AVERTISSEMENT
Cette
notice dédiée à une cantate de Bach tend à
rassembler des textes (essentiellement de langue française),
des notes et des critiques discographiques parfois peu accessibles
(2011). Le but est de donner à lire un ensemble cohérent
d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes
francophones un panorama « espéré »
élargi de cette partie de l’œuvre
vocale de Bach. Outre les quelques « interventions « CR »
signalées par des crochets [...] le rédacteur précise
qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté
le nom des auteurs sélectionnés dans la bibliographie.
A cet effet il a indiqué clairement, entre guillemets «…»
toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux.
Rendons à César...
ABRÉVIATIONS
(A)
= La majeur →
(a moll) = la mineur
(B)
= Si bémol majeur
BB
/ SPK = Bach Bibliothek / Staatsbibliothek
Preussicher
Kulturbesitz
B.c.
= Basse continue ou continuo
BCW
= Bach Cantatas Website
BD
= Bach-Dokumente (4 volumes, 1975)
BGA
= Bach-Gesellschaft Ausgabe = Édition par la Société
Bach (Leipzig, 1851-1899). J.
S. Bach Werke. Gesamtausgabe
(édition d’ensemble) der
Bachgesellschaft
BJ
= Bach-Jahrbuch
(C)
= Ut majeur →
(c moll) = ut mineur
D
= Deutschland
(D)
= Ré majeur →
(d moll) = ré mineur
(E)
= Mi →
(Es) = mi bémol majeur
EKG
= Evangelisches
Kirchen-Gesangbuch.
(F)
= Fa
(G)
= Sol majeur→
(g moll) = sol
mineur
GB
= Grande-Bretagne = Angleterre
(H)
= Si →
(h moll) = si mineur
NBA
= Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de
Bach à partir des années 1954-1955)
NBG
= Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach
(fondée en 1900)
OP
= Original Partitur = Partition originale autographe
Ost.
= Original Stimmen – Parties séparées originales
P
= Partition = Partitur
PBJ
= Petite Bible de Jérusalem
PKB
= Preußicher Kulturbesitz, Staatsbibliothek, Berlin
St.
= Parties séparées = Stimmen
La
première lettre -en gras- d’un mot du texte de la
cantate indique la majuscule de la langue allemande. Dans le corps de
ce même texte allemand, le mot ou groupe de mots mis en
italiques
désignent un affect particulier ou un « accident
remarquable.
DATATION BWV 20
Leipzig,
11 juin 1724.
BASSO
: « La cantate porte en italien le nom de « Concerto ».
Année classée II (11 juin 1724 - mai 1725) ».
DÜRR.
Chronologie 1724 : BWV 184 (reprise, 30 mai) – BWV 194 (
reprise, 4 juin) – BWV 165 (reprise, 4 juin) - *BWV 20 (11
juin). BWV 2 (18 juin) – BWV 7 (24 juin (Saint-Jean) - BWV 135
(25 juin).
HERZ
: Ancienne datation : 1723-1727.
HIRSCH
: Classement CN 77 (Die chronologisch Nummer = numéro
chronologique). « Année II. Deuxième cycle
des cantates de Leipzig dans la période allant du 11 juin 1724
au 27 mai 1725 = 2. Jahrgang – Choral –Kantaten. Anfang
des 2. Leipziger Kantaten Jahrgangs.
NYS,
Carl de : « Cantate importante que cette cantate BWV 20
destinée au dimanche suivant la Trinité, c'est-à-dire
le 11 juin 1724, alors que Bach achevait sa première année
de fonctions à Saint-Thomas de Leipzig, car elle ouvre le
fameux cycle de cantates « chorales. »
SCHMIEDER
: « Cantate écrite entre 1723 et 1727. Elle a pu
être à nouveau exécutée en 1735 (Aryeh
Oron) ».
SPITTA
[Johann Sebastian Bach,
volume 2, Appendix, page 680/681] : Pour la période allant de
1723 (Leipzig) jusqu’à octobre 1727, le filigrane de
l’autographe est sur une moitié du feuillet la marque
« IMK » et sur l’autre moitié une
« demi-lune ». C’est donc pour Spitta une
cantate de la période de Leipzig, même si des filigranes
différents se retrouvent à la même période.
Suit la liste des 41 cantates repérées par Spitta,
cantates possédant le même filigrane.
BACHDISCOGRAPHIE
(Net) : Exécution des sections 1 à 6 et 11 dans le
cadre des Choralkantaten-Jahganges, sous la direction du
Thomaskantor
A. E. Müller, en 1802 (sans précision), à Leipzig.
SOURCES BWV 20
La
« database » du « Catalogue Bach de
l’Institut de Göttingen » en connexion avec les
« Bach Archiv », est un instrument de travail
exceptionnel (langue anglaise et allemande seulement) mais d’un
usage pas toujour aisé pour le lecteur français.
L‘adresse
est : (http: //www.bach;gwdg.de/bach_engl.html).
BWV
20 : environ une dizaine de références. Une copie, dûe
à F. Hauser (première partie du 19e
siècle), est signalée sous la référence
DB Mus. Ms. Bach P 1159/XVI. Faszikel 7.
PARTITION
AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR
Privatbesitz.
Partition autographe [Wolfgang Schmieder 1973] : MP
(pour « Musikbibliothek Peters, Leipzig ») :
Msa R Nr. 4. 6 cahiers reliés, 21 feuilles (la mise à
jour, après 1945 n’a pas été faite).
La
partition [vendue par Peters vers 1945 ?] serait dans une collection
privée américaine, à New York, avec la cantate
BWV 2 [voir ci-dessous à Alberto Basso].
Titre
de couverture : “Domin.
1 post Trinit: | O
Ewigkeit du Donner Wort etc. | â | 4 voc : |
Tromba |
3. Hautbois : 2
Violini | Viola | è | Continuo |
di Sign : | Bach.”
Titre
en tête : “JNDNJC
Concerto Dominica 1 post Trinitat”.
La
partition a successivement appartenu à Wilhelm Friedmann Bach
puis par vente (aux enchères) à Carl Philipp Heinrich
Pistor (1778-1847). Son gendre Adolf Rudorff Pr. (1803-1873 - Berlin)
en hérite après 1847 puis le fils de ce dernier, Ernst
Rudorff (1840-1916). Acquise après le décès de
son propriétaire par la « Musikbibliothek Peters en
1917 » la cantate, objet d’une nouvelle vente (1945
?) passe dans une collection particulière américaine
non localisée.
BASSO
[Jean-Sébastien
Bach, volume 1, page
34 et volume 2, pages 342/343] : « Partition autographe
dans une collection américaine non identifiée, jointe à
la cantate BWV 2.
SCHMIEDER
: 6 feuillets en recueil; 21 pages de musique. Propriété
de E. Rudorff puis Bibliothèque Peters.
PARTIES
SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN
St
Thom L. Musikbibliothek
der Stadt Leipzig, Thomasschule, Bach-Archiv).
Source :
Bach.gwdg.de/Bach : D LEB Thomana 20. Copistes : J. A. Kuhnau. J. S.
Bach. C. G. Gerlach (= Anon Ij) + Anonyme Io.
HERZ
: Le copiste est Johann Andreas Kuhnau né en 1703 – mort
? (neveux ou petit-fils du cantor Johann Kuhnau), à Leipzig à
partir du 7 février 1723. Filigrane “IMK”
à la demie lune.
SCHMIEDER
: Corrections autographes de la main de J.-S. Bach.
[Spitta,
quand il cite le filigrane, ne précise pas s’il a eu
entre les mains la partition autographe ou les parties séparées].
ÉDITIONS
SOCIÉTÉ
BACH =
BACH-GESELLSCHAFT
AUSGABE (BGA)
BGA.
Jg. II. (2ème
année). Pages 293 à 327. Préface et commentaires
par Moritz Hauptmann 1852. Cantates BWV 11 à 20.
[La
partition de la BGA / Breitkopf est dans le coffret Teldec de
l’enregistrement de Nikolaus Harnoncourt, volume 5. 1972].
NOUVELLE
ÉDITION BACH =
NEUE BACH AUSGABE
(NBA)
KANTATEN
SERIE I/ BAND 15. KANTATEN ZUM TRINITATISFEST UND ZUM 1. SONNATAG
NACH TRINITATIS
Bärenreiter
Verlag BA 5029. 1967. 2/19875. 6 fac-similés.
BWV
20. Pages 135 à 178. Oboe III. [Fin 6 et fin de la cantate].
Johann Andreas Kuhnau. Thomasschule.
Avec
les cantates BWV 165, 194, 176, 129, 75 et 39.
Kritischer
Bericht (commentaires, 1968). BA 5029 41 par Robert Freeman James
Webster.
AUTRES
ÉDITIONS
BÄRENREITER
classics. | Bach | Bärenrteiter Urtext.
Sämtliche
Kantaten 6 | TP 1286. 2007.
Serie
I. Band 15. Kantaten zum Trinitatisfest und zum 1. Sonntag nach
Trinitatis.
BWV
20. Pages 135 à 178. Bärenrteiter
Verlag Kassel. 1967. KB 1968 : Robert Freeman James Webster.
BWV
20. Extrait Oboe III.
BCW.
Partition de la BGA. + Réduction chant et piano.
BREITKOPF
& HÄRTEL. Partition = PB 2870. Réduction chant et
piano EB 7020. Partition du chœur = ChB 2010
Révision
G. Schreck : Orchestre, voix et orgue = OB 1624.
2011.
Édition Breitkopf. Klavierauszug Réduction piano et
chant (44 pages) = EB 7020. Partition du chœur (12 pages) = ChB
4520.
CARUS.
Partition (Stuttgarter Bach-Ausgaben), 68 pages = CV 31.020/00.
Réduction chant et piano (Klavierauszug) = CV 31.020/03.
Partition du chœur (Chorpartitur) = CV 31.020/05. Harmonie
(Harmoniestimmen) = CV 31.020/09. Oboe I, II, II = CV 31.020/ 21,
22, 23. Trompette = CV 31.020/31. Violon I, II; Viola.
Contrebasse/violoncelle = CV 31.020/11, 12 et 13. Orgue = CV
31.020/49. Bach for Brass / Kantaten (2008 - volume I) = CV 31.305/00
).
KALMUS
STUDY SCORES. N° 810. Volume VI. New York 1968. Cantates BWV
20 à 22.
PETERS.
Réduction clavier : KIA Peters.
TEXTE BWV 20
Le
texte s’appuie sur le cantique de Rist O
Ewigkeit du Donnerwort (publié
à Lüneburg en 1642). 16 strophes (de 8 vers chacune).
Dans la cantate BWV 20 les mouvement 1, 7 et 11 reprennent
intégralement le texte du cantique, les autres mouvements le
citant parfois textuellement ou le paraphrasant…
Johann
Rist (1607-1667) était le fils d’un pasteur luthérien
qui étudia, la poésie, la pharmacie, le droit et la
théologie. Il acheva ses études à Leiden puis
Utrecht. Selon Dick Wursten (NET) il fut plus intéressé
par les problèmes d’esthétique que par les
questions de « Confession ». Il est remarquable
qu’il sut attirer autour de lui de nombreux coopérateurs
étant ainsi à l’origine de nombre de textes et
utilisant les mélodies de compositeurs comme Johann Schop,
Thomas Schell et Heindrich Scheideman, etc. Pasteur à
Wedel-sur-Elbe, près de Hambourg, il en fit un centre de
culture et de vie spirituelle et scientifique. Son jardin voué
aux plantes médicinales acquit une renommée mondiale.
