les cantates du premier et second dimanche après la Trinité [1723] il est possible d‘avancer avec certitude que le choral [6] de la première partie fut repris“. WHITTAKER [The Cantatas of Johann Sebastian Bach, volume 1, pages 200 à 207] : «  La partition s’achève là, mais probablement le vaste choral [du mouvement 6] aurait pu être repris avec une strophe différente ».


BIBLIOGRAPHIE BWV 186

BACH CANTATAS WEBSITE (BCW) :
AMG (All Music Guide). Notice de James Leonard.
BRAATZ, Thomas. Mélodie du choral “Es ist das Heil uns kommen her”. En collaboration avec Aryeh Oron (août 2005).
BROWNE, Francis (août 2005). Texte du choral “Es ist das Heil uns kommen her”.
BROWNE, Francis (février 2005). Texte du choral « O Gott, du frommer Gott ».
CRAIG, Smith. Notice, avril 2003 sur le NET / Emmanuelmusic.org (de Boston).
CROUCH, Simon. Notice 1996 & 1998.
EMMANANUEL MUSIC. Notice de Craig Smith.
ORON, Aryeh. Discussions 1] 6 août 2000. 2] 7 août 2005. 3] 11 août 2011.
Mélodie du choral “Es ist das Heil uns kommen her”. En collaboration avec Thomas Braatz (août 2005).

ANDERS, Nele : Notice du coffret Teldec Das Kantatenwerk, volume 43. 1989.
BASSO, Alberto: Jean-Sébastien Bach. Edizioni di Torino. 1979. Fayard 1984-1985. Volume 1, pages 34, 39, 157, 158, 407, 408, 409 et 420
Volume 2, pages 256, 268, 274, 279, 280, 282, 286, 287, 288/289, 618 et 834
BOMBA, Andreas : Notice de l’enregistrement Hänssler / Rilling / edition bachakademie, volume 56. 2000
BOYER, Henri : Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach. L’Harmattan 2002. Pages 309/310
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BREITKOPF. Recueils :
Breitkopf n° 10 : 371 Vierstimmige Choragesänge. C. Ph. E. Bach – KJ. Ph. Kirnberger (sans date). N° 289 (4, 334)
Breitkopf n° 3765 : 389 Choralgesänge für vierstimmigen gemischten Chor (sans date). Classement alphabétique. N° 87 (86, 88, 89 et 90).
CANTAGREL, Gilles: Le moulin et la rivière. Air et variations sur Bach. Fayard. 1998. Page 285
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CHAILLEY, Jacques: Les chorals pour orgue de Jean-Sébastien Bach. A. Leduc 1974. N° 65 pages 119/120. Renvoi à BWV 638
COLLECTIF : Tout Bach. Ouvrage publié sous la direction de Bertrand Dermoncourt. Robert Laffont – Bouquins. Novembre 2009
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Dans les références bibliques, apparaît sous l’abréviation « PBJ ».
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RICHTER, Bernhard Friedrich : W. Neumann. Literaturverzeichnis 45] Zur Kantate 186. Bj 1906, pages 133/134
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: J. S. Bach. Édition allemande complète, en deux volumes. 1911.
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SPITTA, Philipp : Johann Sebastian Bach. Sous-titré : « His Work and influence on the Music of Germany 1685-1750 »
Novello & Cy 1889 - Dover 1951-1952. Tome II, pages 358 à 360
WHITTAKER, W. Gillies : The Cantatas of Johann Sebastian Bach. Sacred & Secular Oxford U.P. 1959-1985
Volume 1, pages 200 à 207, 238 : Volume 2, page 292
WOLFF, Christoph : Notice de l‘enregistrement de Ton Koopman. 1998
WUSTMANN, Rudolf : J. S. Bachs geistliche und weltliche Kantatentexte. Breitkopf & Härtel 1967. Pages 180 à 182
ZWANG, Philippe et Gérard : Guide pratique des cantates de Bach. R. Laffont 1982. ZK 34, pages 92 à 94
Réédition révisée et augmentée. L’Harmattan 2005


DISCOGRAPHIE BWV 186

BACH CANTATAS WEBSITE :
Discographie établie par Aryeh Oron. Elle est ici proposée sous forme sensiblement allégée avec, parfois, quelques précisions relatives aux références et aux dates. Les numéros 1] et suivants indiquent l’ordre de parution des enregistrements.
Six références (août 2000 – mai 2011) + Cinq mouvements individuels (août 2000 – avril 2011).
Exemples musicaux. Aryeh Oron (janvier 2003 – janvier 2005).