Parmi les quelques 700 cantiques d’église auxquels il
travailla, peu furent effectivement chantés ».
Finalement seul EKG 324 (O
Ewigkeit, du Donnerwort)
a passé dans le livre de chant de l’église
luthérienne (mais souvent amputé de plusieurs
strophes), si on excepte EKG 325 (O
Ewigkeit, du Freudenwort)
qui est une parodie de Kaspar Heunisch (1620-1690), mélodie de
Johann Schop également puis de Johann Krüger
(1642-1653).
Strophe
1 (intégrale) dans BWV 20/1 – Strophe 2 dans BWV 20/2.
Strophe 3 (avec variantes de texte) dans BWV 20/3. Verset 5 et 6 (+
éléments de 4) dans BWV 20/4. Verset 9 dans BWV 20/5.
Verset 10 dans BWV 20/6. Verset 11 (intégrale) dans BWV 20/7.
Verset 13 dans BWV 20/8. Verset 14, dans BWV 20/9. Verset 16
(intégrale) dans BWV 20/11.
Des
éléments des strophes 4, 7, 8, 12 ne sont que parfois
brièvement citées.
Dans
les mouvements 2 à 6 et 8 à 10 de la cantate,
quelques citations ou paraphrases du cantique par un compilateur
inconnu (Picander ? selon Spitta).
La
strophe 1 du cantique se retrouve dans la cantate BWV 60/1 (sans la
mélodie habituelle ainsi que dans les chorals chantés
BWV 397 et 513.
La
mélodie du même titre O
Ewigkeit du Donnerwort,
attribuée à Johann Schop (Berlin, 1653) est transformée
puis publiée par par Johann Crüger (1598-1662), à
Berlin en 1653 dans le recueil Praxis
pietatis melica.
Le
numéro des strophes auxquelles renvoient parfois les
commentaires apparaissent variables en fonction des différentes
éditions du cantique. Par exemple, celle de Gottfried Vopelius
dans son Gesangbuch
(1682) ne comporte que 12 strophes, EKG (Berlin 1951) n’en
reprenant que cinq.
GEIRINGER
[Jean-Sébastien
Bach, note 112, page
363] : «…Bach employa des textes de chorals de Rist dans
ses cantates BWV 11, 20, 43, 55, 60, 78, 105, 175 et dans l’Oratorio
de Noël ».
HOFMAN
: «…Le texte est un portrait vivant et frappant de la
terreur de la damnation éternelle qui menace le pécheur…
la parabole de Jésus (Luc 16, 19 à 31) est sans
compromis.
KUIJKEN
: : «…Le texte de la cantate s’inspire fortement
de la lecture de l’Évangile de ce premier dimanche après
la Trinité… Pour inaugurer cette nouvelle année
liturgique [qui commence donc avec ce premier dimanche de juin 1724]
Bach compose une cantate de grande envergure extrêmemnt
théâtrale sur ce texte [de Rist] ».
NYS,
Carl de [Festival de Mazamet 1978] : «…Cantates chorale.
Il ne s’agit pas d’une composition de toutes les strophes
d’un cantique per
omnes versus (comme on
disait à l’époque) : en la circonstance la
première, huitième et dernière strophe du
célèbre cantique de Johann Rist (1642) sont reprises
textuellement pour le premier chœur et les deux chorals ;
les autres strophes sont paraphrasées sous forme d’airs
et de récitatifs. Il faut remarquer que le contenu du cantique
s’adapte parfaitement à l’illustration de la
parabole évangélique lue ce jour-là, celle de
l’homme riche et du pauvre Lazare ».
[Mazamet
1979] : On ne connaît pas l’auteur de
l’adaptation, donc du livret de la cantate, car seules les
strophes 1, 8 et 12 (Vopelius) ont été conservées
dans leur version originale (dans les trois chorals); les autres ont
été paraphrasées en récitatifs, arias et
duos, généralement une strophe par mouvement de
cantate ; seul le récitatif de basse [4] regroupe le
contenu de deux strophes, la quatrième et la cinquième
du cantique de Rist ».
ORON
[BCW] : l’attribution du texte « peut-être à
Picander », semble empruntée Spitta. Une erreur
fait dater BWV 60 de 1732 et non pas 1723 (inversion ?)
SCHREIER,
Manfred : «…Dans la notice allemande (CLV 71902) figure
un important paragraphe non traduit dans l’édition
française « Zur
biografie des
Kantatentexte,
Il détaillant en profondeur le cantique dont figure, à
la suite, les 16 strophes. En outre, le texte est complété
d’une analyse comportant les comparaisons par rapport aux
sources de Johann Gerhard (1606) et de Tobias Richter (1689). Travail
pratiquement illisible pour le lecteur français ».
[Texte
d’une désespérance très remarquable parmi
les livrets des cantates de Bach où la conclusion est
généralement tournée vers l’espérance.
On en cherche vainement ici la moindre trace, si ce n’est, à
la toute dernière phrase du cantique [11] quand, abruptes et
presque incongrus, viennent les mots « Ton
Ciel de joie » !]
[Le
texte intégral des 16 strophes du cantique de Johann Rist
(1642) est sur Internet « pinselpark.de/literatur »,
ou à « Johannes Rist »].
PÉRICOPE BWV 20
Premier
dimanche après la Trinité.
Epître
I : Jean 4, 16 à 21 [PBJ. 1794] : « Dieu
est amour .. que
nous ayons pleine assurance au jour du jugement…»
Évangile
: Luc 16, 19 à 31 [PBJ. 1567]. La parabole du mauvais riche et
du pauvre Lazare.
EKG :
1. Sonntag nach Trinitatis.
Introït :
« Luc 10, 16 : « Qui
vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette
et qui me rejette rejette
Celui qui m’a
envoyé [PBJ.
1554]. Psalm 13 [PBJ. 811]. Appel confiant.
Lied
99 : « Nun
bitten wir den Heiligen Geist ».
Épître : 1. Johannes 4, 16 à 21. Évangile :
Luc 16, 19 à 31.
MISSEL
ROMAIN ( pages 924 à 928).
Le
1er
dimanche après la Trinité correspond ici au 2e
dimanche après la Pentecôte. Psaume 17. Lecture de
l’Épître de saint Jean 1, 3, 13 à 18.
Évangile selon saint Luc 14, 16 à 24. Psaume 6, 5 et
12, 6.
HOFMANN
: «…Le début de cette année de cantate, le
premier dimanche après la Trinité (1724), ne
correspondait pas au calendrier de l’année liturgique
qui commence évidemment le premier dimanche de l’Avent.
Mais ce dimanche après la Trinité marque le début
du « temps ordinaire ».
NYS,
Carl de : «…Si Bach a choisi pour cette partition le
cantique O Ewigkeit, du
Donnerwort de Johann
Rist, c’est qu’il permettait d’illustrer
parfaitement l’Évangile de ce premier dimanche après
la Trinité, la parabole de l’homme riche et du pauvre
Lazare (Luc, XVI, 19-31) ».
SCHREIER,
Manfred : « …pour la même occurrence, voir
les cantates BWV 39 et 75…»
GÉNÉRALITÉS BWV
20
BASSO
: «…Fait partie des cantates conçues en deux
parties (une trentaine au maximum). (II, 341-342) : Solennelle,
respectueuse d’une cérémonie hors de l’ordinaire,
grandiose devait être l’ouverture de la nouvelle
« année ». L’œuvre se
conforme au climax
funèbre du choral (dont sont proposées trois strophes)
formant contraste avec la douceur qui avait caractérisé
la cantate BWV 75 (première année, 1723).
BOMBA
: «…Bach débuta son deuxième cycle de
Leipzig par cette cantate... Ouverture à la française,
cadre pompeux, accentué en un rythme fortement ponctué
… on verra BWV 552/1, 1068 et 1069 ».
CONDÉ
: «…La première cantate du second cycle, O
Ewigkeit, du Donnerwort,
porte le même titre qu’une cantate de l’année
précédente, BWV 60 et emploie le même choral du
poète Johann Rist. Mais alors que la cantate BWV 60 était
un “dialogue” entre la crainte et l’espoir
(respectivement l’alto et le ténor), avec l’intervention
finale de l’Esprit Saint (la basse), son homonyme BWV 20 est
une solennelle et splendide cantate de choral en deux parties.
L’éternité (Ewigkeit)
y est représentée par un rythme majestueux (croche
pointée, doubles croches) et non plus par les doubles croches
repérées de la crainte. Intéressante évolution
dans l’interprétation d’un même texte ».
CROUCH
[BCW] : «…Inévitablement cette cantate attire la
comparaison avec BWV 60. Le chœur d’entrée en
forme d’ouverture à la française est basé
sur le même cantique et la même mélodie. Souvent
l’atmosphère de la cantate évolue de l’obscurité
à la lumière mais rarement cette facture sombre
persiste aussi longtemps [après la fin de la première
partie] ».
DÜRR
: «…Forme relativement concise des récitatifs
(avec renoncement presque total aux épisodes arioso). Les deux
parties de la cantate se terminent par le même choral simple,
respectivement basé sur le texte du huitième et du
douzième verset du cantique. »
GEIRINGER
[Jean-Sébastien
Bach, page 158] : «…Le
terrifiant tableau de la mort et du châtiment dans le texte de
Johann Rist, semble avoir exercé sur Bach une fascination
particulière ».
HIRSCH
: Die Zahl im
Kantatenwerk. CN 77.
Page 17 (section 6 - chiffres 3, 9 et 14), page 20 ( 1, chiffre 5),
page 27 (section 8 – chiffre 7), page 32 (section 6 –
chiffre 9), page 35 (section 5 - 10), page 46 (section 5,- 14), page
46 (section 6 – chiffre 14), page 63 (sections 3 et nombre
84). page 109 : récapitulation. Voir aussi les sections 8
et 10.
HOFMANN
: «…Projet expérimental de Bach et de son
librettiste ainsi qu’un aperçu sur la genèse des
cantates sur un choral, à Leipzig, vers 1690 jusque vers1760,
alliage du style de cantate moderne et des cantiques traditionnels
pour les fidèles…. La musique illustre la signification
du texte… ». Le titre de cette cantate est en
réalité le deuxième emploi qui en est fait après
la cantate BWV 60 datant de 1723 ».
MACIA
[Tout Bach,
pages 102/103] : «…C’est avec cette cantate que
Bach inaugure son deuxième cycle liturgique à Leipzig.
Elle est aussi la première d'une série importante de
cantates-choral…»...«…Le ton de toute la
cantate est plutôt triste et désabusé…»
SCHREIER,
Manfred [La notice réalisée pour le compte de Claudius
Verlag est un modèle ! La traduction d’Erato-Costallat
(1972) est moins complète, en ce qui concerne le texte du
cantique et son analyse].
«…
Le choral se réfère, par de nombreux passages, à
l’Evangile du 1er
dimanche après la Trinité (parabole du mauvais riche et
de Lazare). Comparaison avec BWV 75. Dans la cantate BWV 20, la
perspective théologique est entièrement différente.