6] GARDINER (volume 4). Monteverdi Choir. English Baroque Soloists. Soprano : Katharine Fugue. Contre-ténor : Richard Wyn Roberts.
Ténor : Kobie van Rensburg. Basse : Stephan Loges. Bach Cantata-Pilgrimage. St. Marie. Haddington (GB) , 5 et 6 août 2000
Durée : 27’41. CD Soli Deo Gloria (SDG) 156. Avec les cantates BWV 187 et 107
+ un motet de Kuhnau/ Bach « Der Gerechte kommt um ».
2] HARNONCOURT (volume 43). Tölzer Knabenchor. Concentus Musicus Wien. Soliste soprano du Tölzer Knabenchor Helmut Wittek.
Alto : Paul Esswood. Ténor : Kurt Equiluz. Basse : Robert Holl. 1989. Durée : 27’16.
Disque Teldec 6. 35836-00-501503 (SKW 43/1-2). Das Kantatenwerk. Record Service GmbH. Warner, volume 43. 1989
CD (D) Teldec 4509-91764 2. Das Kantatenwerk - Sacred Cantatas. Volume 10. Coffret de six CD avec les cantates BWV 183 à 200
CD Teldec 8.35836 ZL 244179-2. Das Kantatenwerk, volume 43. 1989
Reprise Bach 2000. Teldec 25706. Coffret de 15 CD. Septembre 1999. Cantates BWV 1 à 14 et BWV 16 à 47
Reprise CD Warner Classics 8573-81154-5. Intégrale en CD séparés, volume 56. 2007
3] KOOPMAN (volume 6). Amsterdam Baroque Orchestra & Choir. Soprano : Ruth Ziesak. Alto : Elisabeth von Magnus. Ténor : Paul
Agnew. Basse : Klaus Mertens. Waalse Kerk. Amsterdam (NL). Avril et septembre 1997. Durée : 29’23
Coffret de trois CD Erato 3984-21629-2. 1998
Reprise en coffret Antoine Marchand. Challenge Classics CC 72206. 2005. Avec les cantates BWV 50 et Appendix, 104, 69a.
Reprise, Net, format MP3 Download. 2007
5] LEUSINK. Holland Boys Choir / Netherlands Bach Collegium. Soprano : Ruth Holton. Alto : Sytse Buwalda. Ténor :Knut Schoch.
Basse : Bas Ramselaar. Église Saint-Nicolas. Elburg (NL). Novembre et décembre 1999. Durée : 30’04
CD Bach Edition. 2000. Brilliant Classics. Volume 12. Cantates volume 6
Reprise CD Bach Edition. 2006. CD Brilliant Classic III - 93102 30/76. Avec les cantates BWV 8 et 3
Cette réédition 2006 a fait l‘objet en 2010 d‘une édition „augmentée“ : 157 CD comprenant, les partitions et 2 DVD proposant
les Passions selon saint Jean et saint Matthieu.
1] RILLING. Gächinger Kantorei Stuttgart. Bach-Collegium Stuttgart. Soprano : Arleen Auger. Alto : Helen Watts. Ténor : Kurt Equiluz.
Basse : Philippe Huttenlocher. Gedächtniskirche Stuttgart (D). Septembre 1976, janvier et avril 1977. Durée : 33’54
Disque (D). Die Bach Kantate. Hänssler Verlag. Laudate 98686.
Il s‘agit, comme l‘écrit Carl de Nys, du premier enregistrement intégral et mondiale de la cantate].
Disque (F). Erato STU 71187. Les grandes cantates, volume 8. 1979. Avec les cantates BWV 54 et 107
CD. Die Bach Kantate (volume 43). Hänssler Classic. Laudate 98896
CD Hänssler edition bachakademie (volume 56). Hänssler-Verlag 92.056. 2000
4] SUZUKI (volume 10). Bach Collegium Japan. Soprano : Miah Persson. Alto : Robin Blaze. Ténor : Makoto Sakurada. Basse : Peter Kooy
Kobe Shoin Women’s University Chapel. Japan. Février 1999. Durée : 26’01
CD BIS 951. 1999. Avec les cantates BWV 105 et 179. Distribution en France, décembre 1999.
Reprise CD BIS 300951 Digital. 30th Anniversary Edition