Extrait de la parabole, c’est le concept de l’infini, de
l’éternité qui devient ici l’objet unique
de la méditation. Ceci ressort déjà du titre
« Méditation
sur l’éternité infinie »
que porte le cantique « O
Ewigkeit, du Donnerwort »,
publié en 1642 par Johann Rist (et inspiré d’un
chant latin de Johann Gerhard : « de
poenorum infernolium oeternitate ».
Pour sa cantate, Bach a adapté assez librement quelques-uns
des 16 couplets que comporte le poème de Rist ».
« …Le
chœur initial de la première et de la seconde partie et
les airs de la cantate rappellent fortement certaines formes
instrumentales d’inspiration chorégraphique. Dans
l’ouverture, par exemple, se fait nettement sentir une
influence profane : celle de la musique de Cour. Elle introduit
une suite de morceaux en forme de danses, de caractères très
différents… traits typiques de certaines formes
chorégraphiques de l’époque, N°3 = menuet ;
N°5 = Allemande ; N°6 = courante ; N°10 =
Rondo. Bach a su rendre cette atmosphère sombre, terrifiante,
oppressante, par une musique hautement expressive, dont les procédés
(rythme persistant, chromatismes, audaces harmoniques) se sont
rarement trouvés réunis dans un cadre aussi restreint
que cette cantate. Le chromatisme poussé à l’extrême
comme dans l’air n°3 annonce un langage musical déjà
très proche de nous…»
WHITTAKER :
«…L’ouvrage fut probablement écrit vers
1725 ( ?) et révisé dix ans plus tard ».
DISTRIBUTION BWV 20
NEUMANN.
Solo : Alt, Tenor, Baß. – Chor. Hohe Trompete ; Oboe
I-III ; Streicher ; B.c.
SCHMIEDER.
Soli : A, T, B. Chor : S, A, T, B. Instrumente : Oboe
I, II, III ; Tromba da tirarsi (hohe Trompete in C) ; Viol.
I, II ;
Vla ;
Cont.
HARNONCOURT
: Tromba da tirarsi aux section 1, 7 et 11.
NYS,
Carl de : «…L’orchestre comporte en dehors des
cordes et de la basse continue de l’orgue, une trompette aiguë
et trois hautbois. »
APERÇU BWV 20
ERSTER
TEIL
1]
CHORALCHORSATZ. C.f.
Sopran (+ trompette). BWV
20/1
O
EWIGKEIT,
DU DONNERWORT,
/ O
SCHWERT,
DAS DURCH DIE SEELE
BOHRT, / O
ANFANG
UND [SONDER] ENDE !
| [vivace] : O
EWIGKEIT,
ZEIT
OHNE ZEIT,
/ ICH
WEIß VOR GROßER TRAURIGKEIT
/ NICHT,
WO ICH MICH HINWENDE ; | MEIN
GANZ ERSCHROCKNEN
HERZ
ERBEBT, / DAß
MIR DIE ZUNG
AM GAUMEN
KLEBT.
O
Eternité, parole foudroyante, / O glaive qui transperce l’âme,
/ O commencement sans fin ! / O Eternité, temps
intemporel, / ma tristesse est si grande / que je ne sais de quel
côté me tourner ; / Mon cœur tremble
tant d’effroi / que la langue me colle au palais.
Renvois
à :
Apocalypse
4, 1 et 5 [PBJ. 1802] :
“La voix que j’avais naguère entendu me parler
comme une trompette… des éclairs , des voix et des
tonnerres...”
Luc
2, 35 [PBJ. 1537] : “… Un
glaive te transpercera l’âme…”
Apocalypse
1, 8 [PBJ. 1799] : “C’est
moi, l’alpha et l’Oméga”
[
Épître
aux Romains 9, 2 [PBJ. 1680] : “J’éprouve
une grande tristesse…”
Job
37, 1 [PBJ. 794] : “Mon
cœur lui-même en tremble…”
Psaume
22, 16 [PBJ. 820] : “Mon
palais est sec comme un tesson , et ma langue , collée à
la machoire”.
Le
texte est celui de la première strophe du cantique
O Ewigkeit, du Donnerwort
(16 strophes de 8 vers chacune) de Johann Rist (1607-1667) écrit
en 1642 et publié dans l’ouvrage « Himlische
Lieder » :
O, Ewigkeit, du
Donnerwort.
La
mélodie (1642) attribuée à Johann Schop se
retrouve dans la cantate BWV 60 et les BWV, 397, 513 (Klavierbüchlein
d’Anna Magdalena Bach,
n° 42) 1725].
Fa
majeur (F-Dur), 106 mesures, C – 3/4 - C
A =
43 mesures, C, lent et pointé, ut.
B
= 47 mesures, 3/4. Vivace,
fa.
C
16 mesures, C, lent et pointé fa.
BGA.
Jg. II. Pages 293 à | 303 | Cantate | Am
ertzen Sonntage nach Trinitatis
| Oboe I. | Oboe II. | Oboe III. | Violino I. | Violino II. | Viola.
| Soprano. / Tromba da tirarsi col Soprano. | Alto. | Tenore. |
Basso. | Continuo.
NEUMANN.
Forme d’ouverture à la française. Chœur et
parties instrumentales indépendantes. Le cantus
firmus au soprano (+
trompette ou “Tromba da tirarsi). Hautbois I-III, cordes et
B.c. Prélude de douze mesures instrumentales.
BASSO
: «…Rythme saccadé, partie centrale contrastante
et par son mouvement (vivace
au lieu de grave)
et sa mesure (3/4 contre 4/4 de BWV 1775 de la précédente
année pour la même circonstance), auxquels s’ajoute
une certaine manière instrumentale qui, de par la présence
de trois hautbois et d’une tromba
da tirarsi doublant le
cantus firmus
du soprano, s’inspire de modèles de musique en plein
air, bien sonnante, en créant des effets de contraste,
dialogue, superposition avec le discours analogue des cordes.
Insertion du robuste choral de Rist, dont est scindée la
première strophe en trois moments : le premier et le
troisième (vers. 1-3 et 7-8) traités dans un style
grave, et le moment central (vers. 4 à 6) mené
rondement. Type d’ouverture retrouvé dans BWV 75, 97,
110, 119, 194 ».
BOYER
: «…il s’agit d’un choral (Choralchorsatz)
incrusté de type 2 dans une importante ouverture à la
française. [page 55] : Le choral est harmonisé,
mais incrusté verset par verset, chaque verset étant
séparé par des ponts instrumentaux indépendants.
Cantus firmus
confié au soprano doublé par la trompette ».… Jamais
mélodie de choral n’a été aussi parlante
en elle-même, aussi évocatrice de l’Éternité
et du ciel, une simple gamme montante pour commencer, gamme répartie
en deux échelons avec un léger repos sur le cinquième
degré. »… la mélodie […]
n’a pas retenu outre mesure l’attention de Bach malgré
sa simplicité facilement mémorisable…»
CANTAGREL
[Les
cantates de J.-S. Bach,
pages 658 à 665] :
«…page solennelle, empruntant son style et sa coupe à
l’ouverture à la française. Et pour commencer,
les rythmes pointés saccadés des cordes (croche pointée
– deux triples croches), le continuo énergique, tout
respire la grandeur. Le chœur des hautbois accompagne de
longues tenues figurant l’éternité, puis les deux
chœurs instrumentaux, bois et cordes, échangent leurs
rôles, jusqu’à l’entrée du chœur
vocal… le tempo passe à la nuance vivace
pour la fugue centrale [?] à la française – en
fait, une exposition fuguée en bicinium,
l’alerte sujet étant annoncé avec son
contre-sujet descendant chromatiquement, double motif à la
fois joie et souffrance… le choral apparaît toujours en
cantus firmus…»
DÜRR
: «…Bach confère au chœur d’entrée
la forme d’une ouverture à la française :
deux parties mesurées, solennellement pointées et en
prédominance homophone, auxquelles sont respectivement
assignés les versets 1-3 et 7-8 du cantique encadrent (1er
stoll). un épisode médian rapide et polyphone
correspondant aux versets 4-6 du cantique (2e
stoll). Au sein de cette forme traditionnelle empruntée à
l’opéra français, Bach saisit pourtant l’occasion
de développer les motifs de la partie initiale à partir
du début du cantique et d’illustrer des mots marquants
grâce à des figures musicales, comme par exemple
« erschrocken »,
au début de l’envoi, par des rythmes brefs et coupés
d’intervalles ».
GARDINER
: «…Fantaisie chorale élaborée avec
les trois hautbois dialoguant avec les cordes ; les demies
croches symbolisent l’effroi. Double fugue dans le « vivace ».
Septième diminuée puis succède un dramatique
silence. Pas d’espoir…»
NYS,
Carl de [Festival de Mazamet 1978] : «…Le premier chœur
est un chef-d’œuvre. Dans la forme de l’ouverture à
la française, avec son rythme caractéristique croche
pointée-double-croche, Bach met en œuvre la mélodie
du choral, confiée au soprano et soulignée par la
trompete aiguë ; la thématique des instruments qui
l’accompagnent et l’ornent est également dérivée
de la mélodie du cantique ; la partie centrale plus
rapide utilise un matériau original, mouvementé et
chromatique. On remarquera que l’accélération du
mouvement se fait sur le vers : « O
éternité,
temps sans temps…»
Et d’ailleurs dans toute cette page superbe, il faudrait
détailler les nombreuses représentations musicales du
texte chanté par les voix ».
[Festival
de Mazamet 1979] : «…Le grand chœur d’entrée
est une admirable mise en œuvre de la mélodie du
cantique dans la forme de l’ouverture à la française,
deux parties lentes aux rythmes pointés caractéristiques
(croche pointée-double croche) encadrent une partie rapide
centrale dans le style fugué ; la mélodie est
confiée aux voix de soprano que souligne la trompette.
HOFMANN
: «…Il entrait dans ce plan (des cantates sur un choral)
que, dans chaque cas, la première strophe du cantique soit
entendue comme un grand mouvement pour chœur avec ses mots
originaux et la mélodie courante à l’époque
et que la strophe finale –au texte et à la mélodie
inchangés- soit entendue comme un simple choral final.
Structure tripartite ; les sections extérieurs sont
lentes, une marche solennelle d’arrivée à
l’écriture plus ou moins homophone et aux rythmes
cérémoniels pointés, tandis que la section
intermédiaire animée est polyphonique, une fugue .
Bach rend entièrement justice au texte et à son
expression. Le mot clé « Ewigkeit »
se trouve partout présenté en augmentation dans des
notes tenues, d’abord aux trois hautbois dans leur
accompagnement à l’écriture des cordes, puis aux
cordes tandis que les hautbois prennent la tête et finalement
–à l’entrée du choral, avec la mélodie
de l’hymne au soprano – dans une longue pédale à
la basse continue. Dans l’animée section intermédiaire,
le choral se plie aux mesures à 3/4. Un aspect ne peut être
discerné du thème principal, quoique des éléments
chromatiques dans la réponse le suggèrent : voici
de la musique qui traite de la « Grosse
Traurigkeit »
dans le contexte des menaces auxquelles le pécheur fait face
pendant toute l’éternité. Dans la section
terminale au texte « Mein
ganz erschrocken Herz erbeb »,
on dirait que les instruments et les vents « retiennent
leur souffle ».