MOUVEMENTS INDIVIDUELS BWV 186

M-1. Mvts 1 et 11] Hans Pflugbeil. Greifswalde Bach Tage Choir. Bach-Orchester Berlin. Fin des années 1950 ou 1960.
Enregistrement ? puis CD Baroque Music Club “Soli Deo Gloria”, volume 9.
M-2. Mvt. 8] Aria pour soprano. Mary Margaret Dundore et Clavecin Edith Kilbuck. 1968. Sources ? Bande / Cassette / CD.
M-3. Mvt. 8] Vladimir Spivakov. Soprano Gaelin Gabora et Ensemble. 1974-1975. Disque Melodiya S 10-067639-40 (URSS).
M-4. Mvt. ?] Transcription pour Violoncelle baroque Yo-Yo Ma ET Ton Koopman / Amsterdam Baroque Orchestra, août 1998.
CD Sony Classics “Simply Baroque II. Avec des œuvres de Boccherini.
M-5. Mvt.10] Duos. Soprano : Sara Macliver et alto : Sally-Anne Russell. Orchestra of the Antipodes. Antony Walker. 9-13 octobre
et 10 décembre 2003. CD ABC Classics 476118-3.


DIVERS

Diffusion “Radio” :

KUIJKEN. La Petite Bande. 22 juillet 2005. Life record / Diffusion sur France Musique depuis Beaune (21)
THAMM, Hans. Collegium Musicum de Radio Stuttgart. Soprano : R. Hansmann. Alto M. Latiane. Ténor : Adalbert Kraus. Basse : ?




CANTATE BWV 186a ÄRGRE DICH, O SEELE, NICHT
3 ADVENT
Cantate pour le troisième dimanche de l‘Avent
Weimar 13 décembre 1716 [1717 ?]


DATATION BWV 186a

BCW. Weimar, dimanche 13 décembre 1717 [1716].
DÜRR. Chronologie. BWV 155 (19 janvier 1716) – BWV 70a (6 décembre 1716 – BWV 186a (13 décembre 1716) – BWV 147a (20 décembre 1716).
HIRSCH : Classement CN 28 (Die chronologisch Nummer – numéro chronologique).
NEUMANN. Weimar…1716.
BOMBA : «…troisième dimanche de l’Avent 1716 ; le fait que Bach aurait quitté Weimar dès sa sortie de prison, le 2 décembre 1717 [il y avait été enfermé sur ordre du prince régnant… pour désobéissance] donc avant le troisième dimanche de l’Avent 1717, contredit l’hypothèse souvent entendue, supposant que cette cantate ait été exécutée une année plus tard [1717]. Le fait que le texte ne fut imprimé qu’en 1717, ne signifie pas que Bach n’avait pas pu la présenter une année auparavant [donc 1716].

[Pour faire bref, un doute demeure : décembre 1716 ou décembre 1717 ? Bach a-t-il eu eu connaissance, à Weimar courant 1716, du texte de Salomon Franck avant qu‘il ne soit publié … ou a-t-il connu et utilisé ce même texte imprimé en recueil, l‘année suivante, fin 1717 ?]


SOURCES BWV 186a

Forme primitive de la cantate BWV 186 (1723 pour le 7e dimanche après la Trinité.
NBA I/1. Kritisch Bericht : Alfred Dürr 1955.
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach. page 125] : « De cette cantate…la version originale est aujourd’hui perdue. On connaît la cantate BWV 186a par son remploi en 1723… Le chœur initial et les quatre airs se retrouvent dans la cantate BWV 186. Quant au sixième morceau [5]… le choral final, c’était la huitième strophe du cantique « Von Gott will ich nicht lassen »… Bach ne l’a pas repris dans la cantate de 1723 [BWV 186].

ÉDITIONS
Reconstitution par Diethard Hellmann (Hänssler Stuttgart,1963). Pour le compte de Hänssler Verlag. Stuttgart 1963.
CARUS. Partition (32 pages) = CV 31.186/00. Partition du chœur = CV 31.186/05. Parties séparées : Violine I, Violine II, Viola, Violoncelle et contrebasse) = CV 31.189/ 11 à 14. Vents (Harmoniestimmen : Oboe I, II, Basson) = 31.186/09. Orgel = 31.186/49.


PÉRICOPE BWV 186a

Troisième dimanche de l’Avent à Weimar. Auf den dritten Advent: | Sonntag.
[Pas de musique figurée à Leipzig dans la période de l’Avent, ce qui fait que Bach a repris cette cantate (BWV 186a), en l’élargissant à onze sections, en en conservant d’importantes traces du texte primitif de Franck et en la destinant alors au 7e dimanche après la Trinité].