KUIJKEN
: «…on croit… entendre au début une
ouverture d’opéra dans le style français le plus
pur ! Mais à la mesure 12, l’ensemble vocal entre en
scène, accompagné des doubles croches des cordes aux
violentes répétitions exprimant, ici l’affect
menaçant. Le soprano soutenu par une trompette à
coulisse chante la mélodie chorale… sur “Donnerwort
- terrible parole”,
les trois voix graves reprennent le rythme pointé des
instruments… le deuxième vers arrive à la 23e
mesure… les mots “das
durch die Seele bohrt - qui transperce l’âme”
étant à nouveau illustrés plastiquement en
musique par les voix graves et les cordes… les instruments
concluent la partie lente de la forme d’ouverture au bout de
six autres mesures et enchaînent sur le mouvement
fugato…[vivace,
mesure 44] Bach dépeint ici dans l’affect les termes
“Traurigkeit”
et “Ich weiss”…
cette partie médiane s’interrompt brutalement sur une
dissonance (un point d’orgue vient encore renforcer cet effet)
…» [mesure 90].
MACIA
[Tout Bach,
pages 102/103] : «…[Bach] donne au chœur initial
la forme d’une ouverture à la française, donc
tripartite (lent – vif – lent)… «…le
cantus firmus
est réservé aux sopranos doublées par une tromba
da tirarsi (trompette
à coulisse), les autres voix utilisant un contrepoint libre.
Contrairement à l’usage, la partie centrale rapide n’est
pas fuguée. Bach multiplie les effets imitatifs : valeurs
longues pour le mot “Ewigkeit”,
tempo accéléré et mélismes pour
“Donnerwort”,
chromatisme délicat pour “Traurigkeit”…»
MARCHAND
: «…Mouvement non proportionnel ». Utilisant
une ouverture à la française, Bach avait manifestement
d’autres objectifs esthétiques, ce qui rendait difficile
une possible mise en proportion des différentes sections ».
[Arthur
Hirsch non plus n’a pu apporter d’exemple de gématrie
sur cette cantate].
PIRRO
[J.-S. Bach,
pages 124/125] : «…la cantate commence par un chœur
ou le choral O Ewigkeit
se trouve mêlé au développement d’une
ouverture à la française, la première phrase en
est exposée déjà dans le rythme solennel des
débuts d’ouvertures, et elle est reprise dans le
mouvement à trois temps qui suit. Bach a sans doute pris cette
forme majestueuse d’introduction où le chœur et
l’orchestre se réunissent en allusion aux paroles du
choral… mais tandis que, par l’architecture même
de ce chœur, il évoque le souvenir de ces entrées
grandioses qui précèdent les tragédies en
musique, ou les suites de pièces instrumentales, il ne néglige
point d’expliquer, jusque dans les détails, le texte
dont il a symbolisé, par une image magnifique, l’idée
générale. Le tonnerre gronde dans les frémissements
de l’orchestre et dans les vocalises de la basse du chœur,
pour annoncer le fracas de la “parole
qui foudroie”.
Plus loin, les voix accompagnent de leurs lamentations le fragment du
cantique où le poète Johann Rist décrit la
“grande
tristesse” et
quand le soprano chante le vers où il est dit que le “cœur
palpite d’effroi”
,les autres parties font entendre des motifs saccadés, au
rythme troublé, et elles semblent bégayer de terreur…»
PIRRO
[L’Esthétique
de Jean-Sébastien Bach
- L’orchestration,
page 238] : « Usage
par Bach de la tromba da tirarsi, avec le soprano ». Renvoi
aussi à la cantate BWV 5/2.
[Conclusion,
page 446] :
«…Bach mêle au premier chœur des éclats
de voix et des rumeurs d’orchestre d’un caractère
descriptif évident ».
ROMIJN
: «…Bach commence la cantate par une monumentale
ouverture dans le style de l’ouverture à la française,
avec ses rythmes pointés et son architecture bien spécifique…»
SCHREIER,
Manfred : «…Trois parties : A (lent, adagio 4/4).
Elle se compose des vers 1à 3 du cantique. De longues notes
tenues traduisent musicalement l’idée d’éternité,
tandis que les figures au rythme accentué semblent décrire
le grondement du tonnerre accompagnant la foudre. Dans cette trame
double de l’orchestre vient s’insérer le chœur
qui énonce, vers après vers, la première strophe
du choral. Traduction très particulière du mot
« Donnerwort » :
altos, ténors et basses reprennent le rythme pointé de
l’orchestre, les basses reproduisant même fidèlement
le motif exposé au début de l’introduction par
les cordes. Le point d’orgue de la basse continue évoque
l’éternité tandis que les répétitions
de notes aux cordes ou aux vents, au début et à la fin
des vers du choral, décrivent l’angoisse et la terreur
que provoque la signification de cette première strophe. Le
glaive qui « transperce
l’âme »
est figuré par la basse orchestrale. L’idée de
l’infini est donnée par la tonique tenue à la
partie de soprano, plus longtemps qu’aux autres voix [+
Exemple].
B
(rapide, vivace 3/4) : Substance musicale nouvelle ; la
masse orchestrale s’y dissocie et les différentes
entrées des instruments se succèdent à un rythme
rapide selon une écriture nettement polyphonique où
dominent deux thèmes différents : a) intervalles
soudains, mouvements en doubles croches ; b) descentes
chromatiques. Ici encore vient s’insérer le chœur
qui énonce maintenant les vers 4 à 6. Descente
chromatique sur « Ich
weiss, vor grosser Traurigkeit »,
mouvements agités, écarts soudains, désordre
harmonique, voulu comme dans la cadence du ténor sur
« hinwende ».
Chromatismes, tonalité devenant incertaine : le désarroi
est tel qu’il vient ébranler les fondements mêmes
de l’harmonique.
C
(lent, adagio 4/4). Le sentiment qui domine la partie finale est
l’épouvante qui se manifeste dans les rythmes accusés
et les interventions de la trompette annonçant le Jugement
dernier. Vents et cordes s’opposent en deux groupes distincts ;
le mouvement tout entier est d’une grande liberté
rythmique, de fréquents silences venant interrompre le cours
des lignes mélodiques ».
Le
chœur initial de la première et de la seconde partie et
les airs de la cantate rappellent fortement certaines formes
instrumentales d’inspiration chorégraphique. Dans
l’ouverture, par exemple, se fait nettement sentir une
influence profane : celle de la musique de Cour
SEEDORF
: «…Ce n’est pas un hasard si Bach, avec sa
prédilection pour les associations symboliques, a choisi la
forme l’ouverture pour inaugurer son cycle de cantates 1724…
Les instruments, au lieu de jouer un rôle autonome, se
contentent ici de doubler les voix, disposées à la
façon d’un motet archaïque avec le cantus firmus à
l’alto. Cet archaïsme, toutefois, se limite à
l’agencement du morceau : le chromatisme lancinant du
contrepoint est expressif au sens moderne du terme… ».
WHITTAKER
: «…Texte de la strophe 1/16 repris dans le choral de
BWV 60/1. Mariage de la fantaisie chorale avec une ouverture à
la française…»
[NB
: sur des termes à peu près identiques, « Schwert,
Donnerwort,
etc. », voir la cantate BWV 154/1].
2]
REZITATIV TENOR. BWV 20/2
KEI N
UNGLÜCK IST IN ALLER WELT ZU FINDEN, / DAS
EWIG DAUERND SEI ; / ES MUß DOCH ENDLICH MIT DER
ZEIT EINMAL VERSCHWINDEN. / ACH ! ABER
ACH ! DIE PEIN DER EWIGKEIT HAT NUR KEIN
ZIEL ; / SIE TREIBET FORTUND FORT IHR MARTESPIEL
/ JA, WIE SELBST JESUS SPRICHT, / [citation stricte du
texte du choral, à la strophe 2] = AUS IHR IST KEIN
ERLÖSUNG NICHT. ]
Il
n’est aucune infortune sur la terre / dont la durée soit
éternelle : / Le temps finira bien par l’effacer un
jour. / Hélas ! Mais hélas ! Le supplice de
l’éternité n’a pas même d’issue ;
/ Il prolonge sans fin le martyre. / Oui, comme Jésus le dit
lui-même, / hors l’éternité, point de
salut.
Citations
de la strophe 2/16 du cantique de Rist.
La
mineur (a moll) →
ut mineur (c moll), 11 mesures, C
BGA.
Jg. II. Page 303 | RECITATIVO. | Tenore. | Continuo.
NEUMANN.
Rezitativ secco. Tenor, Basso continuo.
HOFMANN
: «…Le récitatif développe l’image
des horreurs de la misère éternelle ».
KUIJKEN
: «…soudain staccato de croches lent au continuo sur
“ewig dauernd - durant éternellement”
est d’un effet très rhétorique, un moment
d’immobilité, le temps s’est arrêté !
»
NYS,
Carl de : «…Alfred Dürr a relevé que les
récitatifs de cette cantate révèlent d’une
manière frappante la maturité du génie de Bach :
la déclamation est devenue plus concise, mais aussi plus
expressive et plus passionnée même ».
PIRRO
[L’Esthétique
de Jean-Sébastien Bach
- Formation des motifs,
page 73] : «…Parfois la succession chromatique se réduit
aux trois notes comprises dans l’intervalle d’un
ton…notes chromatiques sur « Aber
ach ! - Hélas ! »
[+ Exemple musical. BG. II, page 303].
SCHREIER,
Manfred : «…Tourment, souffrance, supplice sont
figurés ici par des intervalles diminués ou très
écartés, un chromatisme poussé et une sorte
d’incertitude dans l’harmonie. Ce sont là des
procédés d’écriture familiers à la
rhétorique baroque ».
3]
ARIE TENOR. BWV 20/3
EWIGKEIT,
DU MACHST MIR BANGE,
/ EWIG,
EWIG
IST ZU LANGE !
/ ACH
HIER GILT FÜRWAHR KEIN SCHERZEN
! / FLAMMEN ?
DIE AUF EWIG BRENNEN, / IST
KEIN FEUER
GLEICH ZU NENNEN ; / ES
ERSCHRICKT UND BEBT MEIN
HERZ,
/ WENN
ICH DIESE PEIN
BEDENKE
/ UND
DEN SINN
ZUR HÖLLE
LENKE.
Eternité,
tu m’emplis d’anxiété, / L’Eternité,
c’est vraiment trop long ! / Hélas ! Ici, on
ne plaisante guère en vérité. / Les flammes de
l’Eternité / Aux autres ne se comparent point ; /
Mon cœur rempli d’effroi frémit / Lorsque
j’imagine ce supplice / Et que je tourne mes pensées
vers les Enfers.
Citation
des trois premières lignes de la strophe 3 du cantique de
Rist. Allusion possible à Matthieu 13, 50 [PBJ. 1776] et la
fournaise ardente .
Ut
mineur (c moll), 97 mesures, 3/4
BGA.
Jg. II. Pages 304 à 308 | ARIA. | Violino I. | Violino II. |
Viola. | Tenore. | Continuo.
NEUMANN.
Arie, Tenor, Vl. I, II, Vla, Basso continuo. Forme vocale tripartite
avec ritournelle.
BOYER
: «…Le royaume de la danse n’est pas loin, en
particulier le menuet en ut mineur pour ténor et cordes…»
CANTAGREL
[Les
cantates de J.-S. Bach,
pages 658 à 665] :
«…Quoique élaboré de façon binaire
avec ritournelle, cet air paraît lancé d’un jet
continu…»
HOFMANN:
« …L’aria avec de longues valeurs de notes
comme une image de l’«Ewigkeit »,
des soupirs sous la forme de figures de reproches et des coloraturas
violemment « flamboyantes » comme une
personnification des peines de l’enfer…»
KUIJKEN
: «…aria passionné de ténor… une
sorte de lamentation… comme dans le chœur du début,
Bach utilise des tons longuement tenus pour illustrer le terme
d’éternité”… des appoggiatures
soupirantes… A “Flammen”,
le ténor se répand en une longue vocalise de doubles
croches : “Pein -
tourment” se
voit doté d’un long mélisme avec de grands
intervalles difficiles; à “es
erschrickt und bebt mein Herz”
nous entendons l’écho lointain de la description de la
même idée que dans le chœur d’entrée…»
MACIA
[Tout Bach,
pages 102/103] : «…vives vocalises… allusion aux
flammes éternelles de l’enfer…»
PIRRO
[L’Esthétique
de Jean-Sébastien Bach -
Direction des motifs,
page 39] : «…traduction de mots correspondant à
l’idée de rouler dans son esprit, ressasser, réfléchir
et même, d’une façon générale,
penser…» [+ Exemple musical du mot « Bedenke
- imaginer
». BG. II, page 307]. Voir ci-après le mouvement 5 sur
“bedenke”.
[La
formation rythmique des motifs,
page 92] : « Bach a coutume de retenir le chanteur sur la
syllabe accentuée des mots qui expriment l’idée
d’éternité « Ewigkeit »
[+ Exemple musical, BGA. II, page 304]. Renvois aux cantates BWV 66,
108 et 185, sur le même mot « Ewigkeit ».
[La
formation rythmique
des motifs. Page 111] : « Les souples tournoiements de la
flamme rapide sont symbolisés par des motifs sinueux et agiles
». Renvoi à la cantate BWV 162/1.
[La
traduction du texte,.
page 273] : « …La vocalise descriptive sur le mot
« Flammen »,
où Bach met non seulement à profit la sonorité
large de la voyelle a,
mais tente aussi de décrire l’agilité de la
flamme crépitante » [+ Exemple musical sur le mot
“Flammen”,
BG. II, page 305]. Renvoi à la cantate BWV 162/1.
ROMIJN:
«…on trouvera dans l’aria de ténor les
plus étonnants exemples de figuration musicale : les mots
“Ewigkeit”
et “ewig”
se traduisent par de très longues notes, tandis que les
flammes apparaissent sous la forme de vocalises rapidement ondulantes
».
SCHREIER,
Manfred : «…La structure rythmique et le travail
thématique font penser à la forme du menuet. On trouve
fréquemment des notes tenues et des figures de notes liées
par deux. Mouvements en doubles croches qui illustrent l’angoisse,
les syncopes, les liaisons par groupes de deux notes donnent à
la mélodie un rythme quelque peu hésitant qui convient
admirablement à l’argument du texte. Interruption de la
ligne vocale par de fréquents soupirs et demi-soupirs traduit,
comme dans [1] l’épouvante du cœur qui « se
serre ».
Quand aux flammes infernales, elles sont ici figurées par une
ample vocalise en doubles croches, tandis que l’enfer
proprement dit est évoqué sur le registre le plus
grave . Le chromatisme poussé à l’extrême
comme dans l’air n°3 annoncent un langage musical déjà
très proche de nous ».
SCHWEITZER
[J. S. Bach,
volume 2, page 196] : « L’aria est dominée par le
motif du “soupir ».
4]
REZITATIV BAß. BWV 20/4
GESETZT,
ES DAURTE DER VERDAMMTEN
QUAL
/ SO
VIELE JAHR,
ALS AN DER ZAHL
/ AUF
ERDEN
GRAS,
AM HIMMEL
STERNE
WÄREN ; / GESETZT,
ES SEI DIE PEIN SO WEIT HINAUSGESTELLT, / ALS
MENSCHEN
IN DER WELT
/ VON
ANBEGINN
GEWESEN, / SO
WÄRE DOCH ZULETZT / DERSELBEN
ZIEL
UND MAß
GESETZT : / SIE
MÜßTE DOCH EINMAL AUFHÖREN. / [citation stricte du
texte du choral, à la strophe 6] = NUN
ABER, WENN DU DIE GEFAHR,
] VERDAMMTER !
TAUSEND MILLIONEN
JAHR
/ MIT
ALLEN TEUFELN
AUSGESTANDEN, / SO
IST DOCH NIE DER SCHLUß
VORHANDEN ; / [citation stricte du texte du choral, à la
strophe 6] = DIE
ZEIT,
SO NIEMEND ZÄLHEN KANN, ] FÄNGT
JEDEN AUGENBLICK
/ ZU
DEINER SEELEN
EWGEM UNGELÜCK
/ SICH
STETS VON NEUEM AN.
Si
l’on pense que les tourments des damnés / exigent autant
d’années qu’il en faut / à l’herbe et
aux étoiles pour apparaître sur la terre et au ciel ;
/ Si l’on pense que le supplice n’a plus de limites. /
Que le nombre des hommes sur la terre / depuis le commencement des
âges, / voici donc enfin / ce qui en donnerait le but et la
mesure : / Il faudrait bien qu’un jour il cessât. /
Mais si toi, le damné, / tu as enduré pendant des
millions d’années / les souffrances de tous les démons,
/ jamais alors tu n’en verras la fin ; / Le temps que
personne ne sait mesurer, / renaît à chaque instant, /
toujours nouveau, / pour l’éternel tourment de ton âme.
Deux
citations de la strophe 6 du cantique de Johann Rist.
Sol
mineur (g moll) →
ré mineur (d moll), 19 mesures, C
BGA.
Jg. II. Pages 308/309 | RECITATIVO. | Basso. | Continuo.
NEUMANN.
Rezitativ secco, Baß, Basso continuo.
CANTAGREL
[Les
cantates de J.-S. Bach,
pages 658 à 665] :
«…Cette voix de basse qui prend la parole, tout auditeur
l’identifie aussitôt à celle du Christ lançant
un terrible anathème…»
HOFMANN
: «…Le récitatif souligne la nature infinie de la
souffrance éternelle…»
SCHREIER,
Manfred : «…Cet air oppose les deux entités que
sont la terre et le ciel. Intervalles inhabituels (Triton, septième
diminuée, etc.) et une certaine dissonance harmonique
illustrent les désordres qui viennent rompre l’équilibre
de la vie humaine. Fausses cadences sur « nie
der Schluss
vorhanden »
et « stets
von neuem an »
qui, trompant l’attente de l’auditeur, ne se résolvent
pas et apportent de nouvelles dissonances, tout comme les souffrances
de l’enfer. Appoggiature expressive sur « Zeit ».
5]
ARIE BASS BWV 20/5
GOTT
IST GERECHT IN SEINEN WERKEN : | [citation stricte du
texte du choral, à la strophe 9] = AUF KURZE SÜNDEN
DIESER WELT] HAT ER SO LANGE PEIN BESTELLT ;
/ ACH WOLLTE DOCH DIE WELT DIES MERKEN ! |
[citation stricte du texte du choral, à la strophe 9] = KURZ
IST DIE ZEIT, DER TOD GESCHWIND, ] BEDENKE
DIES, O MENSCHENKIND !
Dieu
est juste en ses œuvres : / Aux brefs péchés
de cette terre, / il a donné de longs supplices ; / Ah !
Si la terre pouvait seulement s’en souvenir ! / Bref est
le temps, prompte est la mort à venir, / penses-y, ô
enfant de l’homme !
Deux
citations de la 9e
strophe du cantique de Rist.
Si
bémol majeur (B Dur), 84 mesures, C
BGA.
Jg. II. Pages 309 à 313 | ARIA. | Oboe I. | Oboe II. | Oboe
III. | Basso. | Continuo. | Da
Capo. (aux mesures 1 à
32 sur “Gott ist
gerecht”.
NEUMANN.
Arie Baß. Bläsersatz (Oboe I, II, III), B. c. Avec da
capo.
BOMBA
: «…L’accord en si bémol majeur qui met le
texte « Dieu
est juste »
répand une certitude propre à un credo ».
CANTAGREL
[Les
cantates de J.-S. Bach,
pages 658 à 665] :
«…caractère très inattendu…aria
confiée aux trois hautbois avec le continuo… motif
serein et presque joyeux et dansant que ponctuent les affirmation
Gott ist gerecht,
énoncées avec force sur des arpèges ou des
accords brisés… la citation du choral Kurz
ist die Zeit, der Tod geschwind
– bref est le
temps, la mort est prompte est
un parfait exemple de la figure de rhétorique du chiasme, les
deux segments de phrase s’opposant terme à terme …avant
la reprise de (A), le mouvement se suspend, adagio,
dans l’adresse, songes-y,
enfant de l’homme !
»
HOFMANN
: «…Un mouvement musical très charmant mettant en
vedette trois hautbois…»
[Symbolisme
des trois hautbois sur « Dieu
est juste » ?]
KUIJKEN
: «…Une perspective bien peu réjouissante : la
miséricorde divine est ici presque inaccessible… Bach
va jusqu’à donner à ce texte une musique
joyeuse… les instruments illustrent la joie indestructible de
Dieu… les trois hautbois… symbolisent bien la sainte
Trinité dans un échange insouciant…. Le motif en
arpèges de croches staccato rythmé du début du
motif de la basse continue ne cesse de réapparaître…»
PIRRO
[L’Esthétique
de Jean-Sébastien Bach
- Direction des motifs,
page 39] : «…Illustration du mot « Bedenke -
penser » [+
Exemples musicaux. BG. II, page 313]. Renvoi au mouvement 3 sur
Bedenke. BG. II, page 307.
[Formation
des motifs, page 52] :
«…thème limpide et fort…lié aux
mots qui parlent de justice, de secours puissants… arpège
de l’accord parfait sur « Gott
ist gerecht »
[+ exemple musical, BG. II, page 310].
SCHREIER,
Manfred : «…Le rythme net et bien marqué,
reposant sur les croches régulières du continuo,
donnent au morceau un caractère de « danse
allemande ». Le fondement de la ligne mélodique est
le motif qui illustre les paroles « Gott
ist gerecht ».
La mélodie symbolise, avec ses effets de soupirs, le
découragement de l’homme devant les œuvres de Dieu
que figure une ample vocalise (gamme descendante et remontante)…
Le silence qui figure le court du temps de réflexion qui reste
encore à l’homme « Bedenke
die, o Menschenkind »
revêt un caractère particulièrement menaçant ».