Épître : 1. Épître aux Corinthiens 4, 1 à 5 [PBJ. 1692] : « Qu’on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu… Or tout ce qu’on demande à des intendants, c’est que chacun soit trouvé fidèle…Laissez venir le Seigneur ; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres…»
Évangile : Matthieu 11, 2 à 10 [PBJ. 1470]. Question de Jean-Baptiste et témoignage que lui rend Jésus… : «Les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent… »

EKG. 3. Advent.
Entrée : Isaïe 40, 3 à 10 [PBJ. 1148] : « Préparez le chemin du Seigneur… Voici le Seigneur qui vient avec puissance » [annonce de Noël].
Psaume 80 : Prière pour la restauration d’Israël : « Yahvé Sabaot, reviens enfin… » (au verset 15).
Cantique = EKG 9 : « Mit Ernst, o Menschenkinder - Avec gravité, o enfant des hommes…» Même mélodie que celle du choral Von Gott will ich nicht lassen de Ludwig Helmbold (1571), au mouvement n° 6.
Épître aux Corinthiens 4, 1 à 5 et Évangile : Matthieu 11, 2 à 10.


TEXTE BWV 186a

1 à 5] Salomo Franck.
Le fac-similé du texte se trouve dans l’ouvrage de Werner Neumann : Sämtliche von J. S. Bach vertonte Texte, pages 290/291.
Titre : Evangelischen Sonn und Fest-Tages-Andachten auf…Weimarischen hof=Kappel=Music | In Geistlichen Arien…von Salomon Francken…, publié à Weimar et Jena par Johann Felix Bielken en 1717.
6] Cantique en 8 strophes (de 8 vers chacune) „Von Gott ich nicht lassen“ (1563) de Ludwig Helmbold (1532-1598) …Texte de la 8e strophe.
Mélodie (1557 ?) d‘un compositeur anonyme. Renvoi aux cantates BWV 11/11, 73/5 (avec la strophe 5) et 107/1.
Renvoi à EKG 283. Renvoi aux chorals à quatre voix BWV 417, 418 et 419.


1] CHORSATZ BWV 186a/1
ÄRGRE DICH, O SEELE, NICHT, / DAß DAS ALLERHÖCHST LICHT, / GOTTES GLANZ UND EBENBILD, / SICH IN KNECHTSGESTALT VERHÜLLT, / ÄRGRE DICH, O SEELE NICHT !
Ne sois pas contrariée, ô mon âme, / de ce que la lumière suprême, / l’éclat et l’image de Dieu / se dissimulent sous les traits d’une humble créature, / ne sois pas contrariée, ô mon âme

Renvoi à BWV 186/1.


2] ARIE BAß. BWV 186a/2
BIST DU, DER MIR HELFEN SOLL, / EILST DU NICHT, MIR BEIZUSTEHEN ? / MEIN GEMÜT IST ZWEIFELSVOLL, / DU VERWIRFST MEIN FLEHEN, / DOCH, O SEELE, ZWEIFLE NICHT, / LVERNUNFT DICH NICHT BESTRICKEN ! / DEINER HELFER, JAKOBS LICHT, / KANNST DU IN DER SCHRIFT ERBLICKEN.
Es-tu celui qui doit me secourir, / ne voles-tu pas à mon aide ? / Mon âme est en proie au doute, / peut-être rejetteras-tu mes supplications ; / Ô mon âme, pourtant ne doute point, / ne te laisse pas ensorceler par la raison. Ton Sauveur, lumière de Jacob, / tu peux l’apercevoir dans les Écritures.
Renvoi à BWV 186/3.
Instrumentation complétée dans la version de Diethard Hellmann.


3] ARIE TENOR. BWV 184a/3
MESSIAS [MEIN HEILAND] VOIR NEUMANN : ou MEIN HEILAND LÄßT SICH MERKEN / IN SEINEN GNADENWERKEN. / DA ER SICH KRÄFTIG WEIST, / DEN SCHWACHEN GEIST ZU LEHREN, / DEN MATTEN LEIB ZU NÄHREN, / DIES SÄTTIGT LEIB UND GEIST.
Mon Sauveur se révèle / dans ses œuvres de grâce. / Puisqu’il s’avère assez fort / pour instruire l’esprit faible, / pour nourrir le corps épuisé, / le corps et l’esprit en seront rassasiés.

Renvoi à la partie de Viola de la cantate BWV 186/5.
NEUMANN. Viola. Voir la reconstitution d‘Alfred Dürr, in NBA I: 1 (Kritisch Bericht) avec Oboe da caccia.


4] ARIE SOPRAN. BWV 186a/4
DIE ARMEN WILL DER HERR UNARMEN / MIT GNADEN HIER UND DORT; / ER SCHENKET IHNEN AUS ERBARMEN / DEN HÖCHSTEN SCHATZ, DAS LEBENSWORT.
Le Seigneur étreindra les pauvres / dans sa grâce, en tous lieux ; / Il leur offre par miséricorde / le trésor le plus grand, la parole de vie.