6]
ARIE ALT. BWV 20/6
O
MENSCH,
ERRETTE DEINE SEELE,
/ ENTFLIEHE
SATANS
SKLAVEREI
/ UND
MACHE DICH VON SÜNDEN
FREI, / DAMIT
IN JENER SCHWEFELHÖHLE
/ DER
TOD,
SO DIE VERDAMMTEN
PLAGT, / NICHT
DEINE SEELE
EWIG NAGT. / O
MENSCHE,
ERRETTE DEINE SEELE !
Homme,
cherche le salut de ton âme, / échappe à
l’esclavage de Satan / et délivre-toi des péchés,
/ pour que la mort qui accable les damnés, / dans le gouffre
aux odeurs de soufre, / ne ronge à jamais ton âme. /
Homme, cherche le salut de ton âme !
Ré
mineur (d moll), 64 mesures, 3/4
BGA.
Jg. II. Pages 314 à 316 | ARIA. | Violino I. | Violino II. |
Viola. | Alto. | Continuo.
NEUMANN.
Arie Alt, Viol. I, II, Vla ; B.c.
BOMBA
: «…Le texte exhorte l’homme à sauver son
âme sur le fondement d’une continuelle alternance des
rapports de la mesure à trois
temps…»
CANTAGREL
[Les
cantates de J.-S. Bach,
pages 658 à 665] :
«…aria empreinte de gravité et d’inquiétude,
à quoi se prêtent la tonalité de ré mineur
et les profils descendants de la ligne mélodique. Une longue
ritournelle conclut pour prolonger la méditation…»
GARDINER
: «…Rythme « disloqué » lorsqu’il
est question des esclaves de Satan. 33 mesures où l’alto
ne chante pas, orchestre seul…»
HOFMANN
: «… une pièce qui ressemble à une chanson
avec un long postlude instrumental méditatif ».
KUIJKEN
: «…Plus encore que dans l’aria précédente,
cette musique véritablement « de cour » nous
paraît étrange - fascinante ».
MACIA
[Tout Bach,
pages 102/103] : «…l’aria la plus poignante est
celle de l’alto… accompagnée par les cordes…»
SCHREIER,
Manfred : «…Le rythme de cet air qui passe sans cesse du
6/4 au 3/4 par
le jeu de perpétuelles syncopes, est celui d’une
« courante ». Toute la structure formelle et
mélodique d’une grande unité (toutes les parties
de cet air dérivent directement des 9 premières
mesures) est ici au service d’une évocation très
expressive de l’exode, de la fuite évoquée par la
ligne très fluide de la mélodie qui essaie d’échapper
au cadre rigide de la mesure régulière, tout comme
l’âme s’efforce de fuir les liens de « l’esclavage
de Satan ».
« Le passage de la cantate où l’angoisse
atteint son point culminant est l’air n°6 dont la structure
rythmique à 3/4 est constamment brisée par des syncopes
qui, dans tout le morceau, évoquent une fuite, un exode dans
une atmosphère lourde et tendue ».
SCHWEITZER
[J. S. Bach,
page 196] : «…Dans cette aria, l’illustration
musicale du texte est totalement excessive [+ Exemple musical pris
aux mesures 1 à 10 du violon I]. Nulle part, dans la musique,
n’a été décrit avec tant de réalisme
le tourment de l’homme ».
[les
mots de “Satans
Sklaverei” sont
aussi dans la cantate BWV 63/2].
7]
CHORAL. BWV 20/7
1]
SOLANG
EIN GOTT
IM HIMMEL
LEBT / UND ÜBER ALLE WOLKEN
SCHWEBT, / WIRD SOLCHE MARTER
WÄHREN : |
ES WIRD SIE PLAGEN
KÄLT
UND HITZ,
/ ANGST,
HUNGER,
SCHRECKEN,
FEUR
UND BLITZ
/ UND SIE DOCH
NICHT
VERZEHREN. |
Abgesang
: DENN
WIRD SICH ENDEN DIESE PEIN,
/ WENN
GOTT
NICHT MEHRE WIRD EWIG SEIN.
Aussi
longtemps qu’un Dieu sera aux Cieux / pour régner
par-delà les nuages, / existera un tel martyre : / Tour à
tour accablés par le froid, la chaleur, / par la peur et la
faim, la frayeur et le feu et la foudre, / ces maux pourtant ne les
consumeront pas. / Et ce supplice ne prendra de fin / que si Dieu
n’est plus éternel.
Onzième
strophe (ou, selon le recueil, la huitième) du cantique de
Johann Rist.
Fa
majeur (F Dur), 19 mesures, C
BGA.
Jg. II. Page 317 | CHORAL. | Soprano. / Tromba da tirarsi. Oboe I,
II. Violino I. col Soprano. | Alto. / Oboe III. Violino II coll’
Alto. | Tenore. / Viola col Tenore. | Basso. | Continuo.
NEUMANN.
Simple choral harmonisé verticalement.
BOYER
: « Choral harmonisé de type I, richement doublé
par l’orchestre comme dans [1].
NYS,
Carl de [Festival de Mazamet 1978] : «…Tournure
solennelle et hiératique des deux chorals [7, 11] aux deux
strophes chantées de la même manière…»
PIRRO
[L’Esthétique
de Jean-Sébastien Bach
- Les mélodies
simultanées, page
137] : «…Dans mainte harmonisation des chorals,
nous pouvons étudier, mieux peut-être que partout
ailleurs, la signification que Bach prétend donner aux accords
dissonants. L’accompagnement est, d’ailleurs, le seul
moyen qu’il ait de commenter le texte de ces cantiques revêtus
déjà d’une mélodie presque invariable. Les
paroles de l’affliction y reçoivent la parure sombre des
sonorités douteuses ou mordantes, symbole de trouble,
d’amertume, de supplice, de douleur et de péché :
« Denn wird
sichenden diese Pein »
[+ Exemple musical, BG. II, page 317].
ROBERT
[page 37] : «…En certains chorals, notamment le thème
chromatique n’arrive très probablement qu’à
titre de simple procédé d’harmonisation. On cite
par exemple (Pirro, page 137), celui qui termine la première
partie de la cantate n°20. C’est la présence du
thème, à la basse, dit-on, qui est la cause du
« trouble harmonique ». Il se présente
sous ces mots : Et
leur torture finira quand notre créateur mourra. ».
Mais comme à la fin de sa cantate le même procédé
revient sous les mots : « Prends-moi,
quand il te plaît, Seigneur, dans ton ciel de
bonheur. »
il est bien difficile de tirer de là aucune conclusion [+
Exemple musical].
[Après
ce choral s’intercalait vraisemblablement le sermon].
ZWEITER
TEIL (Seconda
Parte).
8]
ARIE BAß. BWV 20/8
WACHT
AUF, WACHT AUF,
VERLORNEN (Verlone) SCHAFE,
/ ERMUNTERT
EUCH VOM SÜNDENSCHLAFE
/ UND
BESSERT EUER LEBEN
BALD ! | WACHT
AUF, EH DIE POSAUNE
SCHALLT, / DIE
EUCH MIT SCHRECKEN
AUS DER GRUFT
/ ZUM
RICHTER
ALLER WELT
VOR DAS GERICHTE
RUFT !
Réveillez-vous,
réveillez-vous, brebis égarées, / sortez de la
torpeur des péchés / et hâtez-vous de sanctifier
votre vie ! / Réveillez-vous avant que ne retentisse la
trompette / qui dans l’effroi vous sortira de la tombe / et
vous mènera au Tribunal divin devant le Juge Suprême de
la terre !
Citation
et paraphrase de la treizième strophe du cantique de Johann
Rist.
Ut
majeur (C Dur), 40 mesures, C
BGA.
Jg. II. Pages 318 à 322 | ARIA. | Tromba. | Oboe I./ Violino
I. | Oboe II. / Violino II. | Oboe III. / Viola. | Basso. | Continuo.
NEUMANN.).
Trompette aiguë. Forme bipartite, avec ritournelle.
BOMBA
: «…fanfares donnant l’impression d’envoyer
des signaux et des figurations de cordes se rebellant. Le Jugement
dernier, thème du dernier vers de cet aria ».
CANTAGREL
[Les
cantates de J.-S. Bach,
pages 658 à 665] :
«…perspective de l’heure du jugement, au “jour
de colère”
qui ouvre cette seconde partie, pour alerter le chrétien.
Sonnerie de trompette, fusées de violons, motifs pointés,
tout l’ensemble instrumental se fait menaçant…»
GARDINER
: «…Comparaison avec Le
Messie de Haendel
« The
trumpet shall sound ».
HIRSCH
: «…La somme numérique de « Wacht
auf, eh die Posaune schallt »
est « 267. La trompette joue 279 notes (valeur
approchée ?)
Renvoi
au chiffre « 7 », page 27 : persistance du
chiffre 7 dans le nombre de notes jouées par la trompette ».
HOFMANN
: «…Le thème de la seconde partie est
l’exhortation du fidèle. Un appel de trompette entonne
l’aria de basse et rappelle le trombone qui un jour sonnera le
signal du Jugement dernier…»
KUIJKEN
: «…Ici retentit la “Vox Dei”…
symbolisée traditionnellement par la basse et la trompette…
le rythme pointé…. ne peut donner une description plus
claire que ce qu’elle est ici…»
MACIA
[Tout Bach,
pages 102/103] : «…La trompette fait retentir des
accents guerriers pour soutenir la basse (et les cordes) dans son
exhortation retentissante aux croyants: “Wacht
auf, wacht auf”…
dans le mouvement le plus tonique de la cantate…»
NYS,
Carl de [Festival de Mazamet 1979] : «…La trompette,
comme dans le mouvement [1] revient symboliquement où il est
dit : « Réveillez-vous »
à l’annonce du jugement ».
PIRRO
[L’Esthétique
de Jean-Sébastien Bach
- Direction des motifs,
page 25] : «…Les
verbes composés avec la préposition auf
inspirent à Bach le plus souvent des thèmes montants…Il
associe plusieurs fois le mot “aufwachen”
avec un arpège ascendant…» [+ Exemple musical sur
les mots “Wacht
auf”, BG. II,
page 319].
[L’orchestration,
page 200] : «…La seconde partie de la cantate commence
par un air de basse où le réveil terrible que
signaleront les voix d’airain, agite l’orchestre entier,
aux sons de la trompette fulgurante ». BG. II, page 318.
ROMIJN
: «…l’auditoire est dûment réveillé
[?] par les trompettes sur l’appel “Wacht
auf ! »
SCHREIER,
Manfred : «…Le rythme pointé bien accentué
rappelle celui du n° 1, 3e
partie. Nous entendons la trompette, symbole du Jugement dernier,
dont le motif en arpège sur l’accord parfait est repris
par le chant sur l’appel « Eveillez-vous ».
Sur les paroles « Eh
die Posaune schallt »
la voix imite les figures en triolets des instruments. La peur du
pécheur à l’annonce du Jugement dernier s’exprime
par des intervalles de septième diminuée, insolite dans
une ligne mélodique. Le motif chromatique du « Gerichte »
est celui de la souffrance qui suivra ce jugement. Une dernière
fois, l’appel de la trompette et les angoissantes gammes en
triples croches des premiers violons incitent les pécheurs à
se réveiller ».
9]
REZITATIV ALT. BWV 20/9
VERLAß,
O MENSCH ! DIE WOLLUST DIESER WELT, /
[citation stricte du texte du choral, à la strophe 14] =
PRACHT, HOFFAHRT, REICHTUM, EHR UND
GELD ; ] BEDENKE DOCH / IN DIESER ZEIT
ANNOCH, / DA DIR DER BAUM DES LEBENS GRÜNET,
/ WAS DIR ZU DEINEM FRIEDE DIENET ; / [citation du
texte du choral, à la strophe 13] = VIELLEICHT IST DIES
DER LETZTE TAG, ] KEIN MENSCH WEIß, WENN
ER STERBEN MAG. / WIE LEICHT, WIE BALD / IST MANCHER
TOT UND KALT, / MAN KANN NOCH DIESE NACHT / DEN
SARG VOR DEINE TÜRE BRINGEN. / DRUM SEI VOR
ALLEN DINGEN / AUF DEINER SEELE HEIL
BEDACHT !
Abandonne,
homme, les voluptés de cette terre : / Luxe, vanité,
richesses, honneur et argent ; / Songe donc / dès
maintenant, / Alors que verdit l’arbre de la vie, / à ce
qui peut te procurer la paix ; / Peut-être est-ce là
ton dernier jour. / Tout homme ignore l’heure de sa mort. /
Qu’il arrive vite et sans peine, / le froid du trépas, /
et peut-être dès cette nuit / un cercueil attendra à
ta porte. / C’est pourquoi songe d’abord / au salut de
ton âme !
Deux
citations du choral de Rist, strophe 14 puis 13.
La
mineur (a moll) →
la mineur (a moll), 16 mesures, C
BGA.
Jg. II. Page 323 | RECITATIVO. | Alto. | Continuo.
NEUMANN.
Rezitativ secco et accompagnato.
BOMBA
: «…Récitatif simple secco dont la basse ne peut
contenir des mouvements agités aux passages où sont
chantées les paroles « luxe,
vanité, richesses, honneur et argent »
HOFMANN
: «…Illustrations vivantes et musicalement souple du
texte ».
KUIJKEN
: «…Luxe, vanité, richesses, honneur et argent…
Ces mots clés sont chacun fortement scandés, la basse
continue laissant entendre comme trait souligné une ligne
incertaine, extrêmement vacillante…»
NYS,
Carl de [Festival de Mazamet 1978] : «…Dans ce
récitatif, l’accompagnement stéréotypé
très simple déborde en un véritable motif
mélodique ».
[Festival
de Mazamet 1979]: « La seule citation littérale
d’une ligne du cantique est soulignée par la mélodie
du choral apparaissant dans la basse continue ».
PIRRO
[L’Esthétique
de Jean-Sébastien Bach
- Le commentaire de
l’accompagnement instrumental,
pages184/185] : Nous observons dans la base continue cette cadence
vivifiante, quand le texte exprime la confiance dans le secours de
Dieu… et quand les paroles annoncent la consolation prochaine…
mais Bach se sert aussi de cette figure pour traduire des idées
de violence. La valeur objective de cette formule rythmique est
portée au plus haut degré dans le récit d’alto,
où Bach en augmente la fougue et l’unit à des
motifs mélodiques qui se déploient ambitieusement, sous
ces paroles dont le chanteur déclame les dernières avec
une sorte d’emphase indignée « Abandonne,
ô homme, les délices de ce monde, la magnificence,
l’orgueil, la richesse, la vanité et l’argent »
[ + Exemple musical, BG. II, page 323]. Renvois aux cantates BWV 90,
BG. XX1,
page 207 et cantate BWV 57, BG. XII, page 119.
SCHREIER,
Manfred : «…Le symbole du « monde »
revêt ici la forme d’intervalles éloignés
sur une figuration rythmique qui est celle de la « parole
foudroyante »
du Seigneur (au N°1). En revanche, l’idée du « salut
de l’âme » est rendue par un arioso très
lyrique à la fin du récitatif ».
10]
ARIE DUETT ALT, TENOR. BWV 20/10
O
MENSCHENKIND,
/ HÖR
AUF GESCHWIND, / DIE
SÜND
UND WELT
ZU LIEBEN,
/ DAß
NICHT DIE PEIN,
/ WO
HEULEN
UND ZÄHNKLAPPEN
SEIN, / DICH
EWIG MAG BETRÜBEN !
/ ACH
SPIEGLE DICH AM REICHEN MANN,
/ DER
IN DER QUAL
/ AUCH
NICHT EIMAL / EIN TRÖPFLEIN
WASSER
HABEN KANN !
O
enfant de l’homme, / tu cesseras vite / d’adorer le péché
et la terre, / pour que le supplice / où l’on hurle, et
claque des dents / ne te sois pas infligé pour l’Éternité !
/ Ah ! Médite l’exemple de l’homme riche / à
qui dans la souffrance / manque jusqu’à / la moindre
goutte d’eau !
Paraphrase
de la strophe 15 du cantique de Rist.
L’Evangile
Luc. 16, 19 à 31 [PBJ. 1567] cite l’épisode du
“mauvais riche” et du pauvre Lazare : “Il
[le mauvais riche]
vit de loin Abraham et Lazare en son sein. Alors il s’écria
:“Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare
tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir
la langue”.
Voir
aussi Luc 13, 28 [PBJ. 1562]. La parabole du levain : “Là
seront les pleurs et les grincements de dents…”
La
mineur (a moll), 95 mesures, 3/4
BGA.
Jg. II. Pages 323 à 326 | DUETTO. | Alto. | Tenore. |
Continuo.
NEUMANN.
Arie (Duett) : Alt, Tenor, B.c. Forme canon. Parties vocales
tripartite et ritournelle.
BOMBA
: «…la basse reprend le fondement du mouvement avec un
motif qui reste toujours présent comme un « ostinato »
sous les parties de chant, comme une exhortation latente adressée
aux enfants de l’homme. Les pleurs et les grincements de dents
donnent à Bach l’occasion de gratifier les parties de
chant de lignes chromatiques descendantes. »
BOYER
: «… sorte de sarabande grave…»
CANTAGREL
[Les
cantates de J.-S. Bach,
pages 658 à 665] :
«…Étonnant duo où les deux voix, l’alto
de la souffrance et le ténor de l’espérance,
tentent de convaincre l’enfant de l’homme, dans des
termes voisins de ceux du Christ à l’aria n° 4….
Seule intervient la basse continue pour soutenir les deux voix, sur
un motif haletant. A l’exception des vocalises sur lieben…
sur Wasser…
et plus encore sur Qual,
ce duetto se chante sotto
vocé dans
l’urgence et l’inquiétude ».
DÜRR
: «…L’auteur inconnu de la version du texte de la
cantate a saisi l’occasion d’une allusion directe à
la parabole (Luc 16, 19 à 31) :
« Ach
spiegle dich am reichen Mann…»
[PBJ. 1567].
HIRSCH
: «…La somme numérique de « O
Menschenkind, hör auf geschwing »
est « 286 » alors que le ténor chante
283 notes et l’alto 281
(valeur
approchée ?) »
KUIJKEN
: «…nous entendons à nouveau la mise en garde de
la “voix divine” … Le mouvement est presque d’un
caractère théorique rebutant dans sa construction
abstraite - au chant, certains passages sont plus expressifs jusqu’à
atteindre un chromatisme extrême sur les mots “Heulen
und Zähnelklappen - Pleurs et grincements de dents
»
NYS,
Carl de [Festival de Mazamet1978] : «…Dans cette aria,
un duo oppose la voix élevée grave (alto) à la
voix (ténor) (couleur sombre et tragique) ».
SCHREIER,
Manfred : «…Morceau de forme de rondo : a – b
– a – c – a – d – a. La partie
instrumentale “a” (prélude, interlude, postlude)
utilise constamment le thème obstiné du début
(mesures 1 à 7). Ici encore, la cellule fondamentale de ce
thème est le motif de quatre notes de la première
mesure dont la structure présente une symétrie par
rapport à l’axe horizontal de la première et
dernière note du motif. Il y a là une parenté
certaine avec le motif de quatre notes du N°5 « Gott
ist gerecht »,
mais la comparaison des deux motifs les situe à deux pôles
opposés : direction onversée, dissemblance des
intervalles, différence de tonalités, comme si ce
parallélisme traduisait une confrontation de Dieu et de
l’homme. Le motif fondamental du duo apparaît à la
partie vocale tantôt sous sa forme originale, tantôt avec
des variations. Figures rhétoriques utilisées dans la
cantate : lignes mélodiques brisées par de
fréquents silences, mouvements chromatiques exprimant une
souffrance dont la durée infinie s’exprime en longues
notes tenues, retards et liaisons par groupes de deux notes figurant
les soupirs de l’âme oppressée. En outre, Bach
représente, dans un style coloré, les images suggérées
par les mots « Tröpflein »
et « Wasser ».
La clé de la signification profonde que revêt le motif
de quatre notes réside dans une structure symétrique,
comme vue dans un miroir, qui se réfère directement au
vers « Regarde-toi
en la personne du mauvais riche ».
Là, le motif correspond exactement aux quatre syllabes « am
reichen Mann »,
ce qui rend compréhensible le thème obstiné,
pressant, incantatoire : l’exemple du mauvais riche de la
parabole évangélique reste ici constamment présent.
[+ Exemples musicaux]… « On trouve également
une autre base d’invention musicale dans ce duo, passage où
la méditation se fait la plus profonde ; c’est ici
que la cantate se réfère directement à
l’Evangile du jour, tandis que, par plusieurs points, le
morceau se rattache musicalement à d’autres parties de
la cantate. La notion du péché marque ce duo dans sa
totalité. Un motif unique domine, directement lié à
l’image du « mauvais riche ».
11]
CHORAL BWV 20/11
1
(7 mesures) : O
EWIGKEIT,
DU DONNERWORT,
/ O
SCHWERT,
DAS DURCH DIE SEELE
BOHRT, / O
ANFANG
SONDER ENDE !
2
(7 mesures) : O
EWIGKEIT,
ZEIT
OHNE ZEIT,
/ ICH
WEIß VOR GROßER TRAURIGKEIT
/ NICHT,
WO ICH MICH HINWENDE.
Abgesang
(5 mesures) : NIMM
DU MICH, WENN ES DIR GEFÄLLT, / HERR
JESU,
IN DEIN FREUDENZELT !
O
Eternité foudroyante, / O glaive qui transperce l’âme,
/ O commencement sans fin ! / O Éternité, temps
intemporel, / Ma tristesse est si grande / que je ne sais de quel
côté me tourner. / Reçois-moi, si Tu le veux, /
Seigneur Jésus, dans ton ciel de joie !
Strophe
16 (ou 12, selon) du cantique de Rist.
Fa
majeur (F Dur), 19 mesures, C
BGA.
Jg. II. Page 327 | CHORAL. | Soprano. / Tromba da tirarsi. Oboe I,
II. Violino I. col Soprano. | Alto. / Oboe III. Violino II coll’
Alto. | Tenore. / Viola col Tenore. | Basso. | Continuo.
NEUMANN.
Choral à 4 voix, comme le choral [7], trompette, hautbois I ,
II, cordes, B.c.
BOYER
: «…Reprise pure et simple de [7] dans la même
tonalité radieuse de fa majeur ».
GARDINER
: «…Brève note d’espoir dans cette cantate
si colorée…»
HOFMANN
: «…Arrangement simple à quatre voix (idem [7] ».