Renvoi à BWV 186/8.


5] ARIE. DUETT SOPRAN, ALT. BWV 186a/5
LSEELE, KEIN LEIDEN / VON JESU DICH SCHEIDEN, / SEI, SEELE, GETREU ! / DIR BLEIBET DIE KRONE / AUS GNADEN ZU LOHNE, / WENN DU VON BANDEN DES LEIBES NUN FREI.
Ô mon âme, ne permets à aucune souffrance / de te séparer de Jésus, / sois fidèle, mon âme ! / Ta récompense sera / la couronne de grâce / lorsque tu seras libérée des liens de la chair.

Renvoi à BWV 186/10.
Caractère de danse.


6] CHORAL. BWV 186a/6
DARUM OB ICH SCHON DULDE HIER WIDERWÄRHGKEIT | WIE ICH AUCH WOHL VERSCHULDE KOMMT DOCH DIE
EWIGKEIT || IST ALLER FREUDEN VOLL, DIE OHNE ALLER ENDE ||| UND WEIL ICH CHRITUS KENNE / MIT WIDERFAHREN SOLL
C‘est pourquoi, même si je souffre ici-bas de désagréments, comme je l‘ai bien mérité, à la fin l‘éternité va venir, remplie de joie pour toujours,

Fa majeur (F), 19 mesures, C
8e strophe et mélodie du cantique Von Gott will ich nicht lassen de Ludwig Helmbold (1571), publié à Erfurt en 1572 (Geistlich Erfurt) .
Renvoi de Neumann à la mélodie du choral de la cantate BWV 73/5. Renvoi à EKG 283 et EKG 9 (même mélodie).
Simple choral harmonisé à quatre voix.
Renvoi à J. L. Krebs, Buxtehude, BUXWV 221.

LYON, James : Ludwig Hembold 1532-1598) : Von Gott will ich nicht lassen : Cantique de la croix et de la consolation. Renvoi à BWV 417, 418, 419 et BWV 658. Sur un autre texte „Was willst du dich betrüben“ la mélodie sera aussi exploitée dans les cantates BWV 107 au titre éponyme, BWV 11/11.


BIOGRAPHIE BWV 186a

BCW (Bach Cantatas Website) :
BROWNE, Francis : Texte du cantique „Von Gott will ich nicht lassen“. Février 2010.
CROUCH. Notice. 1998.
EMMANUEL MUSIC. Michael Beattie & Craig Smith.
ORON, Aryeh : Discussions. Voir ci-dessus la cantate BWV 186.

BACH COMPENDIUM ou Répertoire analytique et bibliographique des œuvres de Jean-Sébastien Bach. Hans Joachim Schulze et Christoph Wolff = Bach-Compendium : analytisch-Bibliographisches Repertorium der œuvre Johann Sebastian Bach. Editions Peters. Francfort sur Le Main. Éditions Peters.1985. BWV 186a = BC A 5.
CANTAGREL, Gilles : Les cantates de J.-S. Bach. Fayard. 2010. Page 125
DÜRR, Alfred : Die Kantaten von J.-S. Bach. Bärenreiter. Kassel 1974. Volume 1, pages 103/104
LYON, James : Johann Sebastian Bach. Chorals. Sources hymnologiques des mélodies, des textes et des théologies
Beauchesne. Octobre 2005. Page 67. Incipit de la mélodie  Von Gott will ich nicht lassen“ = M 115, page 279
NEUMANN, Werner : Handbuch der Kantaten Johann Sebastian Bachs.VEB. Breitkopf & Härtel Musikverlag Leipzig 1971. Page 196
: Sämtliche von J. S. Bach vertonte Texte. VEB Leipzig 1974. Pages 25 et fac-similé aux pages 290/291
ZWANG, Philippe et Gérard : Guide pratique des cantates de Bach. R. Laffont 1982. BWV 186. ZK 34. Page 93 
Réédition révisée et augmentée. L’Harmattan 2005


DISCOGRAPHIE BWV 186a

Pas d‘enregistrement connu.

DIVERS
Diffusion „Radio“ :
Radio Cologne (ex RFA), ca 1960 : Diethard Hellmann. Bach Orchester & Bach Choir Mainz. Agnès Giebel. J. Gross. K. Markus. E. Schramm.
Durée: 20‘


C. Role. Juillet 2011

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Last update: July 28, 2011 19:30:00