KUIJKEN
: «…Le mouvement est musicalement identique au choral
[7] ».
ROBERT
: Voir [7]
SMITH,
Craig [BCW] : «…Après une si terrifiante musique,
l’apparition soudaine d’un simple choral harmonisé
est tout ce qu’un auditeur peut encore entendre. La plupart des
cantates de Bach s’achève par l’idée de la
rédemption. Ici cette idée ne peut s’imposer avec
force et il est impossible de savoir ce que les paroissiens de
Leipzig purent penser d’une vision [composition] aussi
surprenante ».
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BACH
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*BJ
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Torino. 1979. Fayard 1984-1985. Volume 1, pages 34, 96 et 158
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604
Pr.
Adolf Rudorff : I], 39, 428, 598. II], 364. Ernst Rudorff, I],
39
BOMBA,
Andreas : Notice de l’enregistrement Hänssler / Rilling /
edition bachakademie,
volume 6. 1998
BOYER,
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Les mélodies de
chorals dans les cantates de J.-S. Bach.
L’Harmattan 2003. Pages 279/280
BREITKOPF.
Recueils :
Breitkopf
n° 10 : 371 Vierstimmige
Choragesänge. C.
Ph. E. Bach – KJ. Ph. Kirnberger (sans date). N° 26 (274)
Breitkopf
n° 3765 : 389 Choralgesänge
für vierstimmigen gemischten Chor
(sans date). Classement alphabétique. N° 275 et 276
CANDÉ,
Roland de : Jean-Sébastien Bach. Seuil 1984. Page 146
CANTAGREL,
Gilles : Les
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Fayard. 2010. Pages 47/48, 658 à 665
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: Tout Bach.
Ouvrage publié sous la direction de Bertrand Dermoncourt.
Robert Laffont – Bouquins. Novembre 2009
Jean-Luc
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d’église.
Pages 102/103
DÜRR,
Alfred : Notice de l’enregistrement Teldec de Nikolaus
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Die Kantaten von
Johann Sebastian Bach.
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EKG
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Verlag Merfburger Berlin. 1951. Ausgabe für die Evangelische
Kirche in Berlin-Brandenburg
Dans
les références bibliques, apparaît sous
l’abréviation « EKG ».
E.K.G.
324 (5 strophes seulement). Cantique de Rist (1642). Mélodie
attribuée à Johann Schop (1642) et Johann Krüger
(1653)
1978.
FESTIVAL JEAN-SÉBASTIEN BACH DE MAZAMET. 13e
année. Saint-Pons, le 7 septembre 1978
La
Société des Chanteurs de Saint-Eustache. Orchestre de
l’université de Paris-Sorbonne. Direction Jacques
Grimbert
1979.
FESTIVAL JEAN-SÉBASTIEN BACH DE MAZAMET. 14e
année. Grand Temple de Mazamet, samedi 8 septembre 1979
Société
des Chanteurs de Saint-Eustache. Orgue : Gilles Weber
Orchestre
de chambre de Rouen, direction du Révérend Père
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Réédition
révisée et augmentée. L’Harmattan 2005
DISCOGRAPHIE BWV 20
BACH
CANTATAS WEBSITE:
Discographie
établie par Aryeh Oron. Elle est ici proposée sous une
forme sensiblement allégée avec, parfois, quelques
précisions relatives aux références et aux
dates. Les numéros 1] et suivants indiquent la discographie
chronologique établie par Aryeh Oron.
Neuf
références (avril 2002 – mai 2011) + Trois
mouvements individuels (avril 2002 – juillet 2006).
Exemples
musicaux (audio). Aryeh Oron (février 2003 – janvier
2005).
*6]
CRAIG. Orchestra and Chorus of Emmanuel Music. Alto : Pamela Dellal.
Ténor : Gerald Gray. Basse : David Beattie. Boston (USA).
5
au 15 septembre 2001. Durée : 29’24
Coffret
de deux CD Emmanuel Music / Koch International Classics 3-7535-2HI.
Avec les cantates BWV 75, 76, 39 et 2.
5]
GARDINER (volume 1). Monteverdi Choir / English Baroque Soloists.
Alto : Wilke Brummelstroete. Ténor : Paul Agnew. Basse :
Dietrich
Henschel. Bach Cantata Pilgrimage. St. Giles Cripplegate, Londres
(GB). 25 juin 2000. Durée : 23’46
CD
Soli Deo Gloria ( SDG) 101 EV 2005
2]
HARNONCOURT (volume 5). Wiener Sängerknaben. Concentus Musicus,
Wien. Alto : Paul Esswood. Ténor : Kurt Equiluz.
Basse
: Max van Egmond. 1972. Durée : 26’29
Disque
Teldec SK W 5/1-2. T BR 2. Das
Kantatenwerk, volume
5. 1972
CD
(D). Teldec. Das
Kantatenwerk - Sacred
Cantatas. Volume 2.
Coffret de six CD avec les cantates BWV 20 à 36
CD
Teldec 2292
42501 2 ZL. Das
Kantatenwerk, volume
5. 1985
Reprise
Bach
2000.
Teldec, volume 1. Coffret, 15 CD. Septembre 1999. Cantates BWV 1 à
14 et BWV 16 à 47
Reprise
CD Warner Classics 8573-81208-5. Intégrale en CD séparés,
volume 7. 2006
8]
HERREWEGHE. Collegium
vocale. Alto : Ingeborg Danz. Ténor : Jan Kobow. Basse : Peter
Kooy.
Cologne
(D), mai 2002. Durée : 25’30
CD
HM 901791. 2003. Avec les cantates BWV 2 et 176
3]
KOOPMAN (volume.10). The Amsterdam Baroque Orchestra & Choir.
Alto : Michael Chance. Ténor : Paul Agnew. Basse : Klaus
Mertens.
Waalse Kerk. Amsterdam (NL). Octobre 1998. Durée : 26’54
CD
Erato 8573 80220-2. 1999. Reprise CD Antoine Marchand. Challenge
Classics CC 72210. 2006
9]
KUIJKEN (volume 7). La Petite Bande. Pas de chœur. Soprano :
Siri Tornhill. Alto : Petra Noskaiova. Ténor : Marcus Ullmann.
Basse :
Jan
Van der Crabben. Louvain (Belgique), juillet 2007. Durée :
26’19
CD
Accent ACC 25037. 2007. Distribution en France, octobre 2008. Avec
les cantates BWV 2 et 10
4]
LEUSINK. Holland Boys Choir/ Netherlands Bach Collegium. Alto : Sytse
Buwalda. Ténor : Knut Schoch. Basse : Bas Ramselaar.
Bach
Edition. 2000. CD Brilliant Classics 99377, volume XVIII. Cantates,
volume 9
Reprise
Bach Edition. 2006. CD Brilliant Classics IV - 93102 15/91. Avec les
cantates BWV 5 et 38
Cette
réédition 2006 a fait l‘objet en 2010 d‘un
nouveau tirage „augmenté“ (157 CD) + les
partitions et 2 DVD proposant les Passions
selon
saint Jean
et saint
Matthieu.
1]
RILLING. Bach Collegium Stuttgart. Frankfurter Kantorei. Altos :
Verena Gohl. Martha Kessler. Ténor : Theo Altmeyer. Adalbert
Kraus.
Basse : Wolfgang Schöne. Gedächtniskirche Stuttgart (D).
Juin et juillet 1970.
Sauf
erreur, le premier enregistrement discographique complet de cette
cantate.
Durée
: 33’04. Disque (D).
Die Bach Kantate.
Hänssler Verlag. Classic. Laudate 98652. 1971. Avec la cantate
BWV 168
Disque
(D) CLV 71902. Label Claudius Verlag, 1981. Avec la cantate BWV 168
Disque
(F). Erato STU
70703 (licence Claudius Verlag). Les
Grandes Cantates. Volume
1. 1972
CD.
Die Bach Kantate
(volume 39). Hänssler
Classic. Laudate 98.801. 1970-1990
CD.
Hänssler edition
bachakademie (volume
6). Hänssler-Verlag 92.006. 1998. Avec la cantate BWV 19
7]
SUZUKI (volume 22). Bach Collegium Japan. Contre-ténor : Robin
Blaze. Ténor : Jan Kobow. Basse : Peter Kooy. Kobe
Shoin Women‘s
University
Chapel, Japan. 19 au 23 avril 2002. Durée
: 23’58
CD
BIS CD 1321. 2003. Avec les cantates BWV 7 et 94
MOUVEMENTS
INDIVIDUELS BWV 20
M-1.
Mvt. 1] Hans Pflugbeil. Greifswald Bach Tage Choir. Bach-Orchester
Berlin. Enregistrement fin des années 1950 ou 1960.
Report
sur CD Baroque Music Club (Soli Deo Gloria, volume 3).
M-2.
Mvt. 8] Maryland Bach Aria Group. Aria Crystal Records, vers 1990.
M-3.
Mvt. 11] Nordic Chamber Choir. Soloists of the Freiburger
Barockorchester. Brilliant Classics / Bayer Records. Juin 1999
Reprise
Bach Edition 2006. Le Nordic Chamber Choir est devenu le Chamber
Choir of Europe
CD
Brilliant Classics. Vocal Works 93102 28/134
ANNEXE BWV 20
SPITTA,
Philipp
SPITTA,
Philipp: Johann
Sebastian Bach.
Sous-titré : « His
Work and influence on the Music of Germany 1685-1750 ».
Novello
& Cy 1889 - Dover 1951-1952. Trois volumes.
Volume
II, pages 421/422. «…Le cantique de Rist est à la
base du livret, la première, la seconde et la seizième
strophe ont été intégralement utilisées.
Le reste, excepté les strophes sept et huit omises, figurent
sous forme madrigalesque. Nous devons reconnaître la « patte »
de Picander dans cet ouvrage car ce texte a beaucoup d’affinité
avec la cantate pour la Saint-Michel (BWV 19). La cantate est en deux
parties, chacune terminée par une strophe du choral et
possédant la même harmonisation. D’après
cela il semble que ce soit la manière habituel des premières
cantates de Leipzig. Il apparaît évident que Bach a ici
travaillé « con amore », car on trouve
une très vive agitation combinée à une puissante
et imposante solennité. A travers quatre aria et un duo,
l’image terrifiante du Juge divin et les tourments éternels
sont proposés aux auditeurs avec un éclat dramatique
dans les limites de la musique d’église. Les différents
mouvements sont remplis de forts contrastes et en dépit de ce
qu’ils véhiculent la même idée, notre vif
intérêt est soutenu jusqu’à la fin. Dès
le chœur d’entrée, nous ressentons déjà
l’essentiel du thème proposé, ce que nous
rencontrons habituellement chez Bach et qui ici est spécifique
à cet ouvrage. Nous remarquerons seulement l’examen du
développement du contrepoint dans la premières et la
troisième ligne du chœur dans les parties les plus
basses ; Un frisson s’empare des instruments aux mesures
13, 17, 23 et 27 et une sorte de fuite terrifiante à la mesure
90. Ce chœur apparaîssant pour la troisième fois
durant les premières années de Bach à Leipzig
est ici l’adaptation de l’ouverture à la française
dans la musique d’église ».
C.
Role. Août 2011
